Gratuité des péages, réduction des horaires, fermeture des petits canaux : face à l’épidémie de Covid-19, le transport fluvial s’organise pour tenir dans la durée et assurer les trafics en toute sécurité. Depuis le 1er avril, les écluses du Rhin supérieur, fleuve le plus fréquenté d’Europe pour le transport fluvial de marchandises​, sont fermées la nuit.

Alors que la navigation 24h/24 est la règle sur le Rhin, la Commission centrale pour la navigation a annoncé le 31 mars la fermeture des écluses du Rhin supérieur à compter du 1er avril. Cette décision, qui concerne toute la portion du Rhin frontalier franco-allemand, interdit le passage des bateaux entre 21 heures et 5 heures du matin. L’organisation internationale qui réglemente la navigation sur le Rhin précise que « les éclusages nocturnes reprendront dès que les mesures de protection particulières pour le personnel ne seront plus nécessaires et les effectifs à nouveau disponibles et en nombre suffisant ». Et de préciser : « Ces mesures sont prises pour protéger la santé des employés et pour préserver les capacités opérationnelles des exploitants pendant toute la durée de la crise. »

Tenir et assurer l’exploitation du réseau tant que durera l’épidémie, tel est aussi l’objectif de VNF, qui a annoncé la fermeture de la navigation sur les canaux de petit gabarit et réduit à dix heures par jour l’amplitude horaire des écluses sur les voies à grand gabarit comme la Seine, par exemple. « Cela permet de faire passer plus de 90 % du trafic qui existait avant le confinement », précise Thierry Guimbaud, directeur général de VNF. « Or, depuis quelques jours, le trafic diminue. Sur la Seine, tout le trafic lié au secteur du BTP est en train de s’arrêter. Les produits de première nécessité utilisent assez peu la voie fluviale, mais la demande reste forte pour les transports de céréales. Pour les conteneurs, la situation est difficile notamment sur l’axe Seine du fait de la saturation du terminal de Gennevilliers, avec des conteneurs pleins, importés mais non essentiels, ainsi que des vides en attente de retour. »

Boîtes vides qui s'accumulent

« Le terminal n’est pas encore saturé », tempère Alain O’Jeanson, directeur général de Paris Terminal, qui gère le site de Gennevilliers. « Mais beaucoup de boîtes n’ont pas pu retourner vers l’Asie ces dernières semaines du fait d’une activité quasi à l’arrêt en Chine, alors que ces conteneurs vides y sont aujourd’hui attendus.» Avant ces annulations d’escales, l’activité des ports français avait aussi été perturbée cet hiver par les grèves et une série de tempêtes. « Cela n’a pas facilité le retour des boîtes vides vers l’Asie, qui se fait habituellement avant la reprise d’activité qui suit le Nouvel An chinois. Les crues de l’hiver ont aussi reporté sur Gennevilliers les trafics qui utilisent habituellement les autres terminaux du bassin de la Seine. Nous avons jusqu’à présent surtout été impactés par la crise sanitaire en Chine », explique le dirigeant, qui perçoit déjà les effets de la situation en France. Des camions qui devaient livrer des conteneurs depuis Gennevilliers ont été refoulés d’entrepôts dont le personnel était absent. « Nous constatons la reprise d’un petit mouvement de conteneurs vides vers Le Havre et Rouen. L’activité redémarrant en Chine, nous avons trois à quatre semaines de délai avant que les navires arrivent dans nos ports. »

Gratuité des péages fluviaux

VNF indique que le dispositif mis en place s’adaptera à l’évolution de la situation avec, par exemple, des possibilités d’ouverture d’écluses à la demande. L’essentiel, pour l’établissement public, a été de mettre en sécurité ses agents afin d’assurer, quelle que soit la durée du confinement, la continuité de l’exploitation : pour la navigation d’une part, mais aussi pour la gestion hydraulique, VNF jouant un rôle majeur dans la réponse aux crues qui peuvent survenir à tout moment.

Deux bonnes nouvelles cependant pour le transport fluvial en cette période de crue. D’une part, la gratuité des péages pour le transport fluvial de marchandises, décidée par VNF pour toute la durée de la phase 3 de l’épidémie. D’autre part, la reprise de la navigation sur le Rhône. Le passage des bateaux y était interrompu depuis le 18 février 2020 sur une portion de 10 km, suite à un accident à l’écluse de Sablons en Isère. Les éclusages ont pu reprendre le 28 mars, mais cela ne signifie pas pour autant un retour à la normale. Pour le transport fluvial de conteneurs, l’opérateur Greenmodal prévoit que le trafic atteindra dans les jours à venir les deux tiers de son niveau habituel. Soit le ratio d’activité qu’il connaît déjà aujourd'hui sur la Seine.

Étienne Berrier