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Le vote au Sénat sur la construction de la ligne à grande vitesse entre Lyon et Turin a fait exploser la coalition au pouvoir depuis juin 2018 formée par le Mouvement 5 Étoiles M5S et la Ligue.

La ligne à grande vitesse entre Lyon et Turin aura servi de catalyseur tant les dessacords entre les deux partis au pouvoir était nombreux. Sans ce sujet, la coalition aurait volé en éclats, dès la rentrée, sur la question de l’autonomie des régions du Nord de la péninsule, l’une des mesures phares de la Ligue, ou sur les questions fiscales.

Le 7 août, lors du dernier vote de la session parlementaire avant la fermeture estivale de l’hémicycle, deux motions favorables à la construction de la ligne ferroviaire à grande vitesse Lyon-Turin ont été adoptées grâce à deux motions des partis d’opposition qui ont soutenu la Ligue. En revanche, le texte présenté par le M5S, notoirement opposé à ce chantier, a été repoussé. Sans surprise pour le Mouvement, qui savait a bataille perdue d'avance. Mais ce document à valeur symbolique devait démontrer à son électorat, qui l’accuse de plier systématiquement le genou devant la Ligue, qu’il garde un minimum de cohérence sur les grands dossiers à l’origine de son succès électoral lors des législatives en mars 2018. Surtout après l’adoption il y a deux jours d'un décret sur la sécurité avec un chapitre consacré aux ONG portant secours aux migrants qui a donné des maux de ventre au parti antisystème italien. Le chantier du Lyon-Turin a démontré une fois de plus les distances idéologiques qui séparent les deux partis au gouvernement tout autant que la fragilité de leur contrat.

Que va-t-il se passer ?

Et maintenant ? Selon l’usage, le président de la République devrait  rapidement convoquer les différents partis politiques afin de juger si une nouvelle majorité est envisageable afin d’éviter des élections anticipées. En cas d’échec, le chef de l’État pourrait nommer un gouvernement technique pour assurer la transition avant les élections législatives et rassurer les marchés et assurer la bonne marche des affaires, notamment la feuille de route budgétaire 2020 qui devait être soumise aux parlementaires dans le courant du mois de novembre. Dernière solution envisageable : acter la chute du gouvernement et convoquer de nouvelles élections dans un délai de 50 à 70 jours, selon la Constitution italienne, soit d’ici la mi-octobre. C'est la demande du tout puissant patron de la Ligue, Matteo Salvini, déjà prêt à partir en campagne électorale en faisant la tournée des plages pour convaincre les Italiens de lui confier le timon du pays.

La semaine dernière d’ailleurs, les  Italiens ont déjà eu un avant-goût. Torse nu, en tongs et bermuda, mojito en main et derrière les platines d’un établissement balnéaire de l’Émilie-Romagne, Matteo Salvini  a joué les DJ en mixant l’hymne national version country. 

Ce gouvernement de coalition est né après la probante victoire du M5S aux législatives du 4 mars 2018. La formation de Luigi Di Maio avait alors recueilli 32 % des voix quand la Ligue n'avait récolté que des votes. Mais il n'aura fallu que quelques mois à Matteo Salvini pour renverser le rapport de force. Son parti est désormais crédité de plus de 35% des intentions de vote, selon les différents sondages, quand le M5S est retombé autour de 17%.

Matteo Salvini, dont le parti n'a recueilli que la moitié des voix de celle de son associé (17,6 % contre 32 % pour la formation de Luigi Di Maio) a en quelques mois retourné les choses à son avantage et cherchent désormais à pousser les électeurs déçus le M5S dans le giron de son parti. 

Ariel F. Dumont