Si l’acquisition se finalise d’ici la fin de l’année, comme il est prévu, l’opérateur émirati portuaire mettra la main sur la totalité du capital de Topaz Energy and Marine, un prestataire de logistique marine auprès du secteur pétrolier, dont la flotte opère principalement dans le bassin de la mer Caspienne. Il a mandaté 8 banques pour lever le milliard d'euros nécessaires. La filiale manutention du fonds souverain Dubaï World ne fait plus mystère de sa volonté d’élargir grandement le champ de ses compétences.

L’opérateur émirati a soif. Il se met d’équerre par rapport à la stratégie maritime de sa main-mère, Dubaï World, qui elle-même met en ordre de bataille stratégique son portefeuille d’activités où se dessinent quelques centres d’intérêts : logistique et transport ; réparation navale et transport maritime ; développement urbain et services financiers. Dans le maritime, le fonds souverain, propriété de l'État émirati, a procédé à quelques acquisitions illustrant sa volonté d'élargir son horizon avec l’acquisition de Maritime World Logistics et du chantier naval Drydocks World à Dubaï, pour lequel il a déboursé 450 M$.

De même, DP World est sorti de son pré carré pour s’affranchir de son cadre portuaire* d’origine apparemment trop étroit et où il y a sans doute trop de monde. Au cours des 18 derniers mois, la société s'est en effet lancée dans une série d'achats. Il a mis la main sur P&O Ferries et sa branche logistique P&O Ferrymasters aux 19 sites en Europe (une réintégration plus exactement car les deux entités avaient été au moment de leur acquisition en 2006 rattachés directement à Dubaï World), moyennant un chèque de 322 M£ (371 M€). Avec cette acquisition, DP World a empoché le leader de l’activité transmanche avec 57 % de parts de marché et 1,75 million d’unités de fret. Il a aussi mis sur la table 660 M€ pour s’offrir le 6e armateur mondial de feeders Unifeeder, acteur européen historique du transport en courte distance avec une soixantaine de navires. 

Investissements dans la logistique en joint-venture

Parallèlement, la filiale du fonds souverain a multiplié les investissements dans la logistique, en partie par l'intermédiaire de coentreprises : ainsi, en joint-venture avec Hindustan Infralog Private Limited (HIPL), elle a acquis 90 % du capital de Continental Warehousing Corporation (Nhava Seva), un important opérateur logistique multimodal en Inde. En Amérique latine, elle a absorbé le groupe Cosmos Agencia Maritima pour 315,7 M$, qui lui a offert un opérateur intégré avec des solutions de bout en bout (une société de logistique Netpunia, de transport Triton Transport S.A et une participation de 50 % dans Terminales Portuários Euroandinos S.A., le deuxième terminal à conteneurs du Pérou).

Nouvelle illustration de la volonté du groupe d'élargir son horizon, dont il ne se cache plus. Il est prêt à débourser 1,08 Md$ pour rafler totalement Topaz Energy and Marine auprès de Renaissance Services SAOG et Standard Chartered Private Equity/Affirma Capital.

« Au cours des dernières années, nous avons investi de manière sélective en logistique maritime dans des sociétés à forte visibilité sur le chiffre d'affaires, de bonne réputation et aux fondamentaux solides. Cette acquisition complète les activités de notre P&O Maritime Services, qui gère plus de 300 navires dans le monde », commente Sultan Ahmed Bin Sulayem, président et PDG du groupe DP World.

Pépite de la mer Caspienne ?

Opérant en mer Caspienne, dans la région MENA et l'Afrique de l'Ouest, Topaz dispose d’une flotte de 118 navires (86 % de taux d’utilisation) dont 90 se concentrent dans ses activités stratégiques : des AHTSV pour le remorquage de plateformes offshore, des PSV pour le transport de fournitures et de matériel à destination et en provenance d'installations offshore, des MPSV pour les activités d'inspection, de maintenance, de réparation au large…. La société, également basée à Dubaï, compte notamment parmi ses clients BP, Chevron, Dragon Oil, Dubai Petroleum, ExxonMobil et Tengizchevroil. Elle semble avoir mieux résisté que nombre de ses concurrents au ralentissement de son marché, subordonné aux aléas du pétrole, secteur en déroute depuis 2014. La société présentait fin 2018 un chiffre d’affaires de 349 M$, un Ebitda (bénéfice d’exploitation) de 190 M$ et fin mars 2019, un carnet de commandes de 1,6 Md$, basé sur des contrats à long terme.

Ce sont ses activités en mer Caspienne, bassin détenant environ 6 % des réserves mondiales de pétrole, qui contribuent majoritairement à ses résultats : les 65 navires de services mobilisés dans cette zone génèrent des revenus de 157 M$ et un bénéfice de 98 M$ (pour 47 M$ de CA et 11 M$ de résultat d’exploitation au Moyen-Orient).

En quête du milliard d'euros

L’agence Bloomberg indiquait il y a quelques jours que l’Émirati avait passé mandat auprès de 8 banques, dont Citigroup, Dubai Islamic Bank PJSC et Standard Chartered, Barclays, Deutsche Bank AG, Emirates NBD Capital, First Abu Dhabi Bank PJSC et HSBC Holdings, en vue d'organiser des réunions d’investisseurs de façon à vendre des obligations islamiques pour un total de 1 Md$. Les fonds nécessaires pour financer l'acquisition de Topaz. L'acquisition doit être finalisée cette année.

Adeline Descamps

*DP World exploite 78 terminaux dans plus de 40 pays. La manutention de conteneurs génère encore plus de 50 % de son chiffre d'affaires. En 2018, DP World a traité 71,4 MEVP pour une capacité brute actuelle de 91,2 MEVP.