La compagnie, à court de liquidités, avait sollicité une aide publique à hauteur de 150 M£ ©EH

 

La compagnie britannique, en difficulté financière, a annoncé son intention de licencier 1 100 personnes, affirmant que la suspension du trafic de passagers et la baisse du fret pendant la pandémie ont rendu cette décision inévitable. Un porte-parole, cité par la BBC, a évoqué ce préalable comme nécessaire pour que la compagnie puisse traverser la crise.

En mars dernier, en raison des mesures de confinement et des restrictions de voyage qui en ont découlé, la compagnie a dû se résigner, comme la plupart de ses homologues, à suspendre ses activités de transport de passagers pour se concentrer sur le fret. La décision s’est accompagnée de la mise au chômage de 1 100 employés, lesquels ont pu bénéficier du programme de maintien de l'emploi du gouvernement britannique*, qui vient d'être prolongé jusqu'en octobre, bien que P&O ait entre-temps décidé de rendre ces licenciements définitifs. Ils concernent plus de 600 membres d'équipage sur les lignes Douvres-Calais et 100 sur les lignes Hull-Zeebrugge et Hull-Rotterdam. 

P&O Ferries aurait besoin de quelque 250 M£ pour rester à flot

Fin avril, P&O a annoncé de nouvelles mesures d'urgence, en mettant hors service quatre navires opérant entre Douvres et Calais, soit 300 personnes supplémentaires. La compagnie avait sollicité une intervention du gouvernement britannique à hauteur de 150 M£ (169,8 M€) pour soutenir ses opérations, mais fin avril, la PDG Janette Bell indiquait « n’avoir rien obtenu », tout en précisant que l’entreprise « ne pouvait plus attendre davantage ». Depuis, P&O Ferries n'a reçu qu'une petite partie des 17 M£ (19,2 M€) de subventions gouvernementales octroyées pour soutenir les liaisons par ferry entre l'Irlande du Nord et le continent britannique.

Besoin de près de 300 M€

P&O avait également fait part d’un besoin de trésorerie de 257,5 M£ (291,5 M€) au total pour assurer sa pérennité, ce qu’elle faisait valoir auprès de sa société mère, DP World, tout un négociant avec les partenaires sociaux de nouvelles conditions salariales. Mais la compagnie s’est heurtée à une fin de non-recevoir du président de DP World, qui a refusé d’utiliser les bénéfices d'une filiale du groupe pour en renflouer une autre. Sultan Ahmed Bin Sulayem ne s’est pas privé de déplorer le manque de soutien du gouvernement britannique, soulignant que DP World, qui exploite les terminaux portuaires de Londres et de Southampton, avait énormément investi au Royaume-Uni.

P&O Ferries bascule sur le fret et met au chômage 1 100 personnes

Du côté des syndicats, le choc a fait place à la colère. Ils dénoncent notamment le fait que la société a profité d’un financement de l'État et a pourtant porté l’estocade à ses employés alors qu’ils contribuent à maintenir la chaîne d’approvisionnement dans une période critique. Le syndicat des officiers basé au Royaume-Uni, Nautilus International, estime pour sa part qu’il s’agit là d’un « projet de courte vue qui engendre, pour la compagnie mais aussi pour le secteur maritime, la perte d'officiers qualifiés ». La consultation des partenaires sociaux doit se dérouler sur une période de 45 jours. Elle a démarré le 11 mai et devrait se terminer le 24 juin. 

Robert Jaques

* prise en charge à 80 % des salaires jusqu'à 2 500 £ par mois