Le tribunal de commerce de Marseille, qui s'est réuni le 7 août, a statué sur la demande de Bourbon de se placer sous le régime du redressement judiciaire, après que la société chinoise ICBC Leasing ait exigé le paiement d'arriérés pour plus de 800 M$ (720 M€). 

Fleuron français du transport maritime, Bourbon bénéficie d'un nouveau sursis. Le redressement judiciaire accordé, la société, qui affiche un endettement près de 1,5 Md€, voit ainsi son passif geler pendant une période d'observation qui peut aller jusqu'à 18 mois, le temps de présenter un plan de continuation garantissant la restructuration (qui peut s'étaler entre 8 à 10 ans) de sa dette auprès de ses créanciers (et/ou aboutir à plan de cession partielle ou totale...).

Ces derniers mois ont été lourds et intenses pour la société marseillaise. Face aux appels en garantie de certains de ses créanciers (ICBC Leasing, Minsheng Leasing, Export-Import Bank of China et des porteurs d'obligations de type TSSDI), la société marseillaise avait d'abord demandé l'ouverture d'une procédure de sauvegarde, estimant qu'elle n'était pas en cessation de paiement, ce que le tribunal de commerce de Marseille a rejetée dans une décision rendu le 24 juillet, jugeant précisément que l'entreprise était dans l'impossibilité de faire face à son passif exigible à l'aide de son actif disponible.

Deux options de règlement de ses engagements financiers

Le fondateur du groupe, Jacques de Chateauvieux, qui a repris la barre opérationnelle de son entreprise il y a quelques semaines, a donc opté pour la mise sous redressement judiciaire, demande émise uniquement pour la holding et sous holding de façon à pouvoir assurer une continuité de fonctionnement. Le tribunal doit désormais désigner les administrateurs en charge du dossier*. Bourbon, qui s'attèle depuis quelques semaines à trouver des issues positives pour préserver l'activité et l'emploi, a toujours fait valoir son attachement aux négociations avec ses partenaires financiers. 

Lors de l’assemblée générale des actionnaires du 28 juin dernier, il avait été proposé aux créanciers deux options de règlement des créances : « partager le risque du marché et donc recevoir une part fixe limitée assortie d’une part variable en fonction du cash net généré par navire donné en garantie des prêts ou objet de location, afin de pouvoir bénéficier du rythme et de l’intensité de la reprise du marché des services à l’offshore dans le temps ; ou prendre le risque de l’entreprise et dans ce cas s’accorder sur un montant réduit de dette à rembourser, portant intérêt et remboursable sur 8 ans, et recevoir des actions en compensation de la partie non remboursée ». Sachant que ces dettes non remboursées et les obligations de loyers abandonnés donnaient accès, selon cette dernière proposition, à un maximum de 30 % du capital de la holding. Cette proposition faisait suite à la restructuration proposée par un pool d'entreprises et de banques (BNP Paribas, Crédit mutuel Alliance fédérale, Natixis et Société générale et ICBC, totalisant ensemble 75 % de la dette du groupe), laquelle prévoyait un apport de liquidités à hauteur de 120 M€, ainsi qu'une conversion en capital de plus de 1,4 Md€ de dette. Ce qui leur assurait de facto 93 % du capital. 

Le 7 août, jour où le tribunal de commerce de Marseille a prononcé l'ouverture d'une procédure de redressement judiciaire, l'action Bourbon, dont la cotation a repris le 26 juillet après quelques jours d'interruption, avait grimpé de 3,7 %

A.D.

*Il s'agit Emmanuel Douhaire et Frédéric Abitbol. Ils ont notamment géré un autre dossier « marseillais » aux multiples rebondissements : celui de feu la SNCM...