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Vraquiers, porte-conteneurs, pétroliers, l’association internationale maritime a publié un état des lieux, à mi-parcours de l’année, des flottes de chaque segment en tenant compte de l'impact de la crise sanitaire et autres événements géopolitiques de nature à troubler la bonne marche du commerce mondial.

Qu’en est-il de l’ajustement de l’offre à la demande ? Le rapport des forces entre livraisons et démolitions est un de ces indicateurs clés. Le BIMCO, organisation maritime internationale revendiquant les deux tiers du tonnage mondial en capacités a dressé de façon clinique un panorama à l’issue des huit premiers mois de cette année.

Vraquiers

Depuis le début de l'année, la flotte de vrac sec a augmenté de 2,8 % et a franchi pour la première fois la barre des 900 millions de tonnes de port en lourd (Mtpl), à 903,3 Mtpl. Le carnet de commandes est actuellement à son étiage le plus bas (63,4 Mtpl) depuis avril 2004. Une capacité de 33,9 Mtpl a été mise sur le marché depuis le début de l’année dont la moitié provient des 70 nouveaux capesize qui ont été livrés (15,5 Mtpl).

La forte augmentation de la croissance de la flotte, résultant de ces livraisons, a été légèrement compensée par l’envoi à la casse (8,7 Mtpl, mais en hausse de 69,4 % par rapport à l'année dernière) alors que seuls 108 nouveaux vraquiers totalisant 7,5 Mtpl ont été commandés en 2020. Parmi eux, 10 sont des capesize de 210 000 tpl, tous par des sociétés de leasing chinoises. Plébiscités, les handymax ont fait l’objet de 62 contrats de construction, pour un total de 3,5 Mtpl, la majorité d'entre eux ayant une capacité comprise entre 60 000 et 65 000 tpl.

Porte-conteneurs

La flotte de transport par conteneurs a augmenté de 1,6 % depuis janvier, atteignant une capacité totale de 23,2 MEVP. Selon le BIMCO, la flotte devrait augmenter de 2,1 % sur l'ensemble de l'année, ce qui marquera son niveau le plus bas depuis quatre ans.

L'organisation s'attend à ce qu'un total de 300 000 EVP soit démoli en 2020 alors que, jusqu'à présent, 169 647 EVP ont été mis au rebut. Les mauvaises conditions du marché de l'affrètement des porte-conteneurs ont poussé les propriétaires à se « débarrasser » des navires les plus anciens de leur flotte et surtout ceux dont le coût de mise en conformité avec les normes environnementales (IMO 2020 sur le soufre) aurait été trop coûteux.

Deux indicateurs éclairent l’état de ce marché : des navires de moins de 15 ans et plus grands ont fini au démantèlement, phénomène nouveau. Avec ses 9 600 EVP, le Sine Maersk (construit en 1998), le plus grand porte-conteneurs jamais démoli, a « ému » le secteur. « Bien qu'ils aient été parmi les plus grands porte-conteneurs en service, ils sont maintenant largement surpassés par les dernières livraisons et il s'est avéré peu intéressant de maintenir ces navires en activité, même sur des routes moins empruntées » expliquent les auteurs de l’enquête.

La pandémie a également fortement réduit l'appétit pour de nouveaux navires : au cours des huit premiers mois de cette année, seuls 162 834 EVP ont été commandés, de 33,5 % inférieure à celle de l'année précédente. Ainsi le carnet de commandes de porte-conteneurs a-t-il atteint son point bas depuis septembre 2003.

Pétroliers

Depuis le début de l’année, aucun Very Large Crude Carrier (VLCC) n’a été envoyé à la casse alors que 26 ont été livrés, ce qui a entraîné une augmentation de la flotte de 7,9 Mtpl. 68 supertankers avaient déjà été livrés en 2019. Sur l'ensemble de l'année, le BIMCO prévoit que la flotte de transporteurs de produits pétroliers augmentera de 2,7 % et celle de transporteurs de brut, de 2,4 %. L'an dernier, ils avaient augmenté respectivement de 4,6 % et 6,2 %.

Le syndicat prévoit une augmentation de l'activité de démolition en raison de la baisse des taux de fret. Il l’estime autour de 7,5 Mtpl en 2020 pour les très grands transporteurs de brut et à 1 Mtpl pour ceux de produits pétroliers. Jusqu'à présent, l’équivalent de 547 334 tpl ont été vendus à la ferraille.

Cette année, le BIMCO prévoit que la flotte de VLCC et de transporteurs de produits pétroliers augmentera de 2,4 et 2,7 % respectivement. Cela représente un ralentissement marqué par rapport à l'année dernière, où ils avaient augmenté de 4,6 % et 6,2 %. Les pétroliers livrés depuis le début de l’année correspondent à une capacité de 16,2 Mtpl, en repli de 43,9 % par rapport à l'année dernière.

Avec 4,1 Mtpl, les transporteurs de produits pétroliers étaient le seul segment à avoir enregistré plus de nouvelles commandes au cours des huit premiers mois qu’il y a un (+ 31,9 %). Dix d'entre elles concernent des MR d’une capacité de 49 999 tpl  passées par le saoudien Bahri au chantier sud-coréen Hyundai Mipo. Bahri attend également un nouveau VLCC en cours de construction par IMI (International Maritime Industries).

Les perspectives moins favorables se reflètent également dans la valeur des pétroliers d'occasion. Les prix des VLCC et des LR2 de 10 ans d'âge ont tous deux baissé de 19,2 % et 18,4 % entre janvier et août. Un VLCC neuf vaut aujourd'hui 7,5 % de moins qu'au début de l'année et la valeur d'un LR2 a chuté de 1,7 %.

La rédaction