Jakob Sidénius, président du terminal à conteneurs de Seayard : « C’est un déconfinement à petit pas. Nous sommes au rendez-vous pour accompagner la reprise d’activité » ©GPMM

 

Réparation navale, conteneurs, ferries… Après 55 jours de confinement, la France, engourdie, redémarre tout doucement ce 11 mai. Le port de Marseille-Fos et les professionnels qui, durant cette période, ont maintenu les activités au prix d’une batterie de mesures sanitaires attendent désormais la relance. Qu’il s’agisse des passagers ou des marchandises, les opérateurs estiment désormais qu’il faudra de longs mois pour que l’activité reparte.

Sur la carte du Covid, Marseille-Fos se situe en zone verte, certes, mais les clignotants sont dans le rouge avec des volumes en chute de près de 30 % sur le seul mois d’avril. Et le redressement n’est pas pour tout de suite, à entendre les professionnels. Au mieux en fin d’année, voire en 2021.

« C’est un déconfinement à petits pas. Nous sommes au rendez-vous pour accompagner la reprise d’activité. Les barges, les trains et les camions fonctionnent, les terminaux travaillent normalement, c’est fluide et ça marche ! La fin du shift est juste écourtée d’un quart d’heure pour éviter que les dockers ne se croisent », explique Jakob Sidénius, président du terminal à conteneurs de Seayard, qui discute avec les partenaires sociaux et le Semfos des modalités du chômage partiel pour les dockers.

Le Covid a plongé les ports dans la brume. Au mois d’avril sur le port de Marseille-Fos, le trafic de véhicules neufs a chuté de 71 %, le roulier de 48 % et les volumes de fret conteneurisé de 25 %. « À l’export, notre visibilité n’est que de quelques jours, et à l’import, elle se situe entre une semaine et un mois », commente Jakob Sidénius.

Aujourd’hui, les défauts des ports français, tels que leur manque d’agilité, sont exacerbés et les compagnies maritimes prennent des décisions qui ne sont pas en faveur de Marseille. » Stéphane Salvetat, président de LAM France et du STM

Destockage avant la relance ?

Le manutentionnaire, tout comme le président du syndicat des transitaires de Marseille-Fos (STM), s’attend à un phénomène de déstockage massif avant la relance des outils de production. Les enseignes telle que Maisons du Monde ou Ikea vont devoir écouler leurs produits avant d’importer de nouveaux conteneurs chargés de marchandises. « Le déconfinement est une évolution positive, mais ce n’est pas ce qui va relancer la croissance. Beaucoup d’usines tournent au ralenti. La France s’est arrêtée plus longtemps que d’autres pays. Aujourd’hui, les défauts des ports français, tels que leur manque d’agilité, sont exacerbés et les compagnies maritimes prennent des décisions qui ne sont pas en faveur de Marseille », commente Stéphane Salvetat. Le président de LAM France et du STM fait allusion à la feederisation croissante de Fos et à l’arrêt, à compter de mi-mai, d’un service hebdomadaire historique de Borchard.

Pour certaines tâches, respecter la distanciation sociale s’avère complexe. » Jacques Hardelay, Chantiers Navals de Marseille.

Piano piano aussi la reprise aux Chantiers Navals de Marseille, opérationnels depuis le 6 mai avec un appel aux ouvriers volontaires durant une semaine et une première intervention test sur l’hélice du Piana de la Méridionale. « Depuis le 16 mars, nous avions totalement arrêté le chantier. Aujourd’hui, nous reprenons l’activité dans le respect des consignes sanitaires et en collaboration avec les partenaires sociaux extrêmement coopératifs. Pour certaines tâches, respecter la distanciation sociale s’avère complexe », explique Jacques Hardelay, à la tête des Chantiers Navals de Marseille. Ainsi, l’installation de scrubbers sur les cheminées du Fantastic de GNV va reprendre son cours. Le ferry est échoué en forme 8 depuis février dernier. Le chantier, qui emploie une cinquantaine de salariés, tourne toutefois en sous-régime avec seulement 40 % des effectifs présents sur site, quelques personnes en télétravail et du chômage partiel.

Corse, le retour des convoyeurs

Et pour l’heure, point de paquebot en vue pour un passage en cale sèche dans le chantier détenu pour partie par Costa Croisières. « Les compagnies travaillent sur le sujet », lâche, laconique, Jacques Hardelay. Le Piana, sorti de cale sèche le 9 mai, doit appareiller ce 11 mai à destination de Porto Vecchio avec des remorques et, pour la première fois depuis le confinement, des convoyeurs autorisés à voyager avec leur cargaison. A bord, les lieux de convivialité sont fermés et les conducteurs doivent prévoir leur disposition s’ils ne veulent pas voyager le ventre vide. La Méridionale, dont la voilure a considérablement été réduite ces derniers mois, se concentre désormais sur la desserte des ports secondaires du sud à raison de cinq traversées hebdomadaires sur Propriano et Porto Vecchio.

La compagnie ne cache d’ailleurs pas son inquiétude quant aux conséquences du Covid à la fois sur la saison touristique corse et sur son activité de transport de voyageurs. « La saison s’annonce extrêmement mauvaise », souligne Laurent Dhoorne, chargé de la communication de la Méridionale.

Le principe applicable au transport de passagers entre le continent et la Corse, dans les deux sens, reste celui de l'interdiction des déplacements. » 

Quelles que soient les compagnies, le fret transporté accuse le coup du confinement sur l’île de Beauté et du ralentissement d’activité. Le déconfinement sera prudent, lent et concerté en Corse avec les compagnies maritimes, l’Office des Transports de la Corse et la préfecture.

Entre le 11 mai et le 2 juin, « le principe applicable au transport de passagers entre le continent et la Corse, dans les deux sens, reste celui de l'interdiction des déplacements. En effet, comme avant le 11 mai, il ne sera possible de voyager entre la Corse et le continent que pour des motifs impérieux, personnels ou professionnels, la règle dite des « 100 km » s’appliquant à la liaison entre l'île et le continent », a indiqué ce dimanche 10 mai la préfecture de Corse. Depuis le 11 mai, la jauge de 100 passagers par traversée est certes identique à la période de confinement, mais l’autorisation préfectorale n’est plus requise, seule l’attestation est exigée. Les déplacements sont autorisés pour motifs médicaux, familiaux, judicaires ou pour les personnels soignants.

Liberté de naviguer strictement encadrée

Sans visibilité aucune sur la saison à venir, Corsica Linea prépare tout de même le retour de ses voyageurs sur ses lignes avec l’instauration de mesures sanitaires depuis les quais jusque dans le moindre recoin du navire. Rondes de désinfection, fermeture des parties communes, port du masque obligatoire et possibilité de commander des paniers repas à consommer dans la cabine. Quant aux navigants, ils sont testés le jour de la relève à l’IHU Méditerranée. Dans le monde d’après, la liberté de naviguer est strictement encadrée.

Nathalie Bureau du Colombier      

 

Sur le même sujet