©Sinopec

 

La mise à l’arrêt de la première puissance manufacturière mondiale a plombé la demande de fret à l’entrée et à la sortie. L'effondrement de la demande de carburant marin qui en découle survient au moment où les raffineurs chinois avaient augmenté leur production de LSFO, marché naissant ouvert par les nouvelles réglementations de l’OMI.

Un drôle de moment. Alors que sous l’effet des nouvelles réglementations de l’OMI, un nouveau marché pour le VLSFO s’ouvrait, l'épidémie, qui a tué près de 3 000 personnes et infecté environ 80 000 rien qu'en Chine, vient saper une dynamique naissante, déjà hypothéquée par la préférence des transporteurs pour les scrubbers. La technologie, qui permet de conserver le HFO, est désormais déployée sur plus de 2 700 navires de commerce, selon les données de la Lloyd's List Intelligence. Les ventes de combustibles marins ont fondu de moitié en Chine en février, indique Reuters. La contraction de l'activité des usines chinoises, enregistrée en raison des mesures de santé publique pour éviter la propagation, a figé la demande de fret, entraînant dans sa descente les prix du fioul à très faible teneur en soufre (LSFO) qui ont perdu 40 % en Asie depuis début janvier.

Bénéfices avec le LSFO

En février, selon Reuters, la demande de combustible de soute en Chine aurait chuté de 30 à 50 % par rapport à janvier. Les hub de soutage voisins, tels que Fujairah dans les Émirats arabes unis et Singapour, ne s’en sortent pas mieux. Les stocks se gonflent également en raison d’une baisse de la demande de 20 à 30 %, selon les estimations de cinq négociants en combustible de soute. Les négociants craignent que le choc de la demande retarde les plans des raffineurs chinois visant à stimuler la production de VLSFO alors qu’ils avaient réalisé de substantiels bénéfices en début d’année, avec un prix supérieur de 15 $ au-dessus du Brent en février. Les ventes dans le port de Zhoushan, à l'Est de la Chine, le principal centre de soutage du pays, avaient atteint 374 000 t en janvier, en hausse de 19 % par rapport à l'année précédente. Or, avec la baisse de la demande, les raffineurs chinois ont rapidement réduit la voilure, contenant leur production à 1,5 million de barils par jour en février.

Exonération de taxes à l’exportation

Pour soutenir la production pétrolière locale, Pékin a très rapidement annoncé (dès janvier) des mesures (exonérations de taxes fiscales à l’exportation) visant à stimuler production et sans doute à éviter que la vaste flotte chinoise n’aille s’avitailler dans les hubs rivaux de Fujairah et Singapour.

Les raffineurs d'État – China National Offshore Oil Corporation (CNOOC), China National Petroleum Corp (CNPC) PetroChina, Sinopec – mais aussi la société privée Zhejiang Petrochemical Corp (ZPC) ont été parmi les premiers à exporter du VLSFO sous le nouveau régime fiscal, plaçant le pétrole en stockage sous douane dans les ports de Dalian, Shandong et Zhoushan. Les exportations de CNOOC ont ainsi totalisé 4 500 t alors que celles de ZPC se sont élevées à 2 000 t. Sinopec et CNPC ont déclaré qu'ils pouvaient produire ensemble 14 Mt de VLSFO par an, alors que d'autres raffineurs chinois pourraient contribuer à hauteur de 4 Mt.

La congestion des ports chinois se résorbant, la demande de combustible de soute se rétablissant, les raffineurs pourraient alors relancer les exportations de VLSFO « au cours du deuxième trimestre », indiquent les sources commerciales de Reuters. À moins qu’un regain du coronavirus force Pékin à édicter de nouveau des mesures radicales. Le pire des scénarios pour l’économie mondiale…

Adeline Descamps