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L'armateur français de porte-conteneurs a présenté ses résultats financiers et opérationnels réalisés entre juillet et septembre. Indicateurs liés à l'exploitation en forme. Situation financière pénalisée par la digestion difficile de ses investissements conséquents et acquisitions onéreuses. CMA CGM doit céder des actifs pour retrouver du souffle. 

Les principales informations délivrées ce 25 novembre à l’occasion de la publication des résultats du transporteur maritime de conteneurs n’ont pas vraiment surpris. CMA CGM doit trouver des ressources pour financer l'acquisition du groupe de logistique et commissionnaire de transport suisse Ceva Logistics. L’armateur français ne prévoit pas de recueillir l’usufruit de cette acquisition avant 2023. Pour se renflouer, il va réaliser d'importantes opérations de cessions d’actifs. Outre sa situation financière, les indicateurs opérationnels sont bons.

CMA CGM doit trouver des ressources pour financer l'acquisition du groupe de logistique et commissionnaire de transport suisse Ceva Logistics.

Au vu de sa situation d’endettement avancé (18 Md$), le groupe français a besoin de liquidités. Impliqué dans un important plan d’acquisitions de nouveaux navires au GNL (21 unités de 22 000 et 15 000 EVP), le profil financier de l’armement s’est sensiblement détérioré au cours des douze derniers mois dans la foulée de l'acquisition de Ceva Logistics. La trésorerie de CMA CGM est éprouvée, passée dans le rouge vermillon, à - 244,8 M$ entre juillet et septembre, tandis que la dette du groupe s'est considérablement lestée, de 7,7 à 18,34 Md$ entre septembre 2018 et 2019 (dont 6,9 milliards dus à la norme IFRS 16 et 1,2 Md$ à Ceva).

Pour rafler l’un des joyaux de la logistique mondiale, qui fait du groupe un géant du transport et de la logistique pesant 30 Md$ de chiffre d’affaires et 110 000 emplois, l’armateur français a signé un chèque de 1,54 Md€. Le prix à payer pour offrir à la clientèle une offre door-to-door, conformément à la stratégie d’intégration de Rodolphe Saadé.

CMA CGM ne prévoit pas de recueillir l’usufruit de cette acquisition avant 2023.

En dépit d’un plan d’économies de 1,2 Md€ programmé sur 2019, le retour à la rentabilité de l’entreprise sera plus long que prévu, signifie la compagnie. Contrainte par son endettement qui se creuse de trimestre en trimestre (62 M$ au premier semestre de l'année après plusieurs exercices négatifs), l’entreprise suisse, qui deviendra française en 2020, opère dans un environnement de marché difficile notamment en raison de sa forte exposition au secteur automobile et à celui des technologies. « De plus, les nombreux investissements nécessaires à sa transformation pèsent à court terme sur sa rentabilité ».

CMA CGM va réaliser d'importantes opérations de cessions d’actifs, dans sa flotte et ses terminaux portuaires.

L'armateur français a précisé ce 25 novembre les modalités des transactions qui se trament depuis quelques semaines. Il a notamment indiqué qu’il prévoyait de retirer plus de 2 Md$ (soit 1,8 Md€) d'ici mi-2020, à la fois de la vente de participations dans 10 terminaux portuaires (non divulgués), dont il escompte 968 M$, ainsi que par du « lease-back » de navires dont il attend 860 M$.

Depuis quelques semaines, l’on sait qu’il avait pris le parti de céder tout ou partie des terminaux portuaires constituant le portefeuille de CMA Terminals (32 installations qui ont totalisé 8,5 MEVP en 2018). Créée en 2012, la société d’exploitation portuaire est détenue à 100 % par CMA CGM. Le groupe est depuis quelques semaines en pourparlers avec China Merchants. Le conglomérat chinois et l’armateur marseillais se connaissent bien. Ils sont déjà associés dans l'exploitation des 13 terminaux de Terminal Link (2,8 MEVP en 2018). L'armateur français lui avait cédé 49 % en 2013, une transaction estimée à 528 M$ (sans que ce chiffre soit avéré). Mais ils ont aussi d'autres liens, China Merchant Bank a financé une opération de cession-bail d'un montant de 648 M$ pour assurer le financement de huit navires de 9 300 à 10 800 EVP en 2016.

C’est donc Terminal Link qui recupère les 10 terminaux, financés « par une augmentation de capital de 468 M$ souscrite par China Merchants Port et un prêt qui sera converti dans 8 ans en augmentation de capital souscrite par CMA CGM », indique le groupe. Cette opération, qui reste soumise à certaines approbations, notamment des autorités de la concurrence, devrait être finalisée au printemps 2020.

Des opérations d’une valeur de 650 M$ ont d’ores et déjà réalisées au cours du 3e trimestre 2019 et des cessions pour 210 M$ sont en cours de réalisation. Le produit de ces opérations est prioritairement affecté au remboursement du crédit d’acquisition de CEVA Logistics, d’ores et déjà réduit de 200 M$ ».

Outre ces opérations, le groupe français escompte tirer 93 M$ de l’abandon des 50 % qu’il détient dans une plateforme logistique en Inde. Il devrait en outre recueillir 100 M$ du relèvement du programme de titrisation des créances clients de Ceva Logistics. « En effet, CEVA Logistics a d’ores et déjà sécurisé le renouvellement de son programme de titrisation (Europe, États-Unis et Australie) d’un montant de 450 M$ à l’origine et venant à maturité au printemps prochain ».

Outre sa situation financière, les indicateurs opérationnels sont bons.

Sur le plan opérationnel, le groupe français a amélioré la plupart de ses ratios. Entre juillet et septembre, CMA CGM a réalisé un chiffre d'affaires de 7,6 Md$, en hausse de 25,8 % par rapport au 3e trimestre 2018. Les volumes transportés ont enregistré une hausse de 5,1 % pour atteindre 5,26 MEVP, croissance en partie gonflée par l’intégration de l’armement spécialiste de l’intra-européen Containerships. « Cette croissance provient principalement des activités shortsea, fait valoir le communiqué du groupe, et d'un effort de rééquilibrage de nos trades pour contribuer à réduire nos coûts d'exploitation ».

CMA CGM présente un meilleur profil opérationnel. La mise en œuvre de son programme d’économies de coûts porte ses fruits. « Les dépenses opérationnelles unitaires ont été réduites de 25 dollars par EVP au 3e trimestre par rapport au 2e trimestre 2019 et de 89 $/ EVP par rapport au 3e trimestre 2018 ».

L'Ebitda a atteint 1,011 Md$ mais, à normes comptables comparables (IFRS 16) et hors Ceva (respectivement 486,3 et 141,4 M$), il s’élève 384 M$. La marge opérationnelle suit (+ 13,3 % p/r au 3e trimestre 2018). Le résultat net de l’activité transport maritime – 158,9 M$ – est également faussé par les impacts IFRS et Ceva : il s’élèverait, sans cela, à 45,4 M$, toujours en zone positive, après deux pertes trimestrielles mais en forte baisse en année glissante. Il s’établissait à 103,1 M€ à la fin du 3e trimestre 2018.

Adeline Descamps

 

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