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Le Grand port maritime de Marseille* a présenté le 16 juin les lauréats de la seconde édition de son SmartPort Challenge, un concours d’innovation lancé sur la base de défis proposés par des grands comptes et des établissements publics. Les lauréats de la première édition, eux, développent leurs innovations à des stades de maturité plus ou moins avancés, affrontant problèmes de financement et difficultés contractuelles.

Après cinq mois de co-innovation avec des grands groupes et l'encaissement d'un chèque de 15 000 €, les sept lauréats de février 2019 – NavAlgo, MktxDatos Europe, Capsim, Searoutes, Greencityzen, Nauvelis, Egerie – de la première édition du Smart Port Challenge à Marseille reconnaissent avoir gagné en visibilité et en crédibilité. Ils pointent cependant du doigt l’insécurité juridique et un retour sur investissement qui n’est pas au rendez-vous. Et tout comme les grands groupes partenaires, elles estiment ce concours extrêmement chronophage.

« Le chèque ? C’était une goutte d’eau au regard de l’investissement financier et en ingénieurs de Greencityzen. Nous avons mobilisé près de cinq personnes durant un an pour développer les capteurs, le firmware, l’application », explique Guy Lecurieux Lafayette, de Greencityzen. Sélectionné par l’opérateur de data center Interxion pour développer des capteurs low cost destinés à détecter l’usure des batteries et prolonger leur vie de 20 %, Greencityzen a conçu une solution dont le développement a pris du retard. Raison invoquée ? Le covid-19. « La phase pilote devrait s’achever en fin d’année et notre solution baptisée HummBox Power Eyes devrait être commercialisé en 2021 », complète Guy Lecurieux. Si l’accord prévoit des tarifs avantageux pour Interxion, Greencitizen mise sur une commercialisation auprès des hôpitaux et opérateurs télécom.

NavAlgo collabore avec DB Schenker

Retard à l’allumage également pour navAlgo, sélectionné par CMA CGM pour sortir les conteneurs des terminaux portuaires, faire disparaître les goulets d’étranglement et informer les chargeurs. « Nous poursuivons la relation avec CMA CGM, nous avons amélioré les ETA en exploitant leur système d’information, mais nous n’avons toujours pas signé de contrat. C’est un cycle de vente lent et il faut poursuivre les travaux de R&D », explique la chercheuse Zuzanna Kosowska-Stamirowska, PDG de navAlgo. Pour la polytechnicienne, ce concours a été un véritable « game changer ». Pourtant, selon nos sources, le projet serait mis à mal en raison d’un différend quant à la propriété intellectuelle de l’innovation.

En mai 2019, le pitch de navAlgo, lors de Vivatech, lui avait valu la reconnaissance de la division objets connectés de DB Schenker. Ensemble, ils élaborent un nouveau service destiné aux industriels. Une sécurité juridique et commerciale qui n’est pas pour déplaire à la jeune entreprise. La commercialisation de la version de base prévue à l’automne 2020 en mode SaaS permettra de détecter la survenance d’anomalies sur des marchandises lors d’un transport multimodal.

« My City Guide » vise les ports espagnols et allemands 

Au lendemain du concours, MktxDatos a commencé par troquer son nom difficilement prononçable pour « My City Guide ». La société fondée par Juan Pablo Salazar doit signer un contrat d’une durée de quatre ans avec les Terrasses du Port. Le centre commercial, qui avait sélectionné la solution du startupper chilien, entend par ailleurs investir bien plus dans cette start-up que les 50 000 € demandés pour participer au Smart port Challenge. « Nous allons acheter les services de My City Guide et allons réaliser un investissement conséquent pour les soutenir dans leur développement et dans la perspective d’offrir une solution lors des Jeux Olympiques de 2024 », explique la directrice du centre commercial Marie Canton.

La société My City Guide, qui ciblait les touristes et les croisiéristes, étant en contact avancé avec les ports de Barcelone, Hambourg, Valence et Tarragone. Elle se retrouve aujourd’hui en difficulté en raison de la crise sanitaire. Plus de paquebots, plus de croisiéristes à informer... Une vraie perte car, sur les tests effectués fin 2019, 80 % des croisiéristes scannaient le QR Code affiché à l’arrêt de bus de la porte 4 du GPMM et suivaient les recommandations de visites de la Cité phocéenne.

Adaptation pour cause de Covid 

« Nous avons demandé 150 000 € de PGE, mais la banque nous demande un document, un label du Smart port Challenge attestant de la pertinence de notre innovation technologique. Tout le monde est partant pour signer ce document, mais dans les faits, chacun se renvoie encore la balle. Nous sommes désormais confrontés à de très grandes difficultés. Parmi les lauréats de 2019, seuls Searoutes et nous, parvenons à nous en sortir. Sans soutien financier ni marché, les start-up disparaissent », pointe Juan Pablo Salazar.

Le port de Marseille-Fos lui avait promis d’investir 45 000 € au capital de sa société, mais le Covid a mis un coup d’arrêt à ce projet. Néanmoins, le fondateur a adapté sa solution au nouvel environnement imposé par le Covid. « Les passagers en escale ayant des symptômes déclarent l’information dans le système et nous leur donnons des conseils pratiques pour faire le test. Cela permet aux compagnies d’avoir une visibilité en temps réel de la situation sanitaire. Par ailleurs, nous proposons diverses visites dans la ville pour éviter les regroupements de personnes. Notre solution est disponible, nous attendons la reprise des croisières fin juillet ou début septembre », ajoute le dirigeant.

Nauvelis, en attendant La Méridionale

Plus de son ni d’image de Nauvelis, censée développer une interface permettant aux conducteurs routiers d’identifier et de localiser les remorques à quai. Le projet, qui tenait à cœur à La Méridionale afin de réduire le roulage des poids lourds, a été mis en stand by en raison des multiples difficultés auxquelles la compagnie maritime est confrontée depuis juin 2019 : la nouvelle DSP qui l’éloigne de Bastia et Ajaccio, la grève sur les quais et le Covid…

Naval Group, qui avait sélectionné Egerie pour travailler à la cyber cartographie des ports, indique être devenu client de cette start-up. Quant à l’écocalculateur de Searoutes, fort de sa nouvelle notoriété au côté du port de Marseille-Fos, il poursuit sa route et devrait intégrer ZeBox Caraïbes. Enfin, Capsim collabore avec le Pôle mer et EDF sur le branchement à quai des paquebots. À se demander si finalement le principal vainqueur du Smartport Challenge n’est pas l’opération de marketing territorial.

Nathalie Bureau du Colombier

* Le Grand port maritime de Marseille est associé dans cette démarche à la CCI Aix-Marseille-Provence et Aix-Marseille Université. Parmi les entreprises proposant des défis, Naval Group, Interxion, Dalkia, CMA CGM, Terrasses du Port...   

Premier défi : trouver des financeurs au Smartport Challenge

Avec un budget de 400 000 €, nul doute que le premier des défis du Smartport Challenge consiste à chercher des financeurs. Une fois trouvés, les sponsors, dont le ticket d’entrée varie de 20 000 à 50 000 €, se plaignent de passer beaucoup trop de temps avec leurs poulains. Par ailleurs, ils doivent imaginer un défi qui ne correspond pas forcément aux critères de « time to market » et ont quelques interrogations quant à la pertinence du retour sur investissement… Certaines entreprises estiment par ailleurs que les acteurs institutionnels (Région, Ville, port, CCI, Aix Marseille Université…) captent trop la lumière au détriment de la proposition de valeur innovante des entreprises. Au point que certains groupes financeurs susurrent qu’ils ne seront plus de la partie en 2021…N.B.C