Selon des médias iraniens, les Gardiens de la révolution islamique auraient saisi un pétrolier étranger le 31 juillet. Motif invoqué en confondante similitude avec les événements précédents : contrebande de carburant présumé. La Grande-Bretagne se joint à la mission américaine de patrouille dans le détroit d'Ormuz.

C'est le 3e navire pris en otage en quelques semaines de l'escalade des tensions entre Washington et Tehéran qui n'en finit plus de mettre le détroit d'Ormuz et les régions du Golfe sous pression. Le navire en question cette fois, dont l'identité n'est pas encore connue mais qui serait un pétrolier irakien, a fait l'objet d'une saisie mercredi 31 juillet (mais annoncé ces dernières heures) parce qu'il aurait « fait passer du carburant en contrebande vers certains pays arabes ». C'est du moins ce que soutient un communiqué des Gardiens de la Révolution, armée idéologique du régime, diffusé par l'agence officielle Irna. Toujours selon cette source, le navire transportait 700 000 litres de produits liquides et naviguait au large de l'île de Farsi quand il a été araisonné. Sept membres d'équipage de diverses nationalités ont en outre été arrêtés. Le navire a été transféré vers le port de Bouchehr.

Cet événement survient alors que ces dernières semaines, d'autres ont fait l'objet de mesures similaires. Une situation qui se dégrade depuis que Gibraltar et le Royaume-Uni ont arrêté début juillet le pétrolier iranien Grace 1, accusé d'avoir fourni du pétrole brut à la Syrie, contrevant ainsi à des sanctions européennes. 

Le Riah, un navire-citerne battant pavillon panaméen, avait en effet été araisonné le 14 juillet près de l'île de Larak pour contrebande présumée de carburant. Le Stena Impero, saisi le 19 juillet, aurait été, selon les autorités iraniennes, impliqué dans une collision, ce que le propriétaire du navire, Stena Bulk, a toujours nié. 

Mais bien avant cela, en juin et mai derniers, les tensions dans le Golfe s'étaient ravivées suite à des attaques et des sabotages contre des pétroliers dans le Golfe, imputés par Washington à Téhéran qui a toujours démenti toute implication.

Levée de boucliers des associations du shipping

Des incohérences persistent quant à l'identité du dernier navire. Il est question d'un pétrolier irakien alors que les images diffusées par les médias d'État montrent un navire de services. L'Iran retiendrait actuellement 33 marins, si bien que des organisations maritimes  – l'Association des armateurs de la Communauté européenne (ECSA), la Chambre internationale de la marine marchande (ICS) ou encore l'Association des armateurs asiatiques (ASA) – ont publié une déclaration commune, dans laquelle elles appellent à une solution diplomatique pour restaurer la liberté de navigation.

« La liberté de navigation est vitale pour le commerce mondial et constitue un principe fondamental du droit maritime international. Les gens de mer et les navires doivent être autorisés à opérer en toute sécurité, et il n'est tout simplement pas acceptable qu'ils soient utilisés de quelque manière que ce soit comme comptoirs de négociation »,  a déclaré Guy Platten, Secrétaire général du l'ICS.

« Le détroit d'Ormuz est une route importante pour les navires marchands européens et nous demandons instamment aux États membres de l'UE de collaborer avec les autorités iraniennes pour désamorcer la situation afin de sauvegarder ce passage vital », a plaidé Martin Dorsman, secrétaire général de l'ECSA.

La Grande-Bretagne rejoint la mission américaine de patrouille 

Sans sortir de l'accord de Vienne conclu en 2015 entre l'Iran et le groupe des Six (Chine, États-Unis, France, Grande-Bretagne, Russie et Allemagne) en vertu duquel la République islamique renonçait à tout programme nucléaire en contrepartie de la levée des sanctions internationales, le nouveau Premier ministre Boris Johnson a annoncé le 5 août sa participation à la mission navale de sécurisation des eaux du Golfe, initiative des États-Unis, visant à protéger la navigation commerciale dans le détroit d'Ormuz, et dont les modalités opérationnelles ne sont pas complétement finalisées. Les deux bâtiments de la Royal Navy, le destroyer HMS Duncan et la frégate HMS Montrose, seraient mis au service de cette mission. « Le Royaume-Uni est déterminé à faire en sorte que ses navires soient protégés contre les menaces illégales et c'est pour cette raison que nous avons rejoint aujourd'hui la nouvelle mission de sécurité maritime dans le Golfe. Le respect du droit maritime international et de la liberté de passage est dans notre intérêt à tous », a justifié le ministre britannique de la Défense, Ben Wallace, dans un déclaration officielle ce 5 août.

L'idée que chaque pays y escorte militairement ses navires avec le soutien de l'armée américaine qui assurerait la surveillance aérienne et le commandement des opérations peine encore à convaincre. L'Australie a aussi adhéré. En revanche, les Européens ont décliné l'offre, insistant sur la nécessité de respecter les avantages économiques de l'accord de Vienne mais aussi pour l'Iran d'empêcher l'escalade régionale. Téhéran, en réaction à la décision américain, ne respecte plus les engagements auxquels le pays a souscrit dans le cadre de l'accord quant au « plafond » d'uranium. Le Quai d'Orsay fait savoir que le sujet sera au menu des discussions entre les présidents français et russe, Emmanuel Macron et Vladimir Poutine, le 19 août à Brégançon, en anticipation du G7 à Biarritz.

A.D.