Jean-Pierre Chalus

 

De Nantes à Paris. De Paris à Pointe-à-Pitre. Jean-Pierre Chalus était arrivé à la tête de l’Union des ports de France début 2019, après une décennie au directoire du Grand port maritime de Nantes Saint-Nazaire. Il rejoint Port Caraïbes.

Le poste était vacant depuis le 25 novembre, date du départ d’Yves Salaun de la présidence du directoire du Grand port maritime de Guadeloupe pour rejoindre la direction régionale adjoint de l’environnement, de l’aménagement et du logement (Dreal) à Rouen. La fonction était assurée par Valérie Séné dans l’attente de la nomination du prochain président du directoire. Un processus souvent laborieux dans les ports français. À croire que les candidats sont rares ou que la fiche de poste – « agent de la haute fonction publique ou issu du monde de l’entreprise, ayant déjà eu des expériences réussies de management et de dialogue social, y compris dans une certaine conflictualité » – manque d’attractivité.

Après plusieurs mois de vacance, l’identité du nouveau patron du Grand port maritime de la Guadeloupe a été officialisée le 10 juin au Journal Officiel. Il s’agit du président de l’Union des ports de France (UPF) depuis janvier 2019. Jean-Pierre Chalus a déjà fait le job plusieurs fois : à Nantes Saint-Nazaire et à La Rochelle. L’ingénieur des ponts, des eaux et des forêts avait commencé sa carrière dans différentes directions départementales de l’équipement. Plusieurs candidats étaient en lice, parmi lesquels Jean-Luc Vaslin, directeur de la mer en Guadeloupe, et Renaud Paubelle, directeur de l’aménagement au port de Marseille.

Double ambition

Le nouveau dirigeant arrive dans un port qui portait dans son précédent projet stratégique une double ambition : dans le transbordement en capitalisant sur sa position stratégique sur les liaisons Amériques, Europe et Asie et dans la croisière. Ces dernières années, Port Caraïbes s’est donc attelé à aménager quais et accès pour accueillir davantage de paquebots en tête de ligne et compter parmi les hubs de transbordement de la région. Ainsi, l’an dernier, le terminal de Jarry recevait-il un quatrième portique de 68 m de haut pour pouvoir traiter des navires de grande taille. Un investissement de plus de 10 M€.

Pour autant, les résultats de l’an dernier ont été décevants sur ses deux segments stratégiques. Le trafic de conteneur accusait une baisse de 7,5 %, à 206 959 EVP. La chute du trafic conteneurisé en transbordement était encore plus sévère (- 31 %), à 46 837 EVP. Pour le transbordement, les ambitions de La Guadeloupe se heurtent à quelques réalités géographiques. L'île est éloignée du corridor entre Panama et États-Unis et, de ce fait, n’a pas vraiment tiré parti de la manne attendue après l'aménagement de la troisième écluse de l’isthme centraméricain. Il est en outre disqualifié par ses capacités qui ne lui permettent pas d’accueillir les navires déployés sur les lignes Asie-côte Est des États-Unis affichant des jauges de 10 000 EVP.

S’imposer dans le transbordement

Pointe-à-Pitre vise surtout le transbordement, pour les petites îles des Antilles, de denrées périssables en provenance de l'Amérique du sud et à destination de l'Amérique du Nord et de l'Europe. Un potentiel qu’il estime entre 500 000 et 600 000 EVP. Or, dans la région ne manque pas, à commencer par un autre français, Fort-de-France, qui lorgne aussi sur ce trafic. Port-d'Espagne (Trinité-et-Tobago) occupe déjà le terrain mais pâtit d’une médiocre productivité et fiabilité sociale. Antigua a également un projet de hub de transbordement, qui a bénéficié en outre d’investissements chinois portant sur 90 M€.

Compter dans la Caraïbe

Quant à la croisière, le port guadeloupéen, tête de ligne pour les deux tiers des croisiéristes (essentiellement des métropolitains), a également beaucoup investi pour accompagner la Guadeloupe, où le nombre de croisiéristes est passé de 160 000 à 420 000 passagers ces cinq dernières années. En 2019, Pointe-à-Pitre avait dû néanmoins se contenter de 317 000 passagers contre 385 000 un an auparavant. 2020 ne risque pas d’apporter un soulagement. 

Au-delà de la conjoncture, la Caraïbe reste la première destination mondiale des compagnies de croisière avec plus de 35 % de l'activité à l'échelle planétaire. L'archipel ne capte que 2 % des 12 millions de croisiéristes qui y transitent.

Adeline Descamps