©Port de Hambourg - Dietmar Hasenpusch

 

Malgré une progression de 4 % du volume transporté, les résultats financiers du transporteur allemand accusent un grand coup de faiblesse par rapport à l’an dernier. Hapag-Lloyd maintient néanmoins néanmoins ses prévisions de résultats pour 2020. Un optimisme assumé et justifié par la bonne tenue des tarifs de fret. La crise sanitaire et économique devrait cependant peser sur ses activités au second trimestre.

Au premier trimestre, la pandémie de Covid-19 n’a eu que peu d'impact sur l’activité de l’armateur hambourgeois. Le nombre de conteneurs transportés a même augmenté de 4,2 % par rapport au premier trimestre 2019 pour atteindre 3,05 MEVP, selon les données délivrées par le transporteur le 15 mai dernier. Ce qui incite Rolf Habben Jansen, son directeur général, à se montrer satisfait de ce début d’année 2020 : « Malgré la pandémie de coronavirus, nous avons bien commencé l'année. Des volumes de transport plus élevés et de meilleurs tarifs de fret ont stimulé nos revenus. »

D’un an sur l’autre, le taux de fret a en effet progressé de 1,4 % et s’est établi à 1 094 $/EVP pour ce premier trimestre. Mais les résultats financiers sont cependant bien moins satisfaisants que l’an dernier. Si le chiffre d’affaires augmente bien de 9,1 % pour atteindre 3,3 Md€, le bénéfice avant intérêts, impôts, dépréciation et amortissement (Ebitda) affiche quant à lui une baisse de 4 %, à 469 M€. Le bénéfice avant intérêts et impôts (Ebit) est en chute de 25,2 % (à 160 M€) par rapport au premier trimestre 2019. Le résultat net du groupe, quant à lui, reste positif, mais se trouve réduit à 25 M€, inférieur de 74 % à celui de l’an dernier (92 M€)

Yoyo du carburant

« Le résultat financier est inférieur à celui du premier trimestre de l'année précédente », regrette Rolf Habben Jansen, « car nous avons dû faire face à des prix de soutage plus élevés au 1er janvier, du fait des nouvelles règles OMI 2020, et nous avons eu une importante révision à la baisse des stocks de soute après la chute des prix du pétrole brut à la fin du premier trimestre ». Il met cependant en avant le bon niveau de la trésorerie et du flux de trésorerie disponible. Les revenus de Hapag-Lloyd frappés par des charges exceptionnelles

Les dépenses de transport ont augmenté de près de 10 % au premier trimestre, principalement, selon Hapag-Lloyd, à cause du coût du bunker, le soutage étant passé de 98 à 253 $/t du fait de la réglementation de l’OMI sur les émissions de soufre des carburants. Puis la brusque chute du cours du pétrole survenue au mois de mars dernier a entraîné une perte de valeur de ses stocks de carburant, pour un montant de 58 M€.

Pétrole : double choc de l’offre et de la demande

Sombres nuages sur le deuxième trimestre

Pour l’ensemble de l’année 2020, Hapag-Lloyd maintient ses prévisions de résultats et vise un Ebitda compris entre 1,7 et 2,2 Md€ et un résultat d’exploitation entre 500 M€ et 1 Md€. L’armement allemand précise toutefois que les options hautes de ces estimations sont difficilement atteignables, à moins d’une reprise très forte et très rapide de la demande mondiale de transport. Aussi, ces évaluations ont été établies « sur l’hypothèse que la pandémie atteindra un pic au deuxième trimestre et cédera la place à une reprise progressive de l'économie mondiale au deuxième semestre » et en appliquant les « mesures de réduction des coûts prévues. »

Hapag-Lloyd s’attend à ce que la pandémie marque plus fortement son activité à partir du deuxième trimestre 2020. La direction a annonce avoir entamé, pour préserver sa rentabilité, un programme d’économies de coûts pour un montant total de plusieurs centaines de millions d’euros.

Étienne Berrier

Le cours de l'action Hapag-Lloyd explose

Alors que le cours des actions des principales compagnies de transport par conteneurs a chuté de 19 % en moyenne au cours de l'année dernière en raison de l'impact de la pandémie, le cours de l'action de Hapag-Lloyd a augmenté de 630 % le 15 mai, portant la capitalisation boursière de la société à 34,6 Md$, soit plus que l'évaluation boursière cumulée des neuf plus grandes compagnies de transport par conteneurs cotées en bourse. Le ratio cours/valeur comptable de Hapag-Lloyd était de 4,7 fois, alors que la moyenne du secteur n'est que de 0,8 fois.

Les deux actionnaires principaux – les sociétés contrôlées par Klaus-Michael Kühne Klaus-Michael Kühne et la compagnie chilienne CSAV – n’ont de cesse que de se faire la course à la prise de parts au capital ces derniers mois en augmentant successivement leur participation dans Hapag-Lloyd, la part du premier passant de 19 à 30 % et celle de CSAV de 25,5 à 30 %, selon la dernière liste des actionnaires à la fin mars 2020. Plane toujours le doute quant à une éventuelle mesentente entre les deux investisseurs qui, pour s'entendre avec la ville de Hambourg (13,9 % des parts), avaient formé un bloc, tenus tous deux de voter à l'unanimité lors des assemblées des actionnaires de Hapag-Lloyd.

A.D.

Klaus-Michael Kühne a encore augmenté sa participation dans Hapag-LLoyd

CSAV devient l'actionnaire majoritaire de Hapag-LLoyd