Le groupe maritime spécialisé dans l'offshore n'avait pas pléthore d'issues suite à la demande de remboursement d’une partie de ses créanciers qui lui réclamaient 800 M$. La mise en redressement judiciaire était une option. 

Ces derniers mois ont été lourds et intenses pour la société marseillaise en inextricables négociations. In fine, Bourbon demande donc sa mise en redressement judiciaire, qui si elle est acceptée, va lui permettre de geler le passif existant pendant une période d'observation qui peut aller jusqu'à 18 mois et de présenter un plan de continuation prévoyant le réaménagement (qui peut s'étaler sur 8 à 10 ans) de la dette de près d'1,5 Md€. Elle a surtout pour vertu de ne mettre plus en danger l'entreprise du point de vue opérationnel. La société marseillaise indique dans son communiqué qu'elle avait au préalable demandé l'ouverture d'une procédure de sauvegarde auprès du tribunal de commerce de Marseille (où est basé le siège de la société) « en raison des appels en garantie du règlement des loyers restants dus jusqu’en 2026 de la société chinoise ICBC Leasing par différents courriers en date du 18 juillet 2019 » (le propriétaire chinois des navires affrétés par Bourbon, un des créanciers, n'a manifestement pas été convaincu par les propositions que le groupe Bourbon avait fait valoir ces dernières semaines pour parvenir à la restructuration financière de sa dette bancaire).

Par le communiqué, l'on comprend que les créanciers provoquant cette accélération oblique du dossier, alors que la société s'affaire depuis quelques semaines à présenter des solutions de sortie par le haut, qu'il s'agit d' « ICBC Leasing, Minsheng Leasing ainsi qu'Export-Import Bank of China (premier financeur mondial des navires du reste), et les porteurs d'obligations de type TSSDI ».

Sa demande de mise sous sauvegarde a été rejetée par la juridiction marseillaise dans une décision rendue le 24 juillet, estimant que les arriérés exigées par ICBC Leasing valent une cessation des paiements. L'homme clef historique du groupe Jacques de Chateauvieux, qui a repris la barre opérationnelle de son entreprise, a donc opté pour le redressement mais qui ne concernera que la holding et non les sociétés opérationnelles, « qui pourront poursuivre leur fonctionnement normalement et continuer de répondre aux besoins des clients », précise le groupe.

Deux options proposées aux créanciers

Lors de l’assemblée générale des actionnaires du 28 juin dernier, il avait été décidé, rappelle le groupe de services maritimes au secteur pétrolier, de proposer aux créanciers deux options de règlement de ses engagements financiers : « partager le risque du marché et donc recevoir une part fixe limitée assortie d’une part variable en fonction du cash net généré par navire donné en garantie des prêts ou objet de location, afin de pouvoir bénéficier du rythme et de l’intensité de la reprise du marché des services à l’offshore dans le temps ; ou prendre le risque de l’entreprise et dans ce cas s’accorder sur un montant réduit de dette à rembourser, portant intérêt et remboursable sur 8 ans, et recevoir des actions en compensation de la partie non remboursée ». Sachant que ces dettes non remboursées et les obligations de loyers abandonnés donnaient accès, selon cette dernière proposition, à un maximum de 30 % du capital de la holding. Et c'est bien à cet endroit que cela coince. 

En juin, un pool d'entreprises et de banques (BNP Paribas, Crédit mutuel Alliance fédérale, Natixis et Société générale, ICBC), totalisant ensemble 75 % de la dette du groupe, avait en effet rendu publique une offre de restructuration, prévoyant un apport de liquidités à hauteur de 120 M€, ainsi qu'une conversion en capital de plus de 1,4 Md€ de dette. Et surtout à l'issue de cette restructuration, les créanciers auraient pu disposer de 93 % du capital.

En réaction immédiate à cette proposition, l’actionnaire principal et président du conseil d'administration, Jacques de Chateauvieux, avait opposé la sienne, portée par Jaccar Holdings (dont Jacques de Chateauvieux est président), Cana Tera, Henri de Chateauvieux, Mach Invest et Mach Invest International. Ceux-ci proposaient alors un apport de liquidités sous forme de dette de 80 M€ et un prêt de 164 M€ permettant de désintéresser les créanciers qui le souhaiteraient et un remboursement des créances sur la base du cash-flow disponible généré par chaque navire sans dilution de l’actionnariat à l’issue de la restructuration. C'est au cours de ce même conseil d'administration qu'il avait repris la direction générale. 

Quoi qu'il en soit, l'échéance de la proposition du consortium a expiré. 

Marathon

Il reste désormais aux dirigeants de Bourbon à entreprendre un marathon avec les partenaires financiers pour convaincre à la fois de leur capacité à s'extraire de la passe difficile que l'entreprise vit désormais depuis quelques années en raison d'un environnement de marché (pétrolier offshore) en profonde mutation, et de la pertinence de leur projet intitulé #BoubonInMotion qui promet la transformation radicale du modèle d’affaires.

La cotation de l’ensemble des titres, qui avait été suspendue le 22 juillet à sa demande pour lui permettre d'aviser, reprendra le 26 juillet à l’ouverture du marché.

A.D.

résumant les différentes étapes : Des créanciers forcent le remboursement de 800 M$