©Eric Houri

 

Un gros manque à gagner pour le port du Havre. Après avoir encaissé 14 jours de grève sur les mois de décembre et janvier ou plus exactement 14 jours d’une opération « Ports Morts », lancée par la Fédération Nationale Ports et Docks (FNPD), les professionnels de la place portuaire d’Haropa viennent d’établir un premier bilan. Le mouvement social poursuit son cours...

Depuis deux mois, le port du Havre est affecté de plein fouet par le conflit social lié au projet de réforme des retraites porté par le gouvernement. La tension est encore montée d’un cran cette semaine avec l’occupation du siège administratif du GPMH par les portuaires et les dockers. Pour Laurent Delaporte, le secrétaire général du syndicat général des personnels du GPMH et des personnels administratifs et de maintenance du port du Havre, il est important de maintenir la pression pour faire plier le gouvernement. « Si la stratégie se décide au niveau national, les modalités d’action, elles, débattent ici en assemblée générale » précise t-il. 

Mais d’ores et déjà, les professionnels de la place portuaire d’Haropa font leurs comptes. Et l’addition est salée. Depuis la mise en place des opérations « ports morts », ce sont 227 escales qui ont été annulées ou reportées. Plus de 110 trains de fret ont été impactés ainsi que 21 barges fluviales. Haropa Port du Havre estime à 100 000 EVP la perte de trafic. Sur les terminaux, des conteneurs bloqués depuis près de trois semaines coûtent en frais d’immobilisation 90 euros par jour. 

« De décembre à janvier, le manque à gagner représente pour l’ensemble de la profession, activités de groupage, de dégroupage et de distribution comprises, une perte de marge brute de 160 M€ à minima »  Jean-Louis Le Yondre, le président du Syndicat des transitaires et commissionnaires de transport en douane de la région du Havre​

 

Les trafics ont été détournés principalement vers Anvers, qui reste à ce jour le grand bénéficiaire de ces grèves, avec Zeebrugge. Trois cents emplois, toujours selon Haropa, auraient également impactés sans toutefois donner plus de précisions. Le gouvernement a fait part d’un ensemble de mesures, à l’issue d’une rencontre, le 21 janvier, entre les ministres Agnès Pannier-Runacher, secrétaire d'État auprès du ministre de l'Économie et des Finances, Jean-Baptiste Djebbari, secrétaire d’État en charge des Transports, et les fédérations professionnelles de la filière du transport de marchandises et de la logistique. Parmi elles, des reports de paiement des cotisations sociales et de paiement de TVA mais pas d’exonération en vue, ce qu’escomptaient les transporteurs routiers, notamment. 

Les transitaires de la place havraise sont eux aussi dans la tourmente. Jean-Louis Le Yondre, le président du Syndicat des transitaires et commissionnaires de transport en douane de la région du Havre, se montre particulièrement alarmiste. Il confirme que les clients importateurs et exportateurs ont délaissé Le Havre et qu’ils pourraient bien le faire de manière durable. « De décembre à janvier, le manque à gagner représente pour l’ensemble de la profession, activités de groupage, de dégroupage et de distribution comprises, une perte de marge brute de 160 M€ à minima. Combien d’entreprises vont-elles pouvoir faire face aux problèmes de trésorerie ? Quelle sera l’attitude des banques ? En 30 ans, je n’ai jamais vu ça » témoigne-t-il. 

L’impact est d’autant plus important sur l’économie locale que le STH représente 6 000 salariés et 130 entreprises. Au-delà, le responsable est inquiet sur les effets à long terme de ces mouvements sociaux et notamment sur leur pouvoir de nuisance quant à l’image du port du Havre, qui pourrait être durablement atteinte. Il relaie, lui aussi, l’inquiétude relayée ces derniers jours dans tous les ports affectés : les efforts consentis par la communauté portuaire ces dernières années pour restaurer une certaine fiabilité. « Il va falloir tout reprendre à zéro », lâche-t-il. 

Jacques Laurent