©DR

 

Depuis 2006, la Banque nationale de Belgique publie des données sur la valeur ajoutée, les trafics et l’emploi au sein des ports belges. L’étude montre à quel point l’histoire portuaire du voisin de l’Hexagone bégaie. Avec succès et panache.

Selon la banque nationale de Belgique (BNB), la valeur ajoutée dans l'ensemble des ports belges a crû de 4,3 % en 2019, se traduisant par une hausse de l’emploi de 1,4 %. Et l’amélioration a profité tant à ce que l’institution financière appelle le « cluster maritime »* et le « cluster non maritime »** (en temps de Covid, peut-on suggérer à la Banque nationale de Belgique de revoir son vocable…).

Depuis 2006, la Banque nationale publie des données sur les trafics, la valeur ajoutée et l’emploi au sein des ports belges. Celles relatives à l’année 2019, qui viennent d’être publiées, sont des estimations obtenues à l’aide d’outils statistiques, dans l’attente des chiffres définitifs, qui seront publiés au printemps de 2021 dans le rapport annuel sur l’importance économique des ports belges. En raison de la pandémie, les entreprises ont bénéficié d’un délai supplémentaire de dix semaines pour tenir leur assemblée générale et, par conséquent, pour publier leurs comptes annuels. « Il se peut donc que la marge d’erreur des estimations soit légèrement plus élevée », anticipe le caissier de l’État.

Renchérissement des tarifs des affrètements à temps

L’amélioration de la valeur ajoutée par rapport à 2018 dans le « cluster maritime » a été principalement observable chez les armateurs opérant à Anvers, grâce au renchérissement des tarifs des affrètements à temps, et dans le secteur de la manutention à Anvers, de Gand et Zeebrugge. Le « cluster non maritime » a été favorablement influencé par le secteur de l’énergie à Anvers et à Liège, note la banque centrale. À Zeebrugge, l’embellie dans le secteur énergétique est attribuée à la hausse de l’indemnité nette pour les investissements (extension) dans les installations de GNL. Ostende a été pour sa part tiré par l’industrie métallurgique et la construction tandis que Gand doit le raffermissement de sa valeur ajoutée à la croissance du secteur automobile.

Trafic en hausse de 2,6 %

Le trafic de marchandises s’est intensifié en 2019 dans tous les ports belges, avec un taux de croissance moyen de 2,6 %. Anvers a enregistré un record de marchandises traitées pour la septième année consécutive. Zeebrugge a profité d’une expansion significative du trafic de GNL tandis que le conteneur et le roulier ont continué de s’amplifier. Dans le port d'Ostende, les vracs solides – le plus important type de marchandises – ont affiché leur meilleur résultat des six dernières années. Seuls Gand et Liège s’inscrivent dans une tendance baissière, tandis que la situation est restée stable à Bruxelles.

La forte contraction enregistrée en 2019 dans les marchandises diverses conventionnelles s’explique selon la BNB principalement par la diminution des transits d’acier, effet des tensions commerciales entre les États-Unis et l’Europe en 2018, taxes à l’importation côté américain contre quotas  européens sur l’acier en réaction. Parallèlement à ces tensions commerciales, la production automobile européenne a chuté en 2019, ce qui a également contribué à une diminution des arrivages d’acier.

Hausse de l’emploi de 1,4 %

En 2019, l’emploi dans les ports belges s’est amélioré (+ 1,4 %). Tous ont créé des emplois supplémentaires, principalement dans le secteur de la manutention et les services logistiques (pour Anvers et Zeebrugge). Les créations d’emplois à Gand et Ostende relèvent des secteurs automobile et métallurgique respectivement.

En 2020, la situation diffère

Au cours des huit premiers mois de 2020, le trafic total de marchandises dans les ports maritimes flamands et du port intérieur de Bruxelles a reculé de 4,3 % par rapport à la période correspondante de 2019. Selon la banque centrale, plusieurs facteurs peuvent l’expliquer en dehors de la crise sanitaire. Parmi ceux-ci, la baisse du ro-ro à Zeebrugge « en raison d’un retour à un niveau plus normal » après les achats de stocks exceptionnellement élevés provoqués par l’annonce du retrait du Royaume-Uni de l’Union européenne.

La diminution du trafic de vracs secs tant à Anvers qu’à Gand et à Ostende serait la traduction d’une moindre demande de charbon et de matériaux de construction. La baisse des flux de marchandises diverses conventionnelles, principalement l’acier, a surtout pénalisé Anvers et il reflète plus globalement les difficultés de l’acier européen, vivement chahuté sur les marchés mondiaux, et la mise à l’arrêt de certaines industries en raison de la crise du coronavirus.

Les vracs liquides (pétrole brut, dérivés du pétrole et produits chimiques) sont en repli dans les cinq ports pour des raisons que nul n’ignore plus avec la mise sous cloche de l’activité industrielle à l’échelle mondiale et la paralysie du trafic aérien. Seul Zeebrugge s’en tire sur ce segment grâce à une forte croissance du GNL.

La contraction du trafic de conteneurs sanctionne principalement Anvers. Le nombre de traversées annulées (blank sailing) a atteint son pic en mai et en juin mais est en baisse constante depuis août. « Les escales moins nombreuses de porte-conteneurs ont en partie été neutralisées par un accroissement du volume moyen par navire et par des escales supplémentaires. Zeebrugge constitue une fois de plus une exception, puisque le trafic de conteneurs s’est accru grâce à de nouvelles lignes régulières au cours des huit premiers mois de cette année », indique l’étude.

En 2018 ?

En 2018, la valeur ajoutée dans l'ensemble des ports belges avait reculé de 2,7 % par rapport à l'année record qu'avait été 2017. La la chute avait été particulièrement sensible à Liège et à Anvers, les raffineries du port scaldien ayant dû faire face à des marges de raffinage plus faibles. Zeebrugge avait aussi fait exception en 2018 avec une valeur ajoutée quasiment intacte.

Le trafic de marchandises avait pourtant augmenté dans tous les ports belges de 4,8 %. Anvers avait enregistré un record de trafic pour la sixième année consécutive grâce aux conteneurs et Zeebrugge s’était ancré dans le GNL. Comme une impression de déjà lu…

Adeline Descamps

* Le cluster maritime rassemble les branches d'activité propres et essentielles aux ports (gestion et maintenance, navigation, transbordement, affrètement, entreposage, dragage, pêche, services maritimes, etc.).

** Les segments n'ayant pas un lien économique immédiat avec l'activité portuaire : industrie, négoce, transport et services logistiques.

Sur le même sujet