©DR

 

À l'échelle sud américaine, le trafic conteneurs a été d'une remarquable stabilité en 2019. Dans le détail, la situation est plus disparate. Les ports brésiliens poursuivent leur progression et assoient la position du pays au premier rang du continent. En revanche, la côte pacifique marque déjà le pas. Avant de s'effondrer, prise dans le cyclone Covid.

Avec une minuscule croissance de 0,04 %, l'Amérique latine a vu son trafic conteneurs marquer le pas l'an dernier. Il est vrai que le segment avait été florissant ces dernières années, notamment en Amérique centrale et dans les Caraïbes, dont les ports étaient aux taquets pour se positionner comme hubs et desservir des États-Unis aux sites portuaires saturés. Comme chaque année, la CEPAL, Commission économique pour l'Amérique latine et la Caraïbe, émanation des Nations Unies, a publié son « rapport portuaire » dans lequel elle dresse le bilan de l'année 2019 pour 125 ports et 36 pays et donne le tempo des premiers mois de cette année.

En 2019, Panama, Mexique et Caraïbe ont continué de voir le conteneur progresser. Le port de Balboa-Panama City sur la côte pacifique a même enregistré une remarquable croissance de 15 %, tandis que celui de Colon, sur la Caraïbe, se contentait de 1 %. Un peu plus au nord au Mexique, la situation est inverse : sur les ports du Pacifique, l'augmentation n'est que de 1 %, alors que ceux du golfe du Mexique atteignent 3 %. Les autres ports caribéens accroissent encore leur trafic de 2,3 %.

Position dominante de 10 ports

Pour le reste de l'Amérique latine, la situation est plus morose : l'Amérique centrale hors Mexique et Panama perd 7 %, la côte ouest du continent 3,1 %, tandis que que la côte est sauve les meubles avec un léger recul de 0,8 %.

Les flux de conteneurs sont très mal partagés. Sur les 36 pays auscultés par la CEPAL, les dix premiers, aux tout premiers rangs desquels Brésil, Panama, Mexique, Chili et Colombie, en absorbent 81 %. À l'échelle des ports eux-mêmes, l'ordre est un peu modifié : Colon-Cristobal-Manzanillo, sur la côte caraïbe du Panama, tient toujours la corde, avec 4,379 MEVP, mais talonné par le brésilien Santos grignote l’écart et s’en rapproche avec 3,905 MEVP, suivi de Manzanillo au Mexique (3,069 MEVP), la baie de Carthagène-des-Indes en Colombie (2,934 MEVP), et Balboa au Panama (2,899 MEVP). Tous disposent de plusieurs terminaux dédiés aux conteneurs. Mais ils restent des petits ports à l’échelle planétaire : les volumes des dix premiers ports latino-américains représentent à peine 10 % de ceux des dix premiers mondiaux.

Effets Covid

La relative stabilité de 2019 a été pulvérisée par le phénomène Covid. Le choc est d'autant plus rude qu'il était inattendu puisque la CEPAL annonçait une croissance des échanges de conteneurs dans le continent. Les cartes sont complètement rebattues, d'autant que les pays ont réagi différemment à la pandémie, avec des mesures de confinement et des timings variables. Ainsi, Santos, première zone portuaire du Brésil, a vu son trafic conteneurs augmenter de 10,6 % sur les cinq premiers mois de l'année. Sur l'ensemble du pays, la croissance se maintient à un niveau, satisfaisant au regard de la situation mondiale, de 4,2 %.

En Argentine, Rosario et Zarate ont eux aussi progressé de respectivement 10,5 et 3,2 %, même si Buenos Aires encaisse une légère baisse de 1,5 %. Montevideo, en Uruguay, reste stable, à 0,1 %. Au Panama, Colon et Balboa sont en progression, de respectivement 12,7 et 16,1 %, sur le premier semestre. Mais partout ailleurs en Amérique latine, côte sud-ouest, Amérique centrale et Caraïbe, les volumes de conteneurs sont en baisse. Les pays de la côte ouest de l'Amérique du sud, de la Colombie au Chili, encaissent la chute la plus forte (- 15,0 %), suivis par le Mexique (- 14,1 %). Les reculs sont plus atténués sur la côte caribéenne de l'Amérique centrale (- 6,4 %), sa côte pacifique (- 6,2 %) et les îles de la Caraïbe (- 4,3 %).

Myriam Guillemaud Silenko