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Avec la multiplication des mouvements de grève qui affectent le port du Havre depuis le mois de décembre, le trafic maritime est depuis plusieurs semaines détournés principalement vers le grand rival du range nord-européen, Anvers. Les entreprises, qui sont liées directement ou indirectement à l’activité maritime et portuaire, sont éprouvées dans leur organisation au quotidien. Témoignages.

Ils font depuis plus d’un mois les frais de ces mouvements à répétition. Les acteurs du fret – transitaires, commissionnaires de transport et transporteurs routiers – sont les premiers touchés par les opérations « Ports Morts » menées depuis le mois de décembre à l’appel de la Fédération nationale des ports et docks (FNPD). « Les difficultés rencontrées proviennent de l’annulation en série des escales. Cela pose des problèmes d’entrée et de sortie de conteneurs sur les terminaux mais aussi de frais de détention. Ces frais sont supportés par les clients lorsqu’ils ne rendent pas le ou les conteneurs dans les délais impartis, témoigne un commercial d’une agence maritime implantée au Havre. Les transporteurs routiers, eux, n’ont plus accès aux terminaux portuaires que ce soit pour acheminer des conteneurs pleins ou pour gérer des conteneurs vides. Du coup, lorsque ces terminaux sont à nouveau ouverts, il y a engorgement… À l’heure actuelle, la clientèle française demande massivement à être chargée à Anvers. La question que l’on nous pose le plus souvent est de savoir à quel moment le navire va arriver. La plupart du temps, nous ne pouvons pas répondre car nous n’avons pas de visibilité sur la fin du conflit social.»

Le responsable se dit inquiet pour l’avenir et les traces que ces conflits vont laisser dans les comptes d’exploitation de certaines sociétés. « Je pense surtout aux entreprises de taille plutôt modeste pour lesquelles les impacts sur l’emploi seront inévitables et qui prendront la forme d’un non renouvellement des CDD par exemple » ajoute-t-il.

Retour de bâton

Autre inquiétude relayée sur les quais : la crainte que les chargeurs ne prennent l’habitude de travailler avec les ports concurrents d’Europe du Nord. « Les trafics ne vont pas revenir au Havre d’un simple coup de baguette magique surtout si les chargeurs perdent confiance. Il risque d’y avoir un effet boule de neige » prévient-il.  

Philippe Bonneau, le représentant normand de l’Organisation des transporteurs routiers européens (OTRE), tire également la sonnette d’alarme. « Les entreprises de transport routier ne peuvent plus travailler normalement au Havre. Les PME-TPE sont surtout concernées car elles n’ont pas nécessairement la logistique pour déposer des boîtes ailleurs. Les grèves entraînent pour ces entreprises des pénalités de retard. Le Havre affiche à nouveau une image exécrable». Mais la fragilité du tissu d’entreprise lui semble encore plus dramatique. « Aujourd’hui, certaines sont proches du dépôt de bilan et encaissent des baisses de chiffre d’affaires, de 18 à 45 %. C’est énorme d’autant que l’année dernière, elles avaient déjà souffert du mouvement lié aux Gilets jaunes », ajoute le responsable.

Philippe Bonneau en appelle au gouvernement afin que celui-ci puisse mettre en place des mesures pour aider financièrement les entreprises en difficultés. « Fin 2019, le gouvernement avait fait un effort en demandant aux Urssaf, aux impôts et aux établissements bancaires d’être un peu patients quant au paiement des échéances », suggère-t-il. 

Jacques Laurent