La pénurie de méthaniers pourrait entraver la croissance du marché du GNL. Á un moment stratégique où ce marché de niche dans le transport maritime est devenu central dans l'approvisionnement mondial en gaz naturel. Selon l'Agence internationale de l'énergie (AIE), le manque d'investissements en temps utile dans la flotte de méthaniers devient terriblement problématique.

« Á moins que de nouvelles commandes ne soient passées au cours des prochains mois, l’absence de capacité de transport disponible sur un marché du GNL en pleine croissance pourrait constituer un sérieux problème de flexibilité et de sécurité d'approvisionnement du gaz naturel », plante l’Agence internationale de l’énergie dans son troisième rapport annuel sur les évolutions des marchés du GNL, publié le 22 octobre (cf. Global Gas Security Review).

Dans une analyse sur les évolutions des marchés mondiaux du gaz naturel, le rapport montre à quel point les grands acheteurs émergents de GNL, la Chine en tête, et l'augmentation de la production et des exportations des États-Unis sont en train de remodeler en profondeur le secteur. En particulier, la pénurie d'approvisionnement de la Chine au cours de l'hiver dernier, qui a provoqué un effet domino dans le monde entier, a mis en évidence le rôle central du GNL dans l'approvisionnement mondial en gaz. Or, si le GNL a servi d’appoint pour atténuer les pénuries d'approvisionnement, des incertitudes demeurent notamment en raison de l'insuffisance des investissements dans la production et la capacité des infrastructures, à commencer par celle du transport maritime.

Selon l'Agence internationale de l'énergie (AIE), le manque d'investissements en temps utile dans la flotte de méthaniers devient donc problématique. Pour cette catégorie de navires, plus sophistiqués techniquement parlant que d'autres, en raison de la nature de leur cargaison et donc au prix plus élevé, les commandes étaient précédemment déclenchées par l'obtention de contrats d'affrètement à long terme, d'une durée allant de 10 à 30 ans.

Or, si le marché du transport maritime de GNL reste dominé par les affrètements à long terme, la tendance est de plus en plus « contrariée » sous l’effet de la transformation du marché évoquée par le rapport de l’AIE. La demande des (nouveaux) acheteurs des pays émergents privilégieraient davantage des transactions à court terme et donc un affrètement de courte durée voire au voyage.

 « De tels changements remettent en question le modèle du transport maritime de GNL, avec une plus grande incertitude quant au développement et à la disponibilité de la flotte à moyen terme, et des impacts potentiels sur les niveaux et la volatilité des prix du transport maritime », alerte l'AIE dans son rapport.

 

Pénurie de navires

La proportion de méthaniers disponibles pour l'affrètement (à l'exclusion de l'affrètement partiel de navires déjà sous contrat) représentait environ 14 % de la flotte en 2017, et pourrait atteindre 38 % de la flotte existante d'ici 2023 si un des contrats arrivant à expiration n’était pas renouvelé, selon le rapport. Le commerce mondial de GNL a connu une forte croissance en volume au cours de la dernière décennie, avec un taux de croissance annuel moyen de 5,6 % quand celui du commerce maritime international mondial n’était « que » de 2,5 %, selon les données de la CNUCED. Avec 391 millions de tonnes (Mt) « échangées » en 2017 et 467 navires actifs (mi-2018), le GNL reste un marché de niche au sein du commerce maritime mondial, qui s'élevait à 10,7 milliards de tonnes (données CNUCED de 2016).

Le rapport indique par ailleurs qu’après avoir connu deux vagues successives d'investissements au milieu des années 2000 et au début des années 2010, les commandes de nouvelles infrastructures de GNL ont chuté depuis 2016, plombé par les incertitudes du marché quant à la perspective d'une surcapacité et de prix du gaz au plancher. Ce qui a fait chuter le nombre de navires* en commande, qui reste à un étiage en deçà de la moyenne observée au cours de la dernière décennie. Fin juin, le carnet de commandes s'élevait à 104 navires et 15,3 millions de m3 de GNL, soit une augmentation de 29 % du tonnage total de la flotte, la plupart livrables entre cette année et 2020. Quant aux commandes sur le premier semestre, elles s'établissaient à 26 unités.

Quelles répercussions ?

Pour maintenir l'équilibre du marché mondial du GNL, signifie l’AIE, en tenant compte des délais de construction et de livraisons des nouveaux navires, des commandes supplémentaires de méthaniers « sont donc nécessaires à court terme afin d'éviter les problèmes de pénurie de navires ». Quelles répercussions ? « Des taux d'affrètement au comptant plus élevés et plus volatils, ainsi qu'un risque accru que des navires ne soient pas disponibles à court terme, en particulier dans le bassin atlantique où les prix du GNL sont habituellement moins attrayants que dans le Pacifique », répond l'AIE.

Une analyse similaire avait été formulée dès août par Andrew Buckland, analyste spécialisé dans le GNL chez Wood Mackenzie, qui prévoit notamment un nombre record de projets de GNL en 2019.

--- Adeline Descamps ---

 

*La flotte mondiale de GNL est relativement jeune puisque les navires de moins de 10 ans représentant 49 % en tonnage et 47 % en nombre de navires. Le marché est aussi accaparé par quelques grands, six compagnies martitimes - GasLog, Kawasaki Kinsen Kaisha (ligne K), Maran Gas Maritime, Mitsui OSK Lines (MOL), Nippon Yusen Kaisha (NYK) et Teekay Shipping -, contrôlent environ la moitié de la flotte.