Bien qu’il reste pleinement opérationnel, le port de Rotterdam subit de plein fouet la crise sanitaire mondiale. Le leader européen veut saisir l’opportunité du moment pour accélérer sa transition vers un nouveau modèle économique.

À l’occasion d’un webinar organisé par nos confrères de Nieuwsblad Transport, Allard Castelein, CEO de l’Autorité portuaire de Rotterdam, Kees Groeneveld, président de l’association des agents maritimes VRC, Ben Maelissa, représentant de l’organisation des entreprises portuaires rotterdamoises Deltalinqs, et Roderick de la Houssaye, président de la fédération des expéditeurs et logisticiens néerlandais Fenex, ont été invités à s’interroger sur les impacts du covid-19 sur le devenir du premier port européen. Premier constat : le port néerlandais continue à jouer pleinement son rôle. Les chaînes logistiques tiennent bon, les terminaux et tous les services liés aux escales de navires fonctionnent normalement, les liaisons fluviales et ferroviaires avec l’hinterland tournent à haut régime. Mais la crise a (et aura) un impact considérable sur les volumes, comme l’ont déjà montré les résultats du premier trimestre

La pandémie fait trébucher Rotterdam

 Développer de nouveaux modèles économiques

L’incertitude reste cependant entière quant aux effets de la crise à plus long terme. La volonté de réduire, dans certains domaines, la dépendance vis-à-vis de sources d’approvisionnement d’outre-mer et de raccourcir les chaînes logistiques pourrait conduire à une redistribution des flux et à une diminution structurelle du transbordement maritime. Allard Castelein ne s’attend toutefois pas à un revirement immédiat. « Le retour à la normale sera le premier impératif lorsque la crise sera passée. » Mais le CEO du port veut saisir l’occasion pour accélérer certains mouvements déjà enclenchés. Le port a entamé son recentrage stratégique sur les transitions énergétiques et climatiques qui doivent prendre le pas sur une course « non durable » à la croissance des volumes. Il veut aussi saisir cette occasion pour développer de nouveaux modèles économiques.

« Pas de gagnants »

La crise met financièrement à mal bon nombre d’acteurs. « Il n’y a pas de gagnants dans cette crise », estiment Kees Groeneveld et Roderick de la Houssaye. L’Autorité portuaire n’est évidemment pas épargnée. « Notre objectif n’est pas de faire du bénéfice mais de remplir notre rôle pour la société, l’économie et le climat », souligne Allard Castelein. Les grands projets, qui s’inscrivent déjà dans cette logique, seront maintenus.

Contrairement à Hambourg, le port de Rotterdam ne projette pas de prendre des mesures générales – en plus des aides décidées par les pouvoirs publics – pour soutenir les entreprises, par exemple en leur accordant des reports de paiement. Mais si des entreprises se retrouvent en difficulté, leur situation sera étudiée au cas par cas, est-il indiqué. Cette approche n’a fait l’objet d’aucune contestation de la part des autres participants au débat.

Jean-Louis Vandewoorde