En avril,Valence, grand port de transbordement, a vu ses trafics de boîtes vides s’effondrer de près de 19 %.

 

Les ports méditerranéens ont subi de plein fouet les conséquences de la pandémie, avec un recul de 13 % des tonnages en avril. Les rationalisations en cours dans la ligne régulière et les nouveaux itinéraires via le cap de Bonne Espérance suscitent une vive inquiétude. Plusieurs scénarios de sortie de crise sont envisagés.

Il a suffi de quelques semaines pour rebattre les cartes du transport maritime international. Après un recul de 5 % des tonnages traités dans les ports méditerranéens au cours de ce premier trimestre, la chute s’est accentuée en avril, avec une baisse de 13 % des tonnages selon l’International Transport Forum (ITF).  

« Pour la première fois dans l’histoire du transport maritime, des trafics portuaires se sont arrêtés suite à une décision administrative. Désormais, la pandémie semble s’essouffler. Dès lors que les interdictions seront levées, nous pourrons parier sur une reprise du transport de passagers. En revanche, la croisière suscite des inquiétudes car je ne vois pas le redémarrage avant 2021. Les armateurs auront-ils les reins suffisamment solides pour attendre une reprise ? », questionne Hervé Martel, président du port de Marseille-Fos et de l’association Medports.

Connectivité dégradée

Le 27 mai, l’association des ports de Méditerranée et l’Union pour la Méditerranée organisaient un webinaire intitulé « Impacts de la pandémie de Covid-19 sur les ports et le transport maritime dans la région méditerranéenne ». Pour les intervenants, cette crise sanitaire a des impacts politiques, économiques, sociaux, technologiques et environnementaux.

La connectivité en Méditerranée s’est détériorée. « Certains ports ont accusé une annulation de 50 % des escales », précise Patrick Verhoeven, directeur général de l’IAPH, l’assocation internationale des ports. Autre phénomène, les compagnies maritimes, lestées par le poids de leurs dettes, cherchent par tous les moyens à réduire le coût d’exploitation des navires. Selon Paul Tourret de l’Isemar, le maintien de taux de fret acceptables dans le secteur du conteneur permet de maintenir l’industrie maritime à flot. Pour limiter la casse, les compagnies sautent les escales les moins stratégiques et désertent Suez au bénéfice d’un itinéraire via le Cap de Bonne Espérance.

Compétitivité méditerranéenne en question

Juan Manuel Díez Orejas, responsable de la planification stratégique au port de Valence, voit dans cette crise plusieurs conséquences : un ajustement des capacités, une accélération des concentrations au sein des alliances maritimes et un évitement des routes méditerranéennes. En avril, les trafics conteneurisés ont chuté de 5 % à Valence. Ce grand port méditerranéen de transbordement a vu ses trafics de boîtes vides s’effondrer de près de 19 %. « Il est important que cette zone demeure compétitive. La Méditerranée doit continuer de servir les marchés européens », martèle Philippe Guillaumet, secrétaire général de Medports Association.

Pour Jordi Torrent, chargé de la stratégie au port de Barcelone, en dépit de quelques ruptures d’approvisionnement sur certaines matières, les ports ont « globalement bien fonctionné » et « la crise va accélérer les tendances telles que la progression du commerce en ligne ». 

La différence par la numérisation

Selon le responsable catalan, l’enseignement de cette pandémie porte sur la durabilité et la flexibilité de la chaîne d’approvisionnement, la résilience des ports et la nécessaire numérisation des activités portuaires. « Sur ce point, les ports accusent un certain retard puisque, sur les 107 ports membres de l’OMI, 49 seulement sont équipés de systèmes communautaires », observe Patrick Verhoeven. Cette crise sanitaire a également mis en lumière la grande vulnérabilité des ports dont les ressources financières se tarissent avec la baisse des marchandises. « Cette crise pose la question du modèle économique basé sur les concessions portuaires », pointe encore le représentant de l’IAPH.

Les ports méditerranéens misent également sur une reprise de l’activité des ferries cet été, un raffermissement du roulier et un soutien de l’Europe à la relance du cabotage maritime. Sujet sur lequel le Maroc entend se positionner. « Cette stratégie de relance ne tient pas compte des efforts des ports du sud de la Méditerranée », dénonce Armane Fethallah, directrice de la Marine Marchande du Maroc, qui lance un appel auprès de Bruxelles.

Scénarios 2025

Face au manque de visibilité, les ports travaillent sur plusieurs scénarios d’évolution pour 2025. Des hypothèses plus ou moins optimistes avec la certitude que plus rien ne sera jamais comme avant. « Le premier, c’est le scénario du business as usual. Le second intègre un impact économique global. Une troisième hypothèse vertueuse mise sur une croissance verte », développe Juan Manuel Díez Orejas.   

Nathalie Bureau du Colombier