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Malgré la baisse d’activité, les bateaux fluviaux continuent à subir des temps d’attente dans les terminaux maritimes. Hubs de consolidation des trafics en amont, limitation du nombre de barges, plateforme numérique d’échanges de données, portique dédié au fluvial : Anvers et Rotterdam déploient des stratégies différentes et des solutions variées.

Sur les quais, les navires maritimes ont la priorité. Et tant pis pour les porte-conteneurs fluviaux qui, dans les principaux terminaux maritimes, subissent des délais importants avant d’être traités par les manutentionnaires. Le problème était récurrent depuis plus de dix ans à Rotterdam et Anvers, il a fini par devenir permanent avec la multiplication des navires géants. Ces deux ports ont ainsi vu, début juin, escaler le HMM Algeciras, dernier record en date avec sa capacité de 23 964 EVP.

Les embouteillages sur les accès aux terminaux maritimes sont devenus structurels et ont conduit des transporteurs fluviaux à répercuter sur leurs clients une surcharge de congestion pour compenser le temps perdu et la nécessité d’affréter de la cale supplémentaire. Au-delà du surcoût généré par ces temps d'attente, c'est aussi la ponctualité du transport fluvial qui est remise en question par ces délais, la date et l'heure de livraison ne pouvant plus être garanties au client final. Un enjeu majeur à Rotterdam ou Anvers, ports où la part modale du fluvial pour les transports terrestres de conteneurs atteint près de 40 %.

Temps d’attente de 26 heures

Malgré la baisse d’activité des terminaux maritimes, avec moins de conteneurs en importation comme en exportation, les délais d’attente des barges avant traitement par les manutentionnaires n’ont que peu diminué depuis le début de l’année. Ainsi, l’opérateur multimodal Contargo, qui publie régulièrement sur son site web les temps d’attente constatés pour le traitement de ses barges, faisait état pour Anvers de délais de l’ordre de 30 heures début mars et 26 heures début juin. À Rotterdam, ils sont du même ordre, parfois légèrement supérieurs. Ils avaient même atteint ponctuellement 100 à 150 heures en février et début mars, mais cela était surtout dû aux caprices de la météo et au passage de fortes tempêtes.

Avec une activité réduite pour cause de confinement, il était attendu que les bateaux fluviaux escalant aux terminaux à conteneurs soient traités plus rapidement. « La situation reste globalement insatisfaisante, avec toujours des temps d’attente importants, même s’il y a moins de pic qu’avant dans ces retards de traitement, explique Guy Erat, directeur de la filiale française de l’armement fluvial néerlandais Danser. En moyenne, nos barges attendent toujours 24 heures aux terminaux d’Anvers, et autant à Rotterdam où elles subissent des variations de délais plus importantes. Les terminaux maritimes adaptent leurs équipes à l’activité, donc nous n’avons pas bénéficié de l’amélioration que l’on aurait pu espérer au vu de la baisse des volumes. Pour l’été, les manutentionnaires ont déjà annoncé qu’ils ne vont pas embaucher d’intérimaires pour tenir compte des départs en congé, comme ils le font d’habitude. »

Muriel Marquet, directrice pour la Belgique de l’armement fluvial allemand Haeger & Schmidt, partage le même constat. « Les délais sont très variables sur les différents terminaux anversois, de très bon à catastrophiques », regrette-t-elle. Elle estime les temps d'attente à moins de 24 heures. « La crise n’a ni dégradé, ni amélioré les temps de traitement. On se bat toujours avec ces délais au quotidien. »

Étienne Berrier

Cet article fait partie d’une enquête : Anvers et Rotterdam s’organisent face à la congestion fluviale

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