Les investissements portuaires à l'étranger sont devenus les moteurs de la croissance du groupe chinois. OOCL n'est pas qu'un « sparring partner » pour Cosco. Des changements s'opèrent entre les ports chinois. Quelques pierres d'achoppement ici et là...

Cosco Shipping Holdings Co, la société d'investissement cotée à la bourse de Shanghai, qui chapeaute notamment les activités dans le transport de conteneurs et de vrac sec (Cosco Shipping/OOIL) ainsi que la gestion et exploitation de terminaux à conteneurs (via Cosco Shipping Ports), a réalisé un très faible bénéfice en 2018 (1,23 milliard de RMB soit 183,4 M$) ne lui permettant pas de s’extirper du rouge. Toutefois, ses lignes conteneurisées se disent, elles, rentables, sans plus de précisions. La pudeur chinoise...

En 2018, l’ensemble Cosco/OOCL a transporté 21,79 MEVP, en augmentation de 29 % en un an. Cosco, la compagnie dirigée par Hai Min Wang y a contribué à hauteur de 18,37 MEVP (+ 8,7 % p/r à 2017). OOIL, la maison-mère de OOCL, que le groupe chinois a acquis (à hauteur de 75 % du capital, opération effective en juillet 2018), lui a apporté 3,4 MEVP entre juillet et décembre. 

Effet Ocean Alliance 

Quant à l'activité dans les terminaux portuaires, perlant notamment les nouvelles routes de la soie (283 postes à quai en exploitation, dont 192 pour conteneurs d'une capacité annuelle de 106 MEVP), Cosco Shipping Ports a enregistré un débit de 117,36 MEVP (+ 17,1 %) en 2018 par rapport à l'année précédente. Une dynamique « supérieure au marché et robuste malgré les incertitudes qui pèsent sur le commerce mondial », a estimé son PDG Wei Zhang. Le dirigeant attribue ce résultat à deux facteurs principaux, d’une part les volumes générés par Ocean Alliance, consortium auquel appartient sa société sœur (Cosco/OOCL, aux côtés de CMA CGM et Evergreen), ainsi qu’à ses investissements dans des terminaux à l'étranger (Espagne, Belgique).

Les volumes apportés par Ocean Alliance auraient ainsi représenté 49,9 % du volume total (+33,7 % par rapport à 2017). Les terminaux portuaires à l’étranger ont contribué à hauteur de 22,51 MEVP et, avec une augmentation de 29,7 % du débit, sont devenus « l'un des moteurs de l'activité » tandis que les installations chinoises ont traité, en 2018, 92,60 MEVP mais dont la croissance patine (toutes proportions gardées)

Bohai Rim, puissance économique émergente du Nord de la Chine

Par régions (cf. tableau plus bas), la « Grande Chine » selon la dénomination du groupe représente toujours près de 80 % des volumes mais le secteur mature n'offre plus vraiment de gisements de croissance.

Le relais vient notamment du Bohai Rim, puissance économique émergente du Nord de la Chine, concurrençant de plus en plus le delta de la rivière des Perles au Sud et le delta du Yangtze à l'Est. La région, qui abrite les ports de Dalian, Quingdao, Tianjin…,  tire son attractivité de la présence des secteurs-clefs de l’industrie lourde : Tianjin et Dalian attirant les investissements étrangers dans la logistique et le transport maritime, Pékin dans la pétrochimie, Shenyang dans l’automobile, les logiciels, l'aéronautique et la pétrochimie. La région a en outre bénéficié de la générosité de l'administration centrale afin de développer les infrastructures et permettre l'exploitation des ressources naturelles. Signe de l’intérêt de cette partie de la Chine qui s’impose, le nouveau terminal de Nantong Tonghai, inauguré le 30 juin 2018, a réalisé, en à peine quelques mois, 264 255 EVP.

Sur la rive Sud-Est (5,69 MEVP), le fait le plus marquant reste la croissance du terminal Xiamen Ocean Gate (+ 31,2 % à 1,96 MEVP), en raison des volumes transportés par Ocean Alliance.

Le delta de la rivière des Perles, en perte de vitesse

En perte de vitesse en revanche, le delta de la rivière des Perles (Canton, Shenzhen, Guangzhou Hong Kong, Zhuhai, Jiangmen, Zhongshan …). L'une des premières zones de la Chine communiste à s'ouvrir aux échanges extérieurs dans les années 80 et aujourd’hui parmi les plus développées de la Chine continentale avec le delta du Yangzi et la région de Pékin, a connu une croissance comparativement plutôt faible (+ 1,3 % à 27,38 MEVP). Seul Yantian se distingue avec un + 3,6 %, à 13,15 EVP, tandis que Hong Kong a diminué de 6,6 % par rapport à 2017. Après longtemps caracolé en haut du classement mondial des ports millionnaires en 2018, le port de l'ancienne colonie britannique a été exclu en 2018 du top 5 mondial.

Les ports de la rive Sud-Ouest restent faibles mais la prise de participation de Cosco Shipping Ports (4,34 % dans Beibu Gulf Port Co) en décembre 2018 devrait quelque peu modifier le cours de son exercice en 2019 (Cosco Shipping Ports détient également des actions dans Qingdao Port Ltd, Guangzhou Port Co Ltd et Qinhuangdao Port Co Ltd).

À l'international, des pierres d'achoppement

À l’étranger, où Cosco a fait quelques emplettes ces derniers temps, notamment en Espagne (Valence/Bilbao), en Belgique (Zeebrugge) et en Grèce (Le Pirée), la croissance du portefeuille a été soutenue (+ 31,5 % à 24,77 MEVP), dont 3,62 MEVP pour ses actifs en Espagne et 392 484 EVP à Zeebrugge, qui a augmenté de 24 %. En quelques années, sous l’impulsion de Cosco, Le Pirée rencontre (enfin) son destin de grand port méditerranéen et a franchi en 2018 la barre des 4 MEVP (+ 19,4 %, à 4,41 MEVP). Toutefois, Cosco y rencontre quelques « pierres » d'achoppement qui pourraient entraver ses plans de développement : le KAS, le conseil archéologique grec a porté l'estocade au plan directeur de 675 M$ de l'Autorité portuaire du Pirée (APP), en classant une grande partie du site en tant que zone d'intérêt archéologique, ainsi sanctuarisée. Ce qui induit une réglementation plus stricte des usages.

Le groupe chinois envisageait d'y développer un grand complexe (notamment commercial, hôtel 5* mais aussi des activités de réparation navale d'une capacité de 300 000t) à proximité d'un nouveau terminal de croisière. Les décisions du KAS font d'autres victimes collatérales en mettant à mal par ailleurs les projets de Pékin, dont le grand dessein imprimé dans ses nouvelles routes de la soie considère Le Pirée comme une porte d'entrée en Europe. S'ils ne condamnent pas les investissements prévus, ils les retarderont inéluctablement sachant que des années de retard se sont déjà accumulées pour des raisons administratives. Les autorités portuaires et ne désarment et vont soumettre à nouveau un nouveau plan directeur. D'autres recours sont envisagés (saisir le Conseil d'État et demander l'annulation de la décision de la KAS). 

De façon plus certaine, le terminal d'Abu Dhabi devrait être mis en service en avril 2019 avec une capacité de 1,5 MEVP.

L'entreprise axe aussi ses priorités sur l’intermodalité et 2018 a été notamment marquée par l’accélération de sa coopération avec China Railway Corp. pour développer des services de fret ferroviaire entre la Chine et l’Europe. Le China-European Sea-rail Express, basé dans le port grec du Pirée, aurai enregistré un volume 50 000 EVP, soit une augmentation de 27 % d'une année sur l'autre. Ces derniers jours, le groupe a aussi annoncé avoir signé un accord d'investissement avec Guangzhou pour développer à l'arrière-port, dans la zone franche de Nansha une zone d'entreposage de 254 000 mvisant le e-commerce, la distribution de pièces et accessoires automobiles, les produits alimentaires et pharmaceutiques frais...

1,04 Md$ de chiffre d'affaires 

In fine, Cosco Shipping Holding a réalisé un chiffre d’affaires de 1,04 Md$ (+ 57,6 % en glissement annuel). Fin 2018, le groupe disposait d'une flotte de 477 porte-conteneurs d'une capacité totale de 2,76 MEVP et d'un carnet de commandes d'une capacité de près de 180 000 EVP.

Adeline Descamps 

 

 

Répartition par zones géographiques de l'activité portuaire

 

   Trafic 

  MEVP

  Croissance 

     en %

 

Part/total du groupe

en %

Grande chine

81,36 MEVP

   + 13,8 %

  78,9 %

Bohai Rim

38,32 MEVP

   + 35,7 %

  N.C

Delta du Yangtsé

19,80 MEVP

   + 0,9 %

  16,9%

Delta de la rivière des Perles

27,39 MEVP

   + 1,3 %

  N.C

Côte sud-ouest

Côte sud-est

 1,37 MEVP

 5,69 MEVP

   + 1 %

  + 12,2 %

  N.C

  N.C

International

24,76 MEVP

  + 31,5 % 

  N.C