Le dernier tronçon du pont, artère vital au port de Gênes, a été assemblé le 28 avril. ©RPBW Architects

 

Le port italien n'avait plus connu un trafic mensuel aussi faible depuis 1995. Gênes n’a pas été épargné par les aléas exceptionnels ces derniers mois. Une aide d’État approuvée par Bruxelles doit contribuer à favoriser le report modal vers le rail. Faute d’infrastructures ferroviaires, les escales ont peu de chance d'être compétitives, a prévenu Paolo Pessina, représentant Hapag Lloyd en Italie.

Un grand passage à vide pour Gênes, où seulement 3 Mt ont transité en avril sur ses quais, soit une chute brutale de 35,5 % par rapport à l’an dernier. Toutes les filières ont été terrassées par le virus. Les trafics ont atteint un niveau plancher en avril jamais atteint, ou du moins, pas ces deux dernières décennies. Dans la déconfiture généralisée, seuls les vracs solides du secteur industriel avec 46 000 t sont à la hausse et non des moindres, au-delà des 65 %.  Les marchandises diverses ont reculé de 25 % à 2,2 Mt. Dans cette catégorie, le conteneur a représenté 1,76 Mt, en chute de 18,7 %, soit 176 000 EVP (- 21,2 %) et le conventionnel a atteint 442 000 t (- 42 %). 

Dans les vracs liquides, point de salut. À 513 000 t, les hydrocarbures dévissent de 62,5 %. Les autres vracs liquides ont marqué un recul de 27,7 %, à 51 000 t, dont 34 000 t pour les produits chimiques (-12,9 %). Les vracs solides ont achevé le mois sur un total de 126 000 t, en baisse de 27 % et que les volumes générés par le secteur industriel ne sont pas parvenus à compenser. À 69 Mt, le soutage a reculé de 15,9 %. Quant au trafic passagers, le trafic ferry et croisières paie inévitablement cher la mise à l’arrêt avec un plongeon respectivement de 96 % (4 000 voyageurs) et de 99 % (1 000 personnes environ). 

Une aide d’État de 9 M€

Il y a quelques jours, la Commission européenne a approuvé une aide d'État italienne de 9 M€ visant à favoriser le report modal de la route vers le rail à Gênes. Les infrastructures routières et ferroviaires en provenance et à destination du port avaient été lourdement endommagées par l'effondrement du pont Morandi en août 2018, faisant 43 morts. L'aide prend la forme d'une subvention aux entreprises de logistique et aux opérateurs de transport multimodal. Un accompagnement financier sera également octroyé, sous forme de subvention, au concessionnaire des services ferroviaires dans le port de Gênes afin de compenser les coûts supplémentaires générés par la situation.

Quant au pont Morandi, artère de circulation vitale au Nord de l’Italie, desservant le port tout en irriguant l'autoroute européenne E80, le nouvel ouvrage a été reconstruit en des temps records, certains des travaux les plus difficiles ont même été réalisés dans le contexte du Covid-19. La dernière travée du viaduc surplombant la cité portuaire a été posée le 28 avril. C’est cet été que la circulation devrait reprendre. 

Absence de vision long terme 

Lors d'un webinaire organisé par le Propeller Club Port de Gênes, mentionné par des médias italiens, Hapag Lloyd, premier client du port de Gênes et deuxième au niveau national derrière MSC pour les volumes de conteneurs embarqués et débarqués, aurait souligné le manque de planification portuaire à moyen et long terme. « En l'absence d’infrastructures ferroviaires, les escales ont peu de chance d'être compétitives », aurait déclaré Paolo Pessina, représentant Hapag Lloyd en Italie

Le transporteur allemand pourrait-il y prévoir des escales pour ses plus grands porte-conteneurs (dont les commandes ont été mises en sommeil en raison de la situation) ? « Cela dépendra des conditions que les ports sauront offrir. La concurrence entre les terminaux se jouera sur la productivité car le positionnement de navires de cette taille pendant plusieurs jours dans un port a un coût très élevé », a-t-il répondu.

A.D