L'assassinat du directeur du port de Bossasso, dans la région semi-autonome du Puntland, tué lors d'une attaque revendiquée par les islamistes radicaux shebab, réveille les antagonismes dans ces régions âprement discutées entre clans rivaux et où les intérêts de DP World sont sujets à polémiques.

Paul Anthony Formosa était le responsable du port de Bossasso, dans le Nord-Est de la Somalie, depuis août 2017 pour le compte de P&O Ports, une filiale du groupe émirati DP World, qui en avait récemment obtenu la concession pour 30 ans. 

Il a été abattu ce 4 février, lors d'un attentat revendiqué par les islamistes radicaux shebab, par le biais de leur porte-parole Cheikh Abdiazis Abu-Musab, indiquant que cette attaque « faisait partie d'un plan plus large ciblant les compagnies mercenaires qui pillent les ressources de la Somalie ».  

Les observateurs suggèrent à cet égard que les intérêts du groupe émirati dans plusieurs ports africains et certains accords à polémiques ont pu contribuer à accentuer le climat d'instabilités entre bandes rivales sur la corne de l'Afrique.

En mars 2018, le Parlement somalien déclarait en effet « nul et non avenu » l'accord tripartite signé entre la République autoproclamée du Somaliland, l'Éthiopie et le géant de l'industrie portuaire DP World concernant le port de Berbera au Somaliland, stratégiquement situé – à l'entrée de la mer Rouge –, et dans lequel l'Emirati prévoit d'investir 359 M€ pour y développer les infrastructures. Par cet accord, DP World, concessionnaire depuis 2016 de ce port du Nord-Ouest de la Somalie, et les gouvernements éthiopien et somalilandais donnaient à l'Éthiopie 19 % des parts du port, DP World en conservant 51 % et le Somaliland, 30 %.

Intérêts supérieurs de la nation

Or, Mogadiscio, en froid historiquement avec son voisin éthiopien, considère toujours le Somaliland comme partie intégrante du territoire somalien alors que cette région s'est auto-proclamée indépendante du reste de la Somalie dès 1991 sans être pour autant officiellement reconnue par aucun pays.

La résolution alors votée par 168 des 170 députés du Parlement somalien déclarant l'accord anticonstitutionnel – « tous les ports et aéroports du pays sont propriété de la nation et (...) personne ne peut revendiquer de manière privée leur possession » – allait jusqu'à interdire à DP World d'opérer où que ce soit en Somalie. 

L’Éthiopie, deuxième marché de consommation africain mais qui n'a pas d'accès direct à la mer et dépend pour l'instant essentiellement du port de Djibouti pour son commerce, est donc fortement intéressé par l'amélioration des infrastructures portuaires de Berbera. Or, DP World est aussi au cœur d'un différend avec Djibouti concernant le terminal de conteneurs de Doraleh, qu'il exploite depuis sa création en 2006. Après avoir annoncé fin février avoir résilié le contrat de concession attribué à DP World, au nom des « intérêts supérieurs de la nation », le gouvernement djiboutien a finalement ordonné en septembre 2018 la nationalisation du terminal contesté. L'émirat de Dubaï a répliqué en accusant Djibouti d'avoir saisi « illégalement » le terminal.

--- A.D ---