Avec sa flotte de 11 navires, la société dessert 11 routes entre la France, le Royaume Uni, l’Irlande et l’Espagne.

 

En dépit du contexte Brexit qui met à mal le principe cardinal régissant son marché axé sur le transmanche, la compagnie bretonne a maîtrisé ses ratios en 2018 sans pouvoir maintenir à flot toutes ses lignes.

L'entreprise bretonne, dont 85 % de la clientèle est britannique, a publié des résultats qui ne déméritent pas compte tenu du contexte, a signifié Christophe Mathieu, président du directoire de Brittany Ferries lors de la présentation des résultats financiers de l’entreprise aux actionnaires pour l’exercice 2018. « Nous avons réalisé des bénéfices. Nous sommes très satisfaits de ces résultats dans une période particulièrement difficile liée à la chute de la livre sterling d'environ 15 % en deux ans et à un contexte incertain lié aux effets du Brexit ».

En 2018, le bénéfice de Brittany Ferries s’est établi à 8 M€ pour un chiffre d'affaires de 444,2 M€ (62 % avec le trafic passagers et 23 % avec le fret). Le nombre total de passagers a légèrement augmenté, à 2,63 millions (contre 2,59 millions en 2017). La société, qui avec sa flotte de 11 navires dessert une dizaine de routes entre la France, le Royaume Uni, l’Irlande et l’Espagne, estime que les clients qu’elle a transportés ont dépensé plus d'un demi-milliard d'euros en France et se sont traduits par 854 000 visiteurs uniques. Avec 205 401 unités transportées, le fret est en revanche en repli de 2,9 %. Dans ce total fret, le trafic transmanche a diminué de 4,2 %, avec 164 421 remorques transportées.

 

Des résultats très inégaux

Inévitablement, le trafic transmanche – son cœur d'activité – marque le pas tout en restant l’activité phare de la compagnie de Roscoff (2,172 millions de passagers, + 0,1 %). Le renforcement de la ligne Roscoff/Cork par une rotation hebdomadaire supplémentaire avec l'arrivée du Connemara dans la flotte en mai dernier semble s’être traduit par une croissance de 12,5 % du nombre de ses passagers, soit 97 174 pax. De même, les liaisons entre la Grande-Bretagne et l’Espagne se sont également bien portées (+ 7 %, 358 300 passagers). Tout comme Cherbourg-Poole (+ 5,1 %, 211 545).

En revanche, la compagnie qui dessert trois ports anglais (Poole, Plymouth, Portsmouth) de cinq ports bretons (Roscoff, Saint Malo, Cherbourg, Caen, Le Havre, selon les lignes) n’enregistre pas vraiment de performances ailleurs.

La ligne la plus fréquentée de la compagnie Portsmouth-Caen (30 % des passagers) est à la stabilité (0,8 %) avec cette incroyable homonymie dans les chiffres (929 929), tandis que les lignes Plymouth-Roscoff et Cherbourg-Portsmouth sont en repli, respectivement de 1,2 et 7,9 %, cette dernière ayant déjà pâti dans les résultats de fin d’année d’une saison écourtée du Normandie Express, le plus rapide des unités de la compagnie.

Imaginer ce que seront les relations avec Royaume-Uni demain ?

Plus impactés, les volumes fret, toutes lignes, sont en retrait de 2,9 %. La ligne la plus empruntée (Caen-Portsmouth, la moitié du volume total) affiche un recul de 5,8 %, à 100 265 unités transportées. Le Havre-Portsmouth (autour de 30 000 unités) est en retrait de près de 2 % également. Les plus fortes croissances reviennent à des trafics marginaux entre Cherbourg et Portsmouth (+ 47,1 %, 550 remorques) et entre Roscoff et Cork (+ 114 %, 1 059 unités). Les lignes entre l’Espagne et le RU maintiennent un trafic de 40 000 véhicules transportés.

Établir des prévisions dans les conditions actuelles dans lesquelles opère l’entreprise relèverait de la gageure. « Nul n’est en mesure d’imaginer ce que seront les relations entre le Royaume-Uni et l’Union européenne dans les années à venir, mais Brittany Ferries sera toujours là pour relier l’Angleterre et l’Irlande au continent », reconnait Jean-Marc Roué, président du conseil de surveillance. « C'est maintenant au gouvernement français de relever le défi. Toutes les dispositions doivent être prises, dès à présent, pour garantir la mise en place de structures adaptées dans nos ports de Bretagne et de Normandie après le Brexit, afin que les marchandises puissent continuer à circuler librement et que nos passagers retrouvent la confiance suffisante pour voyager cet été et au-delà ».

450 M€

En dépit du contexte Brexit, Britrany Ferries a lourdement investi (450 M€) en vue d’accueillir dans sa flotte quatre nouveaux navires (deux seront alimentés au GNL) dont trois commandés après le Brexit. Le Honfleur (187 m, jauge brute de 42 000 tonnes, 1 700 passagers, 257 cabines), attendu courant du second semestre de cette année, sera le premier navire alimenté au GNL et il opérera sur sa ligne-phare Caen-Portsmouth. Suivront à partir de 2021 deux autres ferries construits par le chantier naval chinois Avic International Weihai. Ils seront affrétés sur les lignes espagnoles.

A.D