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Au cours des huit premiers mois de l’année, la valeur du commerce des produits de base, inclus dans la première phase de l'accord entre les deux premières puissances économiques mondiales, a profité aux produits manufacturés, agricoles et énergétiques. Le mois d'août a été le plus fort de l'année, les exportations atteignant leur niveau le plus élevé depuis novembre 2017, à 7,1 Md$.

Au cours des huit premiers mois de l’année, la valeur du commerce des produits de base inclus dans la première phase de l'accord commercial entre les États-Unis et la Chine a atteint 30,9 % du total des engagements pris. Les produits manufacturés sont les plus proches de l'objectif (36,4 %), devant les denrées agricoles (28,8 %) et les énergies (17,4 %). Le mois d'août a été le plus fort de l'année, les exportations de tous les biens inclus dans l'accord se sont alors élevées à 7,1 Md$, atteignant ainsi leur niveau le plus élevé depuis novembre 2017, dernière année avant la guerre commerciale.

Bien que les biens énergétiques soient les plus éloignés de l'objectif, le niveau des exportations (635 M$) a dépassé celui enregistré au cours des huit premier mois de 2017. En termes de volume, la croissance des importations chinoises de biens énergétiques inclus dans l'accord en provenance des États-Unis a augmenté de 2,3 Mt (+ 20,8 % p/r à 2017).

De réels progrès mais pas suffisants 

 En revanche, les exportations des produits industriels et agricoles, des États-Unis vers la Chine, ont diminué par rapport à leur niveau de 2017 : les premières de 2,8 % et les secondes de 6,9 %. Au total, les échanges de tous les biens inclus dans l'accord ont diminué de 2,1 % par rapport aux huit premiers mois de 2017.

«  Les objectifs étaient irréalistes quand bien même l'accord a été signé avant la pandémie, relève Peter Sand, analyste en chef des transports maritimes du BIMCO l’organisation internationale des armateurs, auteur de l’analyse. Toutefois, l'accord de la première phase a marqué une amélioration des relations commerciales et, jusqu'à présent, il a réussi à ramener les échanges à des niveaux proches du statu quo de 2017, rétablissant une grande partie des volumes qui avaient été perdus en 2018 et 2019. » Avec la reprise des exportations de ces marchandises au cours des derniers mois « et la saison du soja américain, qui a débuté le 1er septembre, susceptible de stimuler les exportations agricoles jusqu'à la fin de l'année, les progrès de l'accord pourraient s'accélérer mais ne pourront pas atteindre les objectifs », prévient l’économiste.

Élection américaine, autre aléa

Aux sanctions commerciales, activement exploitées par l’administration Trump pour faire pression sur ses adversaires de politique étrangère tels que la Corée du Nord, l'Iran et le Venezuela, vient se greffer un autre événement qui devrait influencer le transport maritime : l'élection américaine. Que le choix des Américains se porte sur le républicain Donald Trump ou le démocrate Joe Biden le 3 novembre prochain, le prochain président des États-Unis « aura un impact significatif sur plusieurs sujets qui intéressent le transport maritime », explique Clarksons Platou.

À commencer par le plan commercial. Dans ce domaine, le courtier s'attend à ce que Joe Biden adopte une approche plus diplomatique que celle de Donald Trump, belliqueux à l’égard de la Chine. Aussi, la mise à l’index de compagnies pour avoir transporté du pétrole à destination et en provenance des « ennemis » déclarés de l’Oncle Sam auraient largement profité aux exploitants de pétroliers, « puisqu'elles ont retiré de l’offre du marché et augmenté les distances, les États-Unis ayant ainsi conquis des parts de marché à l'Iran et au Venezuela. » Clarksons prévoit que les sanctions seront maintenues si le président en exercice est reconduit, « alors qu'il est plus incertain que le candidat démocrate Biden soit aussi agressif ».

Le courtier considère en outre que la position du futur président américain sur le sujet du climat ne sera pas neutre pour le transport maritime. Le gouvernement de Trump s'est distingué en abrogeant les réglementations environnementales. Les États-Unis sont de facto à la traîne en matière de climat. Clarksons considère que l’intérêt naissant des investisseurs américains pour les enjeux environnementaux devrait se renforcer si Biden remporte les élections.

L’OMC revoit à la hausse ses prévisions

L’OMC prévoit pour sa part une baisse de 9,2 % du volume du commerce mondial des marchandises pour 2020, puis une hausse de 7,2 % en 2021. « Ces estimations sont sujettes à un degré d’incertitude exceptionnellement élevé dans la mesure où elles dépendent de l’évolution de la pandémie et des réponses données par les gouvernements », précise l’organisation internationale dans un communiqué de presse.

L’organisation, comme de nombreuses autres institutions produisant des statistiques, a revu à la hausse ses scénarios. En avril, le gendarme du commerce mondial estimait le repli des échanges commerciaux à 12,9 %. Les performances enregistrées en juin et juillet – lorsque les mesures de confinement ont été assouplies et que l’activité économique s’est accélérée – ont contrarié les premiers jeux de données. En revanche, la prévision pour l’année prochaine est plus pessimiste que la précédente qui tablait sur une croissance de 21,3 %. Si l’été a suscité un espoir, l’OMC s’attend toutefois à un ralentissement une fois que la demande aura été épuisée et que les stocks des entreprises auront été reconstitués.

Contrairement au commerce, le produit intérieur brut (PIB) a chuté plus que prévu au premier semestre de 2020, de 4,8 %. La croissance du PIB devrait atteindre 4,9 % en 2021, en fonction des mesures de politique générale adoptées et de la gravité de la résurgence du Covid.

Enfin, si les deux périodes sont souvent comparées, la pandémie et la crise financière mondiale de 2008 évoluent dans un contexte économique très différent : la contraction du PIB est beaucoup plus forte dans cette récession alors que la chute du commerce est plus modérée, note l’OMC.

Adeline Descamps