Il y a quelques semaines, les compagnies pétrolières annonçaient une stricte diète budgétaire. Elles s’engagent aujourd’hui à la sobriété énergétique. Les compagnies pétrolières française et norvégienne rejoignent à leur tour le mouvement en faveur d’un transport maritime neutre en 2050.

L’annonce relève de la logique opportuniste et plus de la charge symbolique que de l’acte engageant et irréversible. Cette semaine, alors que le 8 juin était la journée mondiale de l'océan, le groupe pétrolier a indiqué qu’il rejoignait la Getting to Zero Coalition, une alliance lancée en septembre 2019 avec Maersk pour membre fondateur et fédérant une soixantaine de sociétés, du maritime aux banques en passant par les matières premières et les énergies (Cargill, Trafigura, Shell, Citigroup, ABN Amro, Société Générale, One, Norden, Wärtsilä, etc.). Le consortium entend développer des navires neutres en carbone d’ici 2030 pour qu’ils soient opérationnels en 2050.

À cette échéance, fixée par l'Organisation maritime internationale (OMI), le transport maritime devra en effet avoir réduit ses émissions de gaz à effet de serre du transport maritime d'au moins 50 % par rapport aux niveaux de 2008. Total, qui a récemment annoncé l'affrètement à long terme de deux VLCC propulsés au GNL et investit sans compter ces dernières années dans ce carburant de transition, entend donc apporter son écot. « En rejoignant la coalition "Objectif Zéro", nous voulons favoriser l'innovation et encourager les actions collectives avec tous les acteurs de l'industrie, contribuant ainsi plus efficacement à la réduction de l'empreinte carbone du transport maritime et de ses chaînes de valeur énergétiques », a déclaré de façon convenue son PDG Patrick Pouyanné.

Le major française n’appartient pourtant pas, jusqu’à preuve du contraire, à l’alliance créée par le cluster maritime français à l’initiative de Frédéric Moncany de Saint-Aignan, une association multi-secteurs et pluridisciplinaire « terre, mer, air, espace » qui a aussi pour objet la transition énergétique. L’armateur français CMA CGM possède aussi la sienne, que le président de la République Emmmanuel Macron a accepté de présider. Celle-ci cible « l’émergence d’une énergie plus compétitive et moins carbonée ». Pour ce projet, Rodolphe Saadé, le PDG du n° 4 mondial du transport maritime de conteneurs entend embarquer des Boeing, Tesla et consorts...

La France maritime veut imposer son leadership « éco-énergétique » 

Equinor, une réduction de 50 % des émissions en Norvège

Dans le même temps, Equinor a aussi fait connaître ses efforts pour apporter sa quote-part à la neutralité carbone du transport maritime, « qui représenterait 6 % des émissions totales de gaz à effet de serre en Norvège » (2 à 3 % au niveau mondial, selon des données qui font consensus). En mai, les armateurs norvégiens se sont du reste engagés, via leur association professionnelle, à ne commander que des navires à zéro émission après 2030. Ils plaident également en faveur d'une interdiction internationale des carburants qui ne seraient pas neutres pour le climat après 2050, affirmant que cela contribuerait à garantir un traitement équitable pour tous les navires de tous les États du pavillon.

Pour ses activités maritimes, la compagnie norvégienne contrôlée par l’État vise d'ici 2030 une réduction de 50 % des émissions en Norvège par rapport aux niveaux de 2005 et être au rendez-vous des obligations de l’OMI. L’entreprise s’est également fixée des objectifs en tant que fournisseur de carburant au secteur maritime. Elle s’engage, d'ici 2030, à accroître sa production de carburant à faible teneur en carbone et, d'ici 2050, à développer et exploiter des alternatives à émissions nulles, notamment les biocarburants, l'ammoniac et l'hydrogène en combinaison avec le captage et le stockage du carbone ou par électrolyse de l'eau.

Souteur à l’ammoniac

Equinor a également profité de cette adresse publique pour poser sur la table la liste de ses vertus, rappelant son historique dans l'utilisation du GNL et l’introduction à grande échelle du GPL comme carburant en 2021. Depuis 2015, elle renouvelle progressivement sa flotte de navires-citernes en introduisant le GNL. Elle a également introduit un nouveau système de batterie hybride. Elle est en outre impliquée dans le consortium qui planche sur le développement du premier souteur au monde propulsé à l'ammoniac.

Le « voyage » vers la transition énergétique des majors du pétrole

18 000 navires aux émissions contrôlées

En attendant, la première base de données de l'UE des émissions de CO2 du transport maritime est toujours à affiner. Elle doit en principe servir de référence pour la collecte de données et de support à l'UE dans la définition de ses règles. Plus de 200 versions différentes des données, qui sous-tendent un système de surveillance, de déclaration et de vérification (MRV), ont été publiées depuis son lancement l'année dernière, ce qui interroge quant à l’interprétation.

Pour rappel, depuis le 1er janvier 2018, les propriétaires de navires d’une jauge brute supérieure à 5 000 tonneaux sont tenus de surveiller les émissions de CO2 de leurs navires, par voyage et sur une base annuelle. Ils doivent désormais présenter, avant le 30 avril de chaque année, une déclaration vérifiée des émissions carbone de chaque navire placé sous leur responsabilité à la Commission et aux autorités des États du pavillon concernés.

La Commission européenne a publié en juin 2019 pour la première fois les émission de CO2 émis par les navires naviguant dans la zone de l’UE. Cette base de données, baptisée Thetis-MRV et développée par l’Agence européenne pour la sécurité maritime (AESM), couvre quelque 18 000 navires. Ils avaient émis 142,19 Mt de CO2 en 2018.

Adeline Descamps

 

 

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