Les États-Unis ont mis en oeuvre le 5 novembre la dernière phase de sanctions qui concernent cette fois les secteurs pétrolier et financier iraniens. Toutes entreprises asiatiques ou européennes qui importeraient du pétrole iranien seront interdites de commercer avec les États-Unis, ultime concrétisation du retrait de l'accord sur le nucléaire iranien de 2015 annoncé par Donald Trump en mai.

Avec ses sanctions contre les importateurs de pétrole iranien, Washington pourrait faire basculer un marché à l'équilibre précaire et provoquer une flambée des prix du brut, le tout sous l'oeil attentif de l'Arabie saoudite. "Dans les prochaines semaines, le marché va être complètement focalisé sur les exportations de l'Iran, sur le fait de savoir si le pays triche ou si la production chute", a commenté Riccardo Fabiani, analyste pour Energy Aspects, interrogé par l'AFP. Les États-Unis visent à compter du 5 novembre les acheteurs de pétrole iranien afin de priver Téhéran de sa principale source de revenus. Mais si l'or noir est crucial pour la trésorerie iranienne, le pays, troisième producteur de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP), est également un des piliers du marché mondial.

En avril, l'Iran a exporté l'équivalent de 2,5 millions de barils par jour (mb/j), avant que les acheteurs ne se détournent du pays en raison de l'annonce des sanctions. "Même si les États-Unis accordent des exemptions, Washington demandera que le volume importé d'Iran baisse nettement", a noté Giovanni Staunovo, analyste chez UBS, qui mise donc sur une hausse des cours.

L'inconnue des exemptions

Pourtant, les prix du pétrole ont perdu près de 15 dollars en moins d'un mois, après avoir culminé début octobre à leur plus haut niveau depuis deux ans et demi, avec un baril de Brent à plus de 85 dollars. Une partie de l'explication se situe dans la position ambigüe des États-Unis qui, après avoir martelé que l'objectif des sanctions était de réduire les exportations iraniennes à zéro baril, ont adouci leur position en accordant des exemptions à 8 pays.

"L'Inde a expliqué aux États-Unis qu'elle ne pouvait pas arrêter ses importations avant mars, alors qu'elle fait face à une crise monétaire grave" qui pèse sur le pouvoir d'achat, a commenté Joel Hancock, analyste chez Natixis. Le pétrole iranien est en effet bon marché et adapté aux raffineries indiennes. Par ailleurs, la hausse du prix du baril, et donc de l'essence, pèse aussi sur le moral des Américains. "Si les prix recommencent à grimper ou qu'un autre grand producteur a des difficultés, cela pourrait mettre les États-Unis sous pression et faire émettre de nouvelles exemptions", a jugé Riccardo Fabiani, d'Energy Aspects.

Les autres acteurs, aux aguets

Les grands pays du pétrole, hormis l'Iran, devraient faire un effort pour produire davantage afin de compenser la baisse attendue d'or noir de Téhéran. Mais ce faisant, ils pourraient bien diminuer leur capacité de réaction à l'avenir, au cas où éclaterait une nouvelle crise. L'Arabie saoudite, premier exportateur mondial, a ainsi affirmé pouvoir répondre à la baisse iranienne, mais certains acteurs du marché se demandent si le Royaume n'épuise pas ses capacités de réserve. "L'Arabie saoudite peut produire 12 millions de barils par jour, mais à condition d'investir", estime M. Hancock, alors que le pays produit actuellement un peu moins de 11 mb/j. Selon lui, Riyad ne peut toutefois compter pour l'instant que sur 300 000 barils par jour de capacité de réserve, c'est-à-dire dont l'extraction peut être lancée en moins de 30 jours.

"Tout le monde parle de l'Arabie saoudite, mais la production du pays est stable, autour de 10 millions de barils par jour", a pour sa part estimé Samir Madani, analyste chez Tanker Trackers, spécialisé dans le suivi de tankers par satellite. "La vraie hausse, c'est l'Irak, qui exporte 4,2 millions de barils par jour, un volume que je n'avais jamais vu", a-t-il ajouté. Selon lui, les États-Unis, qui sont en phase de devenir le premier producteur mondial avec leurs exploitations de pétrole de schiste, pourraient répondre à une partie de la demande, mais manquent de capacités d'exportation.

--- La rédaction ---