Débarquement des véhicules lors de la marche à blanc © BAI Albert Pennec

 

Le Royaume-Uni affectionne les « remakes ». Après avoir commis l'impair d'attribuer puis annuler des contrats de transports sous le précédent gouvernement de Theresa May, en vue de s'assurer par anticipation des capacités de fret supplémentaires dans la perspective d'un tohu-bohu après la sortie du Royaume Uni de l'UE, l'actuel exécutif s'y emploie à son tour.

Alors que les discussions pour tenter de parvenir à un accord sur un accord Brexit devaient se poursuivre cette semaine, le ministère britannique des transports (DfT) a attribué, à l'issue d'un appel d'offres cette fois, des contrats d'une valeur de 86,6 M£ (98,63 M€) à quatre compagnies de ferries - Brittany Ferries, DFDS, P&O et Stena Line - pour garantir la livraison de produits de première nécessité, tels que des médicaments, si le Royaume-Uni devait quitter l'UE le 31 octobre, sans accord. Huit compagnies avait été préselectionnées à l'issue de l'appel d'offres.

Les ferries supplémentaires seront exploités sur des routes routes maritimes moins exposées à des blocages ou embouteillages aux frontières, évitant les grands ports de Douvres, Newhaven et Plymouth au profit de ports moins fréquentés : Teesport, Hull, Killingholme, Felixstowe, Harwich, Tilbury, Portsmouth et Poole, au Royaume-Uni, et Cherbourg, Caen, Le Havre, Zeebrugge, Hook of Holland, Rotterdam, Europort et Vlardingen. Les contrats seront en place pour six mois, de sorte que le Royaume-Uni est prêt pour différents scénarios Brexit, a déclaré un porte-parole du DfT.

« Le Royaume-Uni se prépare à quitter l'UE le 31 octobre et, comme tout gouvernement sensé, nous nous préparons à tous les scénarios », a commenté le ministre des Transports Grant Shapps. « Ainsi, les opérateurs de fret seront prêts à transporter des médicaments vitaux dans le pays dès le retrait du Royaume-Uni acté ».

Garantir un volume de fret suffisant

Brittany Ferries s'est engagée dans un communiqué à garantir « un volume de fret suffisant en cas de Brexit sans accord, et ce quelles que soient les circonstances, afin d’assurer le transport de produits essentiels tels que les médicaments et les produits de première nécessité ». La compagnie bretonne a précisé que le contrat concerne des rotations existantes sur trois des routes maritimes opérées par Brittany Ferries : Caen-Portsmouth et Le Havre-Portsmouth (sans changement d’horaires) et Cherbourg-Poole (liaison pour laquelle les horaires doivent être confirmées).

« Notre flotte et nos routes maritimes sont suffisamment flexibles pour nous permettre de répondre favorablement aux sollicitations du gouvernement britannique dans le but de garantir le transport de produits essentiels tels que les médicaments », a assuré Christophe Mathieu, le président du directoire de la compagnie basée à Roscoff. L’entreprise teste en blanc depuis plusieurs semaines l’ensemble des outils et procédures qui lui garantiront la fluidité du contrôle des marchandises.

13,12 M€ d'indemnités

En cas d'annulation des contrats, le Royaume-Uni sera tenu de verser aux entreprises un montant total de 11,52 M£ (13,12 M€), soit beaucoup moins que les 51 M£ (58,08 M€) qu'il a dû payer pour l'annulation d'accords antérieurs conclus avant l'échéance initiale du 31 mars, sans parler des 33 M£ versés à Eurotunnel et P&O chacun pour distorsion de concurrence. Le concessionnaire de l'infrastructure sous la Manche avait contesté la légalité des trois contrats passés avec les trois compagnies de ferries. Le DfT avait également du payer 1 M£ (1,14 M€) en frais d'expertise pour annuler l'accord avec Seaborne Freight quand il s'est révélé que la compagnie ne disposait ni des ferries ni de fonds suffisants pour les payer. Par ailleurs, le transbordeur roulier Hurst Point, l'un des quatre navires stratégiques affrétés par le ministère de la Défense britannique (MoD) pour transporter du matériel, doit être rééquipé ce mois-ci afin de pouvoir transporter des médicaments en cas de besoin après le 31 octobre.  

Le Ministère de la défense a confirmé le plan au Parlement, déclarant que le DfT avait « raison de se préparer à toutes les éventualités ».

Robert Jaques

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