La société Eolfi, une des spécialistes françaises sur le thème de l’éolien flottant, annonce dans un communiqué qu’elle finalise un accord avec le groupe pétrolier Shell en vue de son acquisition à 100 % par l'Anglo-néerlandais.

« L'acquisition est soumise à autorisation par les autorités compétentes et devrait être finalisée en décembre 2019 », indique sobrement la société qui annonce cependant être en finalisation d'un accord avec le géant anglo-néerlandais, davantage connu pour ses actifs dans le pétrole que dans l'électricité.

Fondée en 2004 pour développer l'électricité renouvelable, Eolfi est positionnée depuis 2012 sur l'éolien flottant. Dans un communiqué conjoint, Dorine Bosman, vice-présidente Éolien en mer au sein de Shell, estime que la conjugaison de « l'expertise et du portefeuille d'Eolfi, avec les ressources de Shell contribueront à faire de l'électricité une activité importante de Shell ». Déjà engagé dans des projets éoliens en mer à l'étranger, Shell renforce aussi sa position en France. Eolfi devrait rejoindre l'entité Nouvelles énergies de Shell.

Groix en Bretagne

Pour rappel, la société française, qui compte 65 salariés à Paris, Lorient, Marseille et Montpellier, est en France l'un des lauréats de l'appel d'offres pour des fermes pilotes flottantes à Groix au large de la Bretagne où, sous réserve des approbations requises, trois turbines seront installées sur des flotteurs semi-submersibles dans une zone où la profondeur des eaux ne permet pas l’utilisation de structures posées. 

L’éolien en mer dans la version flottante est une technologie plus récente que son équivalent posé (éoliennes posées sur des fondations en béton et dont l’implantation nécessite le recours à des navires spécialisées, dans des zones peu profondes entre 5 et 40 m). Dans le cas de l’éolien flottant, l’implantation se fait à plus de 50 m de fond. Cette technologie est plus complexe car la mer est par définition un environnement hostile pour des « choses » en immersion, cumulant les risques d’usure, de corrosion, de bio-fouling, sans parler de la force des courants et tempêtes…. La plupart des opérations doivent être réalisées au port comme l’installation de l’éolienne sur le flotteur, avant d'être remorquée sur site pour être ancrée grâce à un système à câbles.

Encore au stade de la démonstration

Pour l’heure, l’éolien flottant se résume en France à une éolienne de démonstration, mise en service en septembre 2018 au large du Croisic, et à quatre fermes pilotes (25 MW chacune) qui doivent entrer en exploitation en France en 2021, développées par Eolfi en Bretagne, Engie, Quadran Energies et EDF Renouvelables en Méditerranée.

L’éolien posé en mer a fait l'objet de trois appels d'offres en France entre 2012 et 2014. Six projets devraient entrer en service entre 2021 et 2023 : Fécamp (puissance 498 MW lauréats : EDF EN/Enbridge/WPD offshire/Generel Electric, horizon 2022) ; Courseulles-sur-Mer (Calvados, puissance 450 MW, lauréats : EDF EN/Enbridge/WPD offshire/Generel Electric, horizon 2023) ; Saint-Nazaire (Loire-Atlantique, puissance 480 MW, lauréats : EDF EN/Enbridge/Generel Electric, horizon 2021) ; Saint-Brieuc (Côtes d’Armor, puissance 500 MW, lauréats : Iberdrola/Eole-Res/CDC/ Gamesa, horizon 2023) ; Dieppe - Le Tréport (Seine-Maritime, horizon 2023, lauréats : Engie/EDPR/CDC/Adwen) ; Îles d’Yeu et de Noirmoutier (Pays de la Loire, horizon 2024, lauréats : Engie/EDPR/CDC/Adwen). Le Conseil d’Etat a délivré le 24 juillet 2019 les autorisations administratives pour l’installation de Fécamp, de Courseulles-sur-Mer et de Saint-Brieuc. En juin, le feu vert avait été donné au parc de Saint-Nazaire. Une mise en service est envisagée dans les trois ans. 

En 2016, deux appels d’offre ont été  attribués à des zones au large de Dunkerque et de l’île d’Oléron. Le groupement d'EDF Renouvelables, Innogy et Enbridge a été retenu en juin dernier pour la construction et l'exploitation du parc éolien en mer au large de Dunkerque. D'une puissance de près de 600 MW (mégawatts) apportés par 45 éoliennes, le champ éolien doit permettre de fournir en électricité 500 000 foyers à partir de 2026.

Feuille de route

L’éolien patine en France – on ne compte qu’une seule éolienne en mer installée aujourd’hui, au large du Croisic (Loire-Atlantique) – en raison de procédures administratives lourdes (qui ont été un peu assouplies), de recours d'associations en nombre et d'âpres négociations entre l’État et les entreprises lauréates pour infléchir les tarifs d’achat en vue d'alléger le coût du soutien public.

Ce serait d’ailleurs en raison d’un pris à 50 €/MWh – du reste garanti pendant 20 ans – que le consortium mené par EDF aurait fait la différence avec les six autres offres déposées pour le projet d'un parc éolien au large de la mer du Nord. À ce niveau, il est même inférieur « au prix actuel du marché de gros de l’électricité en France, hors coûts de raccordements à la côte » avait alors souligné Bruno Bensasson, directeur exécutif groupe énergies renouvelables chez EDF.

Dans sa déclaration de politique générale, le Premier ministre Édouard Philippe avait rappelé l'ambition de la feuille de route énergétique de la France (Programmation pluriannuelle de l’énergie) pour les prochaines années : 1 gigawatt par an. Il avait également confirmé le lancement des trois autres appels d'offres pour des parcs de 250 MW chacun, l'un d'une vingtaine d'éoliennes au sud de la Bretagne en 2021, les deux autres parcs, respectivement en Méditerranée dans les régions Occitanie et Provence-Alpes-Côte d'Azur.

Adeline Descamps

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