Le conseil de surveillance du Grand Port maritime de Nantes Saint‐Nazaire vient d'être renouvelé pour cinq ans. Et pour la première fois, un schéma de gouvernance différent et encore inédit en France

Christelle Morançais, présidente du Conseil régional des Pays de la Loire a été élue le 22 novembre 2019 à la tête de l’instance de gouvernance, qui arrête les orientations stratégiques mises en œuvre par le directoire. Un(e) élu(e) territorial(e) comme président(e) du conseil de surveillance d'un port d'État, c'est une première en France métropolitaine. Jusqu'à présent, le profil était davantage celui d'un(e) chef d’entreprise. C'était d'ailleurs l'ancien directeur d'Arcelor, Francis Bertolotti, qui exerçait cette fonction depuis 2010, aux côtés de Jean-Pierre Chalus, jusqu’à l’arrivée de son successeur, le Breton Olivier Trétout (un profil au passé dans le public et le privé et notamment chez CMA CGM), quand Jean-Pierre Chalus a pris la tête de l’Union des ports de France (UPF).

Entre décentralisation et régionalisation

La décision, approuvée à l’unanimité par des élus d’obédience politique différente, s’inscrit dans le contexte où il est estimé « urgent » de repenser le modèle économique des Grands Ports maritimes français, mais aussi celle de sa gouvernance, qui peut être déterminante dans la recherche de ce nouveau schéma, bien que moins urgente. Pour autant la régionalisation est un plat froid qui revient chroniquement sur la table.

Le Premier ministre Édouard Philippe a d’ailleurs assumé publiquement (Assises de l’économie de la mer le 21 novembre 2017 au Havre) le fait que seuls Le Havre, Rouen, Paris, Marseille-Fos et Dunkerque avaient vocation à demeurer dans le giron de l'État, lequel n’était « peut-être pas le mieux placé » pour décider de la politique portuaire de tous les grands ports maritimes (7 en France métropolitaine) et que les collectivités locales, avec les régions en têtes de proue, l’étaient « peut-être davantage ». Entre décentralisation et régionalisation, leur sort serait alors laissée à la concertation entre acteurs locaux, déclinant dans les GPM ce que la loi Notre a rendu possible : le transfert de la propriété, de l’aménagement, de l’entretien et de la gestion des ports relevant du département aux autres collectivités territoriales ou à leurs groupements dans le ressort géographique où ils sont situés (article 22).

L'annonce avait alors fait vivement réagir ceux qui craignaient la perte du statut de port d’État alors qu’un renforcement des collectivités territoriales au sein de la gouvernance portuaire est plutôt bien accueilli, notamment des régions

Nouveau schéma

Dans le nouveau schéma de gouvernance, le directoire est désormais composé d’Olivier Trétout, qui en est le président, de Pascal Fréneau et Julien Dujardin, tous deux directeur général adjoint, en charge des ressources fonctionnelles et techniques respectivement. Le conseil de développement est composé de 32 membres répartis en 4 collèges : représentants de la place portuaire, du personnel, des collectivités territoriales et personnalités qualifiées. Il compte également 4 observateurs permanents. Lors de la séance d'installation du 8 novembre 2019, Philippe Billant, directeur de la raffinerie Total de Donges, avait été élu à la présidence et Pascal Vialard, président de l'Union Maritime Nantes Ports à la vice-présidence.

Pour le port ligérien, « cette configuration s'assimile davantage aux modèles de certains ports nord européens qui intègrent les collectivités locales dans l'actionnariat et la gouvernance, comme Rotterdam, Anvers, Brême ou Hambourg ».

Ambition : devenir le port du Grand Ouest

« C’est l’affirmation forte que l’avenir du Grand Port est l’affaire de tous, et au premier chef des collectivités : la Région, le département, Nantes Métropole et la Carène », a commenté la président des Pays de la Loire, dont l’un des objectifs est de « reconquérir notre « hinterland », cet espace géographique qui « s’étend de la Bretagne au Nord de la Nouvelle Aquitaine et jusqu'à la région  Centre‐Val de Loire »  mais où les entreprises « recourent encore trop largement aux ports du Havre et du Nord de l’Europe ».

Il s’agira aussi de « diversifier les activités portuaires aujourd’hui trop dépendantes des hydrocarbures ». Le grand port Maritime de Nantes Saint-Nazaire a affiché ces deux dernières années un chiffre d’affaires (75 M€) en croissance de 20 % et un trafic de 32,5 Mt en hausse de 8,8 % en 2018. Le gaz naturel (7 Mt) constitue le pilier du trafic. Montoir, avec son terminal méthanier construit dans les années 80, s’affirme en tant que hub pour le GNL. Une force et un piège en même temps quand « les activités portuaires sont trop dépendantes des hydrocarbures ».

A.D.