Le conseil d’administration de Bourbon Corp. s’est réuni le 22 juillet pour prendre acte de la demande de certains de ses créanciers lui demandant le remboursement d’une partie de leurs créances. Le groupe demandé la suspension de sa cotation. Un épisode à lire à la lecture des événements des deux derniers mois.

« Bourbon Corp. étant garante d'une partie de ces sommes, soit environ 800 M$, elle examine les options disponibles et entend poursuivre les discussions avec ses créanciers avec pour objectif de prendre les mesures appropriées pour protéger ses intérêts et ceux de son personnel. Dans ces circonstances, le groupe a demandé la suspension de la cotation », a déclaré le groupe dans un communiqué parvenu aux rédactions dans la soirée du 22 juillet. Le titre affichait alors une valeur de 3,96 €. La suspension du titre (Euronext peut du reste le demander) permet souvent dans ces cas d'éviter une spéculation sur le titre et le met à l'abri d'une OPA agressive d'un des créanciers qui pourrait ainsi en prendre le contrôle. Et en l'occurrence, dans le cas de Bourbon, il semblerait que les créanciers emploient la manière forte pour forcer la main à Jacques de Chateauvieux et ses alliés à convertir une partie des créances en capital, explique au JMM une spécialiste de l'analyse financière. En clair, ses « créanciers veulent l'exproprier des x% d'actions qu'il détient ».

Ce nouvel épisode dans la vie du groupe de services maritimes au secteur pétrolier, qui a été sacrément chahuté ces dernières années par les difficultés liées à l’exploration pétrolière offshore, doit être lu à l'aune des événements de ces deux derniers mois.

Lors des dernières réunions du conseil d’administration de Bourbon, en juin, les choses avaient sensiblement évolué au sein de l’un des fleurons du transport maritime hexagonal, en grandes difficultés avec une dette approchant les 1,5 Md€ pour un chiffre d'affaires de moins de 800 M€ et bénéficiant depuis janvier d'une suspension de l'exigibilité de ses loyers et de sa dette, dont l'échéance de remboursement est désormais dépassée.

L'évolution de la situation avait été précipitée par l’annonce d’une offre de restructuration, rendue publique en juin, déposée par un pool d'entreprises et de banques (BNP Paribas, Crédit mutuel Alliance fédérale, Natixis et Société générale ainsi que le géant bancaire chinois ICBC), totalisant ensemble 75 % de la dette du groupe et prévoyant un apport de liquidités à hauteur de 120 M€, ainsi qu'une conversion en capital de plus de 1,4 Md€ de dette. À l'issue de cette restructuration, les créanciers auraient pu disposer de 93 % du capital. 

Reprise en main opérationnelle

En réaction à cette proposition, l’actionnaire principal et homme clé historique du groupe, Jacques de Chateauvieux, avait fait connaître la sienne, portée par Jaccar Holdings (dont Jacques de Chateauvieux est président), Cana Tera, Henri de Chateauvieux, Mach Invest et Mach Invest International. Ceux-ci proposaient alors un apport de liquidités sous forme de dette de 80 M€ et un prêt de 164 M€ permettant de désintéresser les créanciers qui le souhaiteraient et un remboursement des créances sur la base du cash-flow disponible généré par chaque navire sans dilution de l’actionnariat à l’issue de la restructuration.

Dans la foulée, un changement de gouvernance s’est opérée. Le pacte d’actionnaires historiques avait été consolidé (leur permettant ainsi de détenir 69,53 % du capital social et 69,74 % des droits de vote de la société) tandis que Jacques de Chateauvieux avait repris la main opérationnelle sur le groupe, lui qui était n'était plus « que » président du conseil d’administration depuis le 14 mars 2018, date à laquelle les fonctions de président du conseil d’administration et de directeur général avait été dissociées. Dans la foulée avait été nommée une nouvelle équipe.

Réponse de Jacques de Chateauvieux

La réponse de l'homme clef à cette nouvelle épine n'a pas été révélée. Mais elle ne laisse pas beaucoup de choix. Si les créanciers réclament leur dû, la société pourrait de facto se retrouver en redressement judiciaire. Est-ce dans l'intérêt des créanciers au vu de la valeur des actifs ? Jacques de Chateauvieux pourrait placer son groupe en sauvegarde et demander un nouvel étalement du remboursement de sa dette dont les intérêts avoisinent 5 % des créances. Soit en bénéficiant de la suspension de la cotation du titre, se donner le temps de négocier avec ses créanciers, voire une restructuration de la dette avec de nouveaux partenaires financiers.

À l’issue du premier trimestre de cette année, Bourbon présentait un chiffre d’affaires consolidé de 162,3 M€ (157,6 M€ en année glissante). La rationalisation de ses navires (477 fin du premier trimestre contre 507 il y a un an) commence à payer, au vu de la hausse (+ 2,8 %) des taux d’utilisation de ses navires (54,5 % contre 53 %) même si les tarifs d’affrètement journaliers ne décollent toujours pas, à 8 172 $ (8179 $ il y a un an, même période). Fin 2018, tous les indicateurs étaient dans le rouge, son chiffre d’affaires à 689 M€ était en baisse de près de 20 % et son Ebitda ajusté, en chute libre de 104,9 %, à 4,3 M€.

A.D.