Sénalia, principal opérateur des silos d’expéditions de céréales du port de Rouen, a exporté près de 4 Mt de céréales lors de la campagne 2018-19, et vise 5 Mt pour la campagne en cours. Les expéditions conteneurisées ont triplé par rapport à la campagne précédente, effet cumulé de MSC, Barry Callebaut et Tereos. Le report modal en pré-acheminement, encore poussif, profite surtout au fluvial car le ferroviaire paie les grèves de la SNCF. 

Les silos rouennais de Sénalia ont vu transiter 3,98 Mt de céréales au cours de la campagne d’exportation 2018-19. Cela correspond à une augmentation de tonnage de 44 % par rapport à la campagne 2017-18, qui marquait déjà une reprise par rapport à la désastreuse campagne 2016-17, au cours de laquelle le volume de céréales expédiées par Sénalia était à un étiage bas, à 1,8 Mt. Principaux clients de la campagne 2018-19, qui s’est achevé en juin dernier : le Maroc, qui compte pour 14 % des exportations de céréales de Sénalia, et surtout l’Algérie, dont les achats ont progressé et représentent 43 % des expéditions. Ensemble, les trois pays du Maghreb cumulent 61 % des exportations de Sénalia. Les sorties de céréales vers l’Afrique de l’Ouest (12 %) et la Chine (7 %) sont en très forte hausse et ont contribué, en 2018-2019, à 49 % de la croissance des exportations de Sénalia.

Sur les près de 4 Mt de céréales exportées par Sénalia en 2018-19, le blé meunier est très majoritaire avec 2,49 Mt, soit 56 % de plus que lors de la campagne précédente (cf. détail plus bas). Les expéditions conteneurisées ont triplé par rapport à la campagne précédente, totalisant 32 000 t. « L’utilisation des conteneurs a été tirée par les exportations d’orge de brasserie à destination de la Chine et favorisée par le rapprochement des taux de fret entre les conteneurs et le vrac », explique Gilles Kindelberger, directeur général de Sénalia. Pour ces trafics conteneurisés, Sénalia a passé un partenariat avec l’armement MSC et la Normande de manutention. La nouvelle plateforme portuaire créée à Rouen, à proximité de la presqu’île Elie, a une capacité de chargement de 40 conteneurs par jour. À partir du premier trimestre 2020, elle sera complétée par une seconde plateforme de chargement à Lillebonne.

« L’activité conteneurs avait démarré en 2005, mais elle vivotait, admet Gilles Kindelberger. Nous l’avons relancée avec des expéditions d’orge à destination de la Chine, mais aussi des importations de fèves de cacao pour Barry Callebaut et des expéditions de gluten pour Tereos. Les avantages, même pour les céréales, sont nombreux : réduction des ruptures de charge, limitation des besoins de stockage et de financement car cela permet d’expédier des quantités réduites. Avec 40 jours d’anticipation, un brasseur chinois peut changer chaque semaine de qualité d’orge. »

Pré-acheminements : le ferroviaire en berne

En entrée des silos Sénalia de Rouen, la route représente encore 55 % des tonnages. Mais quatre ans plus tôt, pour la campagne 2014-2015, ce mode comptait pour 64 % des acheminements. C’est principalement la voie d’eau qui a profité de ce report modal, le fluvial passant dans le même temps de 24 à 32 % des transports de céréales depuis l’hinterland jusqu’à Rouen. Le ferroviaire stagne en revanche : sa part modale avait atteint 16 % au cours de la campagne 2017-18 mais est redescendue à 13 % lors de la dernière campagne. Le train devrait encore perdre des parts modales au cours de la campagne en cours. En effet, depuis début décembre 2019, avec la grève SNCF, aucun train n’a été reçu sur les différents sites de Sénalia. Les silos de la presqu’île Elie, quant à eux, ne sont plus desservis par le fer depuis l’incendie de Lubrizol en septembre dernier. Plus structurel, le 1er juillet 2019 a vu l’arrêt de la navette ferroviaire Nord-Seine, qui acheminait jusqu’à Rouen les céréales de cinq coopératives du Nord et de l’Est du bassin parisien.

« Un organisme stockeur a décidé de ne plus recourir à cette navette ferroviaire, ce qui a conduit à sa suppression, explique Gilles Kindelberger. Depuis le printemps 2019, le train a ainsi perdu cinq points de part modale depuis les régions qui étaient desservies par cette navette. » Cela contribue à l’échec de Sénalia dans ses tentatives d’augmenter la part modale du ferroviaire. En octobre 2018, suite à son rapprochement avec SCAEL, Sénalia avait repris les parts d’Invivo dans Magestiv pour intégrer ce commissionnaire spécialisé dans le transport ferroviaire des céréales. « Magestiv est trop captif de certains flux, avec seulement deux clients, souligne Gilles Kindelberger. Il faut que l’on élargisse le portefeuille de clients et que l’on passe de 1 Mt à 2 Mt d’ici deux ans. Pour l’instant, les résultats ne sont pas à la hauteur de nos espérances. Magestiv travaille pourtant avec un modèle économique à marge zéro, pour une redistribution totale de la valeur créée. Nous sommes prêts à continuer l’aventure, car il s’agit d’un outil important pour la filière ; mais si elle n’y trouve pas son compte et n’utilise pas Magestiv, nous arrêterons cette activité. »

Quel avenir pour le terminal sucrier Robust ?

Depuis le 1er juillet 2019, qui a marqué le début de la campagne d’exportation 2019-20, Sénalia a déjà expédié 2,25 Mt de céréales. « Nous sommes en avance de 20 % par rapport à l’année dernière. Ce chiffre aurait pu être encore meilleur, sans l’impact des grèves actuelles », indique le président de Sénalia, Thierry Dupont. Le but affiché est de parvenir à un total de 5 Mt à la fin de la campagne d’exportation. « Cet objectif est réalisable grâce à une très belle récolte, en qualité comme en quantité », déclare Gilles Kindelberger, qui précise que « malgré la grève à la SNCF, le mois de décembre a été très actif, en particulier grâce à de belles exportations de blé vers la Chine. »

Au-delà des exportations de céréales, Sénalia a aussi développé des activités logistiques à destination de l’agro-industrie. La plus importante en tonnage est le colza pour Saipol, qui expédie des huiles, esters et tourteaux après trituration. Entrée et sortie confondues, 1,9 Mt ont été manutentionnées en 2018-19 sur le site de Grand-Couronne, ce qui constitue la troisième campagne consécutive de baisse pour cette activité. La logistique blé mise en place à Lillebonne pour Tereos, qui fabrique de l’éthanol et du gluten, est quant à elle en progression, atteignant 823 000 t. À Grand-Couronne et à la presqu’île Elie, les importations de fèves de cacao pour Cargill et Barry-Callebaut ont concerné 129 000 t, soit une diminution de 9 %. Diminution aussi pour le sucre conditionné et expédié pour le compte de Saint-Louis Sucre depuis le terminal Robust de la presqu’île Elie.

Avec 145 000 t, cette activité reste cependant supérieure à la moyenne des cinq dernières années, malgré la conjoncture difficile sur la betterave, avec en particulier la reprise depuis la dernière campagne des exportations maritimes. Saint-Louis Sucre a annoncé en mars 2019 la fin du partenariat avec Sénalia, avec effet au 1er septembre 2021. Cette décision, qualifiée de « brutale et surprenante » par Thierry Dupont, pousse Sénalia à une réflexion sur l’avenir du site Robust.

Étienne Berrier

Détail des expéditions

Blé fourrager : 260 000 t (22 000 t en 2017-18)

Orge fourragère : 766 000 t (stable)

Orge de brasserie : 275 000 t (+ 41 %)

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