Le contrat d'affrètement du Zim New York expire en octobre 2020 ©DR

 

Les propriétaires non-exploitants ont déclaré des revenus stables pour le premier trimestre 2020. Mais avec la pression exercée sur la ligne régulière, les armateurs de porte-conteneurs pourraient ne pas renouveler les contrats d’affrètement, voire chercher à restituer le tonnage affrété plus vite que prévu. Certains non-operating owners (NOO) paraissent plus exposés que d’autres. 

Jusqu’à l’émergence du Covid, les propriétaires non-exploitants (NOO) vivaient de belles heures. Les armateurs réticents à passer commande de nouvelles constructions tant que les négociations commerciales entre les États-Unis et la Chine n’étaient pas soldées et le retrait d’un nombre de porte-conteneurs pour se mettre en conformité avec les nouvelles normes sur le soufre (IMO2020) ont largement contribué à la bonne santé du marché en 2019. Avec l'amélioration des taux d’affrètement journaliers, les actifs ont pris de la valeur. La flotte du grec Danaos, l'un des principaux propriétaires de porte-conteneurs, était ainsi valorisée à 1,38 Md$ en fin d’année dernière contre 1,1 milliard quelques mois auparavant, selon les données de vesselsvalue.com. Et les taux d’utilisation des flottes se sont nettement améliorés. Celui de Danaos s’élevait à 98,2 % fin 2019.

Revenus en hausse de 7,4 % pour Costamare

À l’issue du premier trimestre 2020, la plupart des pure player cotés en bourse – Seaspan, Danaos, Global Ship Lease, Costamare, Diana Containerships, Box Ships …– ont déclaré des revenus stables, non encore affectés par la pandémie du Covid-19, à l'exception cependant de l'augmentation des jours non programmés. Mais l’incertitude, qui pèse sur les activités opérationnelles et financières, fait peser un risque sur les navires qui pourraient ne plus être affrétés ou l’être à des taux plus bas et pour des durées plus courtes. Et certains des NOO sont exposés plus que d’autres en raison du nombre important de contrats à échéance dans l’année.

Costamare fait partie de ces propriétaires qui ont un certain nombre de navires dont l'affrètement expire dans l'année (22 unités totalisant 121 000 EVP sur une flotte de 70 navires). « Nous pourrions ne pas être en mesure d'affréter ces navires aux mêmes taux ou pour la même durée que ceux que nous avions prévus précédemment ou de trouver un emploi approprié », a indiqué la société, qui a soldé le premier trimestre clos avec des recettes tirées des locations en hausse de 7,4 %, à 121,4 M$. « Cette augmentation est principalement attribuable aux revenus gagnés par quatre navires acquis entre fin 2019 et début 2020, par l'augmentation des taux d'affrètement pour certains de nos navires et par la diminution des jours d’immobilisation de certains d’entre eux », explique la société.

Douze affrètements en trois mois

Le propriétaire a signé entre janvier et mars l’affrètement de douze navires, dont trois de 11 000 EVP loués pour des périodes allant de un à trois ans, et six reconductions. Manifestement, le propriétaire est parvenu pour ceux dont les tarifs ont été communiqués à augmenter ses revenus. Ainsi, l’affrètement du Cape Artemisio de 11 010 EVP à Hapag-Lloyd pour 34 à 38 mois à partir du 12 mai a été contractée au taux journalier de 38 750 S contre 32 500 $ dans le précédent contrat. L'affrètement du Cape Sounio de 11 010 EVP auprès de ZIM pour 11 à 13 mois à partir du 15 avril a été négocié au taux journalier de 38 000 $ contre 33 500 $. En revanche, le Cape Tainaro de 11 010 EVP, toujours avec  ZIM, l’a été au taux journalier de 38 000 $ pour 11 à 13 mois contre 39 500 $.

Danaos, dont les revenus d'exploitation ont diminué de 5,9 %, passant de 112,9 à 106,2 M$ entre les premiers trimestres 2019 et 2020, a accusé une utilisation plus faible de ses navires durant les trois premiers mois de l’année, principalement en raison la mise en cale sèche de se navires pour être équipés de scrubbers. L’entreprise a aussi perdu 1,7 M$ des revenus en raison de la baisse des taux de ré-affrètement de certains de nos navires et du ré-affrètement à des niveaux plus bas.

« Les compagnies de transport maritime ont réagi à la baisse des volumes provoquée par la pandémie en annulant les départs et en réduisant la vitesse En conséquence, les taux d'affrètement à court terme ont chuté de 25 à 40 %, selon la taille des navires », indique le grec qui dit gérer « avec succès » les renouvellements bien qu'à des taux d'affrètement inférieurs. Malgré la pression sur son marché, l’entreprise se dit « bien protégés de la volatilité à court terme grâce à une couverture élevée d'affrètement de 86 % en termes de revenus d'exploitation et de 66 % en termes de jours d'exploitation au cours des 12 prochains mois ». L'utilisation de sa flotte durant les trois premiers mois de l’année a atteint les 91,3 %, contre 98,2 % au cours des trois premiers mois de l’année 2019.

Le Covid terrasse l'affrètement des porte-conteneurs 

115 000 EVP manquants pour Seaspan

Seaspan, qui possède une flotte de 123 navires, affrète à court terme 12 % de sa flotte en EVP et 5 % en recettes. Selon les chiffres d'Alphaliner, 115 000 EVP pourraient potentiellement sortir de l'affrètement en 2020. L’entreprise, qui a récemment revu à la hausse ses prévisions de recettes pour 2020, malgré la pandémie de COVID-19, a déclaré aux investisseurs ses convictions sur le marché, pour le moins optimistes. « La situation devrait s’améliorer à partir de juin avant de rebondir en 2021. » Au 5 mai 2020, Seaspan n'avait pas encore renégocié à la baisse les tarifs ou les conditions d'affrètement.

Outre les incertitudes dans les activités opérationnelles et financières du fait de la crise sanitaire et le risque de non-renouvellement des contrats, les NOO doivent aussi gérer les retards importants accusés dans les chantiers navals. Danaos accusait fin mars 188 jours de mise hors service progressive en raison de retards dans les chantiers navals liés à la pandémie.

75 % des 556 navires de MSC sont affrétés​

« La durée des réparations pourrait dépasser la période initialement programmée, ce qui entraînerait une interruption de la location de nos navires pendant des périodes plus longues que prévu. Les retards éventuels dus à la mise en quarantaine de nos navires en raison d'une infection de notre équipage ou d'autres perturbations liées au virus peuvent entraîner la résiliation des affrètements laissant nos navires sans emploi. Il est également possible que nos affrétés subissent les effets de l'épidémie et qu'ils cherchent à revoir les conditions des contrats [qui sont toutefois juridiquement contraignants, NDLR] », liste Costamare. 

Le directeur général de Hapag-Lloyd, Rolf Habben Jansen, indiquait dans un récent point presse, qu’il renverrait un « petit nombre à deux chiffres » de navires sur les 129 qu'il affrète à temps. Représentant 40 % de la capacité de ses navires, la flotte affrétée de Hapag-Lloyd est relativement faible par rapport à ses pairs. 75 % des 556 navires de MSC sont en location, 68 % des 219 navires de One et 62 % des 474 navires de CMA CGM.

L'affrètement essoufflé par l'épidémie

Retards dans les chantiers

Costamare indique avoir huit navires dont la période en cale pourrait être prolongée. Elle connaît aussi des retards importants dans l'installation de scrubbers sur sept de ses navires, qui restent cependant en location pendant toute la période d'installation. Elle est aussi impactée au niveau des nouvelles constructions.

« Le 28 janvier, nous avons reçu un avis de force majeure de la part du chantier naval qui construit cinq de nos navires. Trois devraient être livrés au cours du troisième trimestre 2020 et deux auront un retard moyen de moins d'un mois par rapport au calendrier de livraison initial ». À l'heure actuelle, Costamare ne prévoit pas de retard dans la livraison des trois autres navires (un devrait être livré au troisième trimestre de 2020 et deux au deuxième trimestre de 2021). « Malgré les retards dans la livraison de nos navires en construction, les revenus tirés de l'emploi de ces navires ne sont pas affectés ».

Diversification problématique

La diversification reste un autre risque. D’après Alphaliner, quelque 75 % du portefeuille d'affrètements de Seaspan sont placés auprès des six plus grands transporteurs dont Cosco, Yang Ming et ONE, qui affrètent en cumulé 68 % de sa capacité en EVP. Le quart restant est placé auprès de Yang Ming.

Chez Costamare, Maersk, MSC et Cosco affrètent ensemble plus de la moitié de sa capacité en EVP, Evergreen et Zim détenant respectivement 22 % et 12 % de sa capacité.

Adeline Descamps

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