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Sur la rangée Dakar-Pointe-Noire, des ports sont au cœur d’initiatives nouvelles pour gérer les effets directs du confinement. Des pouvoirs publics aux acteurs logistiques privés, un front uni se dessine. À Abidjan et à Conakry, les plans de continuité d’activité ne sont pas que des annonces marketing. Retour sur quelques initiatives.

De par ses statuts, la gouvernance portuaire à Abidjan relève exclusivement des pouvoirs publics. Dans le cadre de la lutte contre le Covid-19, les injonctions présidentielles et ministérielles arrivent donc directement sur le bureau du directeur général du port autonome, Hien Sié. Et ce dernier a manifestement opté pour toute les formes possibles de dialogue avec les acteurs privés pour que des « allers-retours » s’opèrent, établissant ainsi une synthèse pragmatique entre les impératifs de santé publique et les responsabilités économiques.

En jeu : la continuité des livraisons des produits de première nécessité et sanitaires sur une zone subsaharienne où 80 % des médicaments en circulation seraient faux. Mais il est tout aussi important pour l’économie nationale de faire perdurer le plus possible les échanges commerciaux, notamment à l’exportation. Seule la tenue quasi journalière de réunions de travail entre le port et les opérateurs économiques permet de croiser les dispositifs et de produire des résultats.

À Abidjan, la mise en place de deux shifts de travail (au lieu de trois) permet de s’adapter aux impératifs de couvre-feu. En cas de déclenchement de la phase 3 du plan d’action co-construit avec la direction portuaire et les ministères de tutelle, les 350 professionnels exerçant sur le terminal à conteneurs ont la possibilité accueillis par l’exploitant Bolloré Ports. Des fiches opérationnelles ont été transmises aux clients, usagers et travailleurs portuaires pour que les normes internationales en vigueur soient appliquées et respectées. Préparation, sensibilisation et formation sont les fils directeurs de la boîte à outils qui se construit au fil des réunions de coordination hebdomadaires au siège du port. La synchronisation est telle aujourd’hui que des plans d’urgence ont même été anticipés pour que des solutions de transport alternatif soient rapidement effectives, palliant une éventuelle fermeture totale du port. Il en va de l’approvisionnement des 5 millions d’Abidjanais.

Compromis au fil de négociations ouvertes

À Conakry, ville-capitale de la Guinée Conakry, plus de 80 % des recettes douanières et 90 % des valeurs enregistrées du commerce extérieur transitent par le port. À la différence des trafics miniers d’exportation qui relèvent d’organisations logistiques quasi-autonomes et finalement peu impactées par le Covid-19, les trafics conteneurisés, ro-ro et de marchandises diverses exigent des échanges entre l’exploitant privé du terminal et l’autorité régalienne portuaire. Un seul shift court de 7 à 18 h, plage horaire officielle aménagée en concertation entre le port autonome, les acteurs privés et les services de l’État. La gouvernance du port s’est assouplie au point d’aborder en direct avec les opérateurs privés les surcoûts logistiques de la gestion sanitaire afin de limiter la répercussion sur les prix. Les compromis s’élaborent au fil de négociations ouvertes.

La circulation de nuit des conteneurs vides entre le terminal maritime et le port sec dit Burkina, situé à 1 km seulement, a été expérimentée. Le couvre-feu a suspendu ces opérations essentielles à la continuité opérationnelle du terminal maritime. Le dialogue noué entre les acteurs privés et publics a permis de convenir d’une circulation encadrée, en convois, selon des conditions qui ont été assouplies. À Conakry, l’intérêt commun se concilie avec les contraintes que chaque partie prenante subit dans le plan de continuité des opérations. Le port est reconnu d’importance vitale, mais si la communication fait défaut et si les ajustements pris par le port et les manutentionnaires sont mal interprétés, les conséquences peuvent vite devenir incontrôlables.

Décider ensemble, faire ensemble

À Abidjan comme à Conakry, l’opérationnel s’exprime finalement de façon simple : « Décidons ensemble, faire ensemble ». Pour le port ivoirien, tout se repense de manière quotidienne. Sur la place portuaire guinéenne, « l’ascenseur » entre la présidence, le port autonome, les exploitants et les transporteurs, permet d’ajuster en permanence. Le port, chahuté ces derniers mois pour sa gestion,  prouve au passage sa compétence régalienne, pleine et entière, pour diriger les opérations dans la crise. De là à dire que les ports subsahariens pourraient (encore) être des sources d’inspiration en matière de gouvernance pour des ports européens…

Yann Alix (Fondation Sefacil) et Brigitte Daudet (Metis-EM Normandie)