Encore en croissance, le port flamand avait néanmoins prévenu à l’issue du premier trimestre. S’il avait fort bien résisté, il devrait accuser le coup ensuite. L’autorité portuaire d’Anvers vient de présenter un premier semestre avec des trafics en baisse de 4,9 %, à 193 Mt. Mais Anvers a déjà observé les « premiers signes de reprise ». Les conteneurs, qui avaient connu un très bon premier trimestre, sont stables sur les six premiers mois.

Contre toute attente, le port scaldien avait clôturé un premier trimestre avec un trafic maritime de conteneurs en hausse de près de 10 % alors que les alliances maritimes, qui font ses affaires, multipliaient les suppressions d’escales. Mais sur le deusième trimestre, il n’échappe pas à la sanction. À partir d’avril, il a pâti des blank sailing. Sur l’ensemble du premier semestre, malgré ces annulations de navigation, le nombre de conteneurs manutentionnés à Anvers affiche une très légère augmentation de 0,4 % par rapport à la même période de l’année précédente, ce qui constitue tout de même une performance honorable puisque les mois d’avril et mai 2019 avaient enregistré des records de trafic. Le port note que, dans cette période particulière de crise du covid-19, « des augmentations notables ont été constatées pour le transbordement de produits pharmaceutiques, le e-commerce ainsi que les produits alimentaires ».

L'insubmersible port d'Anvers

Au total, Anvers a accueilli 6797 escales de navires de janvier à juin, soit une baisse de 5,6 % par rapport au premier semestre 2019. Le tonnage total a chuté dans une proportion plus forte : les 193 Mt de marchandises manutentionnées cette année à Anvers représentent une diminution de 7,9 %. Dans le domaine des conteneurs, le nombre d’escales a aussi diminué, mais davantage de conteneurs ont été chargés ou déchargés par navire escalant. Un phénomène qu’illustre l’arrivée sur les rives de l’Escaut, début juin, du HMM Algeciras, le plus grand porte-conteneurs du moment, qui affiche une capacité de 23 964 EVP.

Si les conteneurs maintiennent au premier semestre leur niveau de 2019, il n’en est rien pour les autres catégories de marchandises : touchant tous les secteurs, les baisses de trafic sont de 7,5 % pour les vracs liquides, 13,1 % pour les vracs secs, 21,8 % pour le roulier et atteignent 29 % pour le breakbulk. Dans cette dernière catégorie, ce sont les produits métallurgiques (fer et acier) qui sont prédominants. Leur baisse atteint 33,1 % sur l’ensemble du premier semestre, mais juin constitue le meilleur mois de 2020. Ce qui peut accréditer l’hypothèse d’une reprise des trafics.

Du côté du trafic roulier, ce sont les transports de véhicules légers qui plombent l’activité de ce premier semestre. « Le secteur automobile était déjà en difficulté en 2019 avec l’introduction de règles plus strictes sur les émissions des voitures en Europe et cette tendance s'est poursuivie en 2020 », indique le port d’Anvers. « À partir du mois de mars, l'impact de la crise du coronavirus est venu s’y ajouter : moins d'exportations de voitures neuves européennes, moins d’offres de voitures neuves asiatiques, et des temps d'arrêt sur le marché de l’occasion en raison des restrictions de déplacements. »

En ce qui concerne les vracs secs, la baisse de la demande d’énergie au niveau européen a donné un coup d’arrêt aux importations de charbon via Anvers, qui avaient pourtant progressé au premier trimestre. Aux effets de la crise sanitaire, qui a freiné la demande de charbon dans l’énergie comme dans l’industrie, s’ajoute ici l’impact du développement des énergies alternatives, avec la fermeture de centrales électriques fonctionnant au charbon. Les trafics d’engrais, en revanche, se sont maintenus par rapport au premier semestre 2019, avec même une légère progression de 1 %. Pour les vracs liquides, la baisse de trafic enregistrée à Anvers s’explique par la moindre demande de pétrole du fait de la crise sanitaire, ainsi que par la diminution de 8,9 % du volume de produits chimiques liée, selon le port, à « une diminution de la demande provenant principalement du secteur automobile ».

Étienne Berrier