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Bruxelles tente de mettre de l’ordre dans les réactions dispersées et non concertées de ses États membres face à la problématique des changements d’équipage. Dans une dernière livraison de ses lignes directrices, elle les invite à désigner un réseau de ports où les relèves pourraient se faire sans entraves et sans délais. 

Quelque 600 000 marins de toutes nationalités officient à bord des navires sous pavillon européen dans le monde entier. En moyenne, quelque 100 000 employés parviennent au terme de leur contrat de travail chaque mois. Cela fait des semaines désormais que ces données tournent en boucle sans que la problématique sous-jacente – celle de la fin de leur mission, de leur rapatriement et de leur relève – n’ait trouvée de solution en ces temps si peu ordinaires. Les mesures de lutte contre la propagation, qui limitent les liaisons aériennes et cloisonnent les ports, sont devenues de véritables entraves pour les gens de mer, dans l’impossibilité d’embarquer ou de débarquer des navires. 

Dans une nouvelle série de lignes directrices portant sur les précautions sanitaires à prendre à l’égard des équipages, le rapatriement et les modalités de transit des marins, la Commission européenne tente un encadrement. Les membres de l’UE n’ont pas sur ces questions d’approche commune. En attendant, les armateurs y pallient dans l’urgence. Certains ont suspendu les relèves. D’autres ont mis en œuvre des procédures pour que les changements d’équipage puissent s’opérer dans des conditions de sécurité et de santé pour leurs personnels. L'Organisation maritime internationale (OMI) a demandé à plusieurs reprises à ce que les changements d'équipage soient possibles partout dans le monde.

« Les citoyens de l'UE bloqués dans des États membres autres que celui de leur nationalité ou de leur résidence, dans des pays tiers ou en mer devraient pouvoir rentrer chez eux, si leur état de santé le permet. Il incombe en premier lieu aux exploitants de paquebots et aux armateurs d'organiser le retour des personnes à bord, que le débarquement ait lieu à l'intérieur ou à l'extérieur de l'UE », exhorte l’exécutif européen, dans son document qui a fait bon usage du conditionnel. Les recommandations et préconisations restent la règle d’or. 

Quant à la prorogation des accords sur l'emploi, elle ne doit être décidée que lorsque le rapatriement ou les changements d'équipage sont entravés mais ne peut pas être prolongée au-delà de ce qui est nécessaire et « pendant une période raisonnable ». Cette notion subjective ne sera pas définie.

Dispositions financières et logistiques appropriées

« Afin de maintenir les services maritimes opérationnels, les États membres devraient autoriser les changements d'équipage dans leurs ports », poursuit la Commission, qui a eu l’occasion de le notifier dans d’autres guidelines sur la libre circulation des marchandises et des employés du transport. Considérés comme des « travailleurs essentiels », les marins sont sans frontières. « Lorsque les États membres procèdent à des contrôles sanitaires, ils ne doivent pas retarder de manière significative l'embarquement ou le rapatriement du marin ».

À l’endroit des paquebots de croisière battant pavillon d'un État membre de l'UE, rappelle Bruxelles, l'État du pavillon doit autoriser les passagers et l'équipage à débarquer dans l'un de ses ports. S'il n'est pas possible pour l'État du pavillon d'accueillir un navire, il devrait offrir une assistance aux exploitants de navires de croisière pour qu'ils prennent les dispositions nécessaires avec d'autres États membres de l'UE ou des pays tiers.

Si le navire bat pavillon d'un pays tiers, les États membres devraient l'accueillir pour des raisons humanitaires. Dans ce cas, l'exploitant du paquebot doit prendre les dispositions financières et logistiques appropriées (équipements de protection individuelle, installations de quarantaine, location de bus, vols charter) avant l'accostage, conformément à ses obligations.

Changement d’équipage

L’idée la moins convenue reste ce réseau de ports désignés pour être des hubs, où les relèves pourraient s’effectuer facilement. Il s’agirait de ports, géographiquement dispersés de manière à couvrir l'Union, bien desservis par des moyens de transport rapides (aéroports, gares...). Les États membres devraient être en mesure d’organiser, le cas échéant, des « opérations aériennes et/ou ferroviaires pour permettre des déplacements et des rapatriements rapides des marins ».

Dans ces hubs, les gens de mer disposeraient d’un logement dans l’attente de leur embarquement ou transit. « Ils pourraient par ailleurs disposer d'installationspour effectuer les 14 jours de quarantaine avant l'embarquement et après le débarquement si l'État membre l'exigeait et/ou faute de tests disponibles ». Le document comprend également un ensemble de prescriptions de sécurité et de santé pour un meilleur traitement médical à bord des navires. 

La Chambre internationale de la marine marchande (ICS) a salué l’ensemble de ces orientations. Avec la Fédération internationale des ouvriers du transport (ITF), elle avait fait parvenir il y a quelques jours un courrier aux dirigeants du G20 dans lequel les deux organisations demandaient des mesures coordonnées pour faciliter des changements d'équipage sûrs et efficaces de ces « héros méconnus du commerce mondial ».

A.D

L’essentiel 

-        Les compagnies de croisière sont responsables de l’organisation du rapatriement de leurs passagers ;

-        Les États du pavillon devraient accueillir les navires de croisière dans leurs ports ou en cas d’impossibilité, veiller à ce que l'armateur puisse organiser l'escale dans un autre port ;

-        Les États membres devraient autoriser les relèves dans leurs ports, y compris en délivrant les visas nécessaires ;

-         Les États européens sont invités à désigner des ports maillant toute l’UE et bien connectés par rail et air qui joueraient le rôle de hub pour les relèves.