Washington a sanctionné le 25 septembre plusieurs sociétés et armateurs chinois pour avoir transporté du pétrole iranien. Auparavant, les États-Unis avaient également mis à l'amende des sociétés et pétroliers pour avoir transporté du pétrole vénézuélien à Cuba. ​L'administration américaine vient de s'en prendre cette fois à des sociétés et navires russes pour avoir fourni du pétrole aux forces opérant en Syrie. Réaction immédiate des marchés. Les prix du transport flambent.

Le 25 septembre, les États-Unis ont jeté leur dévolu sur six entreprises chinoises, dont deux entités de Cosco Shipping Energy Transportation, pour des violations présumées des sanctions américaines à l'encontre de l'Iran, en l'occurrence pour avoir transporté du pétrole iranien. 

Le département américain du Trésor a annoncé que les deux filiales avaient été ajoutées à la « liste noire » de l'Office of Foreign Assets Control (OFAC). Les actions de la filiale du géant chinois du shipping se sont immédiatement dépréciées sur les bourses de Hong Kong et de Shanghai entraînant même une suspension temporaire des cotations.

Quatre autres sociétés chinoises figurent sur la liste des bannis : China Concord Petroleum, Pegasus 88 mais aussi Kunlun Shipping et Kunlun Holding, toutes liées à la China National Petroleum, et dont certaines ont connu une expansion rapide au cours des deux dernières années, en partie liée aux livraisons de brut iranien en Chine. Les avoirs de ces entreprises aux États-Unis ou aux mains d’Américains sont par ailleurs gelés et leurs dirigeants interdits d’entrée sur le continent américain. Washington a toutefois souligné que les sanctions imposées aux filiales de Cosco ne s'appliqueraient pas à leur société-mère, Cosco Shipping.

Auparavant, les États-Unis avaient également sanctionné quatre autres armateurs pour avoir transporté du pétrole vénézuélien à Cuba. Cette fois, l'administration américaine vient de s'en prendre à des sociétés et navires russes pour avoir transporté du pétrole aux forces russes opérant en Syrie afin de soutenir le gouvernement Assad.

Réaction immédiate des marchés

Cosco Shipping Tanker (Dalian) possédant ou exploitant une cinquantaine de pétroliers d'une capacité cumulée de 52 millions de barils de pétrole, dont selon Clarksons 26 VLCC (ce qui lui conférerait 7,5 % de la flotte mondiale de supertankers), l'annonce a mis en ébullition le milieu des courtiers maritimes et des affréteurs contraints d’annuler des réservations de pétroliers de ces armateurs pour les remplacer par des navires appartenant à d’autres compagnies. Par crainte d’être elles-mêmes sanctionnées, de nombreuses entreprises non américaines préfèrent en effet ne plus avoir recours à leurs services et les assureurs pourraient également refuser de couvrir leurs navires.

D’ou une quête frénétique de pétroliers qui, en fin de semaine dernière, faisait bondir de 28 % le tarif du transport de 2 millions de barils du Moyen-Orient en Asie et de 6,3 % celui du transport entre les États-Unis et l’Asie. Ajoutant aux inquiétudes et à l’incertitude, le sort du pétrole déjà chargé à bord de navires de ces armateurs n'est pas clair : s'il pourra être livré ou devra être transbordé sur d’autres pétroliers. C’est par exemple le cas du Cospearl Lake, un VLLC de Cosco Shipping Tanker, d’une capacité de 2 millions de barils qui a, en début de semaine dernière, quitté le terminal texan de Galveston pour la Corée du Sud. Selon les données du Baltic Exchange, les VLCC sur la route de référence du Golfe du Moyen-Orient vers la Chine s'établissaient à 51 480$ par jour, le plus haut niveau depuis près de 11 mois.

Selon les données de Platts, les exportations pétrolières iraniennes, qui s'élevaient en moyenne à plus de 1,7 million de barils par jour (bpj) en mars, sont tombées à moins de 424 500 bpj en août. Un peu plus de 204 200 bj d'exportations iraniennes étaient alors destinés à la Chine.

Thierry Joly/ Adeline Descamps