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Les mesures de déconfinement rendent l’Agence internationale de l'énergie (AIE) plus confiante quant à la demande de pétrole pour 2020. Les incertitudes liées à une éventuelle deuxième vague de la pandémie pèsent néanmoins encore sur ses prévisions.

De revoyure en revoyure. Les prévisions de l’AIE dansent le paso doble. Pour l'année 2020, la baisse de la demande est désormais estimée à 8,6 millions de barils par jour (Mbj), indique l’Agence dans son rapport mensuel sur le pétrole. Sa précédente prévision faisait état de 9,3 Mbj de baisse pour un avril très sombre. Ces nouvelles prévisions portent la demande mondiale à 91,2 mbj en 2020 contre environ 100 Mbj l'année dernière. 

La production devrait quant à elle perdre 12 Mbj en mai pour passer à 88 Mbj. La situation n’en reste pas moins historique. La levée progressive des restrictions, si elle ne s’accompagne pas d’une deuxième vague d’épidémie, devrait faire repartir la machine industrielle mondiale et ainsi alimenter la demande de pétrole, « bien que de manière modeste au début », souligne le rapport.

Ces nouvelles perspectives ont fait bondir le 13 mai les cours du pétrole. Sur le Nymex, le baril de brut léger américain (WTI) pour livraison juin a augmenté de 9 % pour remonter à 27,56 $, au plus haut depuis six semaines. Le baril de Brent de la mer du Nord d'échéance juillet a gagné 6,7 % à 31,13$.

 

Pétrole : double choc de l’offre et de la demande

Du côté de l'offre, la forte baisse de la production américaine ou l’accord au sein de l'OPEP+ pour limiter son offre devraient jouer en faveur du rééquilibrage graduel des marchés pétroliers, souligne l’agence, qui reste prudente. Il faut entendre au sens « graduel » le terme « fragile ». Car les risques demeurent, indique-t-elle.

Le marché du pétrole a plongé depuis plusieurs semaines en raison des restrictions mises en place à travers le monde pour enrayer la propagation épidémique. La demande pour les transports ou l'industrie s’est littéralement effondrée. La guerre des prix déclenchée par l'Arabie saoudite avant que ne soit trouvé un accord au sein de l'OPEP+ par ses parties principales a exacerbé les tensions. Parmi les incertitudes figure toujours celle du respect de l'accord.

Comment va évoluer le stockage flottant ?

Les producteurs commencent à ressentir durement eux-mêmes la baisse de leurs revenus pétroliers, ce qui pourrait les inciter à contenir l'offre. Les membres de l'OPEP+*, avaient fini par se résoudre à réduire la production de brut de 9,7 millions de barils par jour (Mbj) entre le 1er mai et le 30 juin 2020 par rapport au niveau d'octobre 2018, tandis que l'Arabie saoudite, le Koweït et les Émirats arabes unis ont annoncé vouloir diminuer encore leur production de brut, au-delà des engagements pris dans le cadre de l'OPEP+. Pour Riyad, une coupe supplémentaire d'un million de barils par jour doit ramener la production du pays, le plus grand exportateur mondial de pétrole, à 7,5 Mbj en juin 2020. 

En avril, la consommation mondiale a baissé de 29 Mbj par rapport à celle d’avril 2019, soit « un niveau jamais vu depuis 1995 ». 

A.D

* les 13 membres de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep), dont l’Iran, le Venezuela et la Libye exemptés de réduction compte tenu de leur faible production par rapport à leur capacité historique, et 10 pays partenaires dont le chef de file est la Russie, deuxième producteur mondial de pétrole derrière les États-Unis.