L'un des ports les plus fréquentés de la planète a annoncé à l’occasion du Singapore Registry of Ships (SRS) Forum, pour lequel étaient réunis 300 cadres dirigeants de l'industrie, qu'il interdirait le rejet des eaux de lavage des scrubbers dans la perspective de la réglementation qui limite la teneur en soufre dans les carburants marins à 0,5 % à compter du 1er janvier 2020.

Ouvert ou fermé ? Il n'y aura bientôt plus d'alternatives. Pour rappel, pour se conformer aux nouvelles normes réglementaires sur la teneur en soufre du fuel, il existe plusieurs technologies disponibles, parmi lesquelles les scrubbers, des systèmes qui permettent, en filtrant les gaz d’échappement à la sortie des cheminées, d'éliminer jusqu’à 90 % des SOx (oxydes de soufre) et des particules fines (excepté les PM 5–2,5 et les NOx, oxydes d'azote). Le dispositif fonctionne par pulvérisation d’eau de mer sur les gaz évacués. Ils peuvent être fixés au navire, ou mobiles, installés sur le quai, et venir se placer au-dessus des cheminées durant l’escale comme une hotte géante. Or, s'ils permettent d'épurer le fuel à 3,5 % de soufre, ils ont besoin grandes quantités d’eau de mer, soit de 1 000 à 3 000 m3/h selon la puissance du moteur auxquels ils sont rattachés.

Deux technologies sont actuellement disponibles, en circuit dit ouvert ou fermé (dit, « open » ou « close loop »). La solution « open loop » est plus problématique car elle rejette des eaux de mer chargées en métaux lourds et des hydrocarbures polyaromatiques. Une directive européenne interdira d'ailleurs en 2024 l’utilisation de cette méthode dans ses eaux. La version fermée garantit l’absence de rejets à la mer, les résidus solidifiés sont alors traités dans les usines à déchets ou brulaient comme composants ultimes à très haute température. Pour l’heure, cette variante a été largement moins plébiscitée par les armateurs et propriétaires de navires car plus complexe à mettre en œuvre du point de vue opérationnel et plus coûteuse.

Singapour a choisi sa version

Á Singapour, les navires équipés de laveurs de fumées à circuit ouvert en escale devront utiliser un système hybride leur permettant de passer en circuit fermé, a annoncé Andrew Tan, directeur général de la Maritime & Port Authority of Singapore (MPA), assurant que le port sera en mesure de fournir les infrastructures nécessaires pour la collecte des résidus générés par l'opération.

« En tant que hub d’avitaillement, nous travaillons en étroite collaboration avec nos fournisseurs de combustibles de soute pour nous assurer qu'il y aura un approvisionnement suffisant de carburants conformes à Singapour bien avant 2020. Nous produirons une liste de fournisseurs d'ici le milieu de l'année prochaine », a ajouté Andrew Tan, dans un de ses derniers discours en tant que directeur général du port de la cité-État. Quah Ley Hoon prendra ses fonctions le 1er janvier 2019.  

Selon la société de classification DNV GL, 72 % l'ensemble des systèmes installés sont en boucle ouverte, mais prêt à passer en système fermé. Les dispositifs hybrides représentent en effet 22 % du total (pour 2 % de solutions à boucle fermé). Il n’en demeure pas moins que compte tenu de l’encombrement et du coût économique, les navires admissibles aux scrubbers restent ceux de grande taille, à forte valeur ajoutée ou de construction récente, car ils sont les seuls à pouvoir amortir les investissements. Pour autant, après une période d’incertitudes et de méfiance à l’égard de ces solutions, il s’avère que les armateurs se sont positionnés plus franchement et plus récemment en faveur des scrubbers si bien que DNV a recensé 1 000 projets confirmés au cours des six derniers mois.

--- A.D. ---
 

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