©Eric Houri

 

Comme prévu, l’Assemblée générale d’Armateurs de France a élu, le 7 avril, Jean-Emmanuel Sauvée à sa présidence pour un mandat de 2 ans. L’organisation professionnelle ouvre une nouvelle page de son histoire avec le président de la compagnie de croisière Ponant.

Difficile d’établir un plan du match quand le poteau du but ne cesse de bouger. À chaque président ses aléas de force majeure à gérer. Jean-Marc Roué, qui vient d’achever deux mandats et trois ans à la tête d’AdF a marché sur du sable mouvant avec le Brexit. Jean-Emmanuel Sauvée, qui vient de lui succéder, démarre son mandat avec un tsunami sanitaire, capable en quelques semaines de balayer sur son passage, à une vitesse inouïe, des populations, d’attaquer des dogmes économiques et d’embarquer des pays dans la récession. Le président de Brittany Ferries, qui hérite du siège dévolu au président sortant au sein du bureau* (et occupé précédemment par Gildas Maire, directeur général de Louis Dreyfus armateurs), a terminé son mandat sur une demande en forme de tribune d’un « plan Marshall en faveur du shipping ». Le président de Ponant aura à charge d’orchestrer l’après « grande dépression » d’un pavillon français incarné par quelques rares grands armateurs (LDA, CMA CGM...).

« L’action du nouveau président s’inscrit dans la continuité des démarches entreprises par ses prédécesseurs », indique dans un communiqué l’organisation professionnelle représentant les intérêts des armements. Jean-Marc Roué avait en grande partie orienté les actions du syndicat sur la compétitivité des compagnies françaises, d’ailleurs posée comme condition préalable à un shipping plus vert et plus responsable à tout point de vue. Les premiers mots du nouveau président sont allés dans ce sens : « Depuis plus de 30 ans, mes prédécesseurs ont réussi, à force de persévérance, à maintenir à flot notre industrie grâce à un dispositif, construit par étape, qui est devenu extrêmement efficace et qu’il faut absolument pérenniser, avec le soutien de nos pouvoirs publics et notre administration des affaires maritimes. C’est pour notre pays un enjeu majeur que de s’assurer d’une flotte de commerce durable ».

Le marin, d’abord

Révélateur, néanmoins pas surprenant de la part de l’ancien officier sorti de l’École Nationale de la Marine Marchande en 1986, le nouveau président a replacé l’église au cœur du village : les gens de mer comme les maillons essentiels de la chaîne de transport. Il n’est pas vain de le rappeler à l’heure où la relève des équipages est rendue problématique par des mesures de confinement et des restrictions réglementaires prises par les États du port. 
Dans cette circonstance [crise du coronavirus, NDLR] je tiens à saluer nos marins qui font, encore une fois, preuve d’un courage et d’un engagement sans faille et contribuent, contre vents et marées, à fournir aux populations marchandises et services indispensables », indique-t-il.

Qui est Jean-Emmanuel Sauvée ?

Après un parcours en tant qu’officier sur les navires de Brittany Ferries, Bourbon Offshore puis CMA CGM, Jean-Emmanuel Sauvée a créé, avec « des petits gars de la marine marchande en mal d’embarquement », une compagnie de croisière sous pavillon français et qui reste atypique dans le paysage des croisières. Parce que le concept est en contre-pied de l’industrialisation de la croisière. Fondée en 1988, la société marseillaise, filiale d’Artémis, holding familiale de la famille Pinault depuis 2015, est devenue LA spécialiste des expéditions polaires et de la croisière 5* au moyen d’une flotte hyper sophistiquée (12 navires d’ici 2021), dessinée par un ancien désigner de Ferrari, et d’un marketing raisonné.

Ponant s’est toujours présentée comme la seule compagnie au monde avec un drapeau français qui flotte. Tout  y est bleu, blanc, rouge : des équipages jusqu'aux arts de la table, la gastronomie de tradition et la clientèle puisque la France est son marché source historique. Grâce à des navires de petite taille et aussi vertueux que le permettent aujourd’hui les technologies (GNL, VLSF...), elle propose des itinéraires ciselés pour aller là « où les autres ne vont pas » (arctique, antarctique, tropiques…) selon le claim de l’entreprise.

Ponant, au GNL

En août 2019, Ponant a acquis l’armateur américain Paul Gauguin, spécialiste de la navigation en Polynésie française et dans le Pacifique sud, pour lequel elle a commandé deux nouveaux navires, dérivés de ses yachts d’expédidtion Explorers. « Pour la première fois dans le monde de la croisière, ces deux nouveaux navires vont couper leurs moteurs et cesser toutes les émissions chaque jour pendant chaque escale, pendant près de dix heures par jour », expliquait alors la compagnie.

Ponant attend par ailleurs le premier paquebot brise-glace hybride électrique, au GNL. Le Commandant Charcot sera livré en 2021 par Vard, chantier auquel l’armateur est toujours resté fidèle.

Adeline Descamps

* La composition du bureau sera connue, après adoption par le prochain comex qui se tiendra en juin. Le comex compte vingt armateurs.

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