Le fonds d'investissement public Temasek Holdings, détenu par l'État singapourien, met 2,94 Md$ pour prendre le contrôle de Keppel. L'opération pourrait accélérer la fusion entre deux grandes unités de l'offshore.

Pour mettre la main sur sa compatriote, Temasek (78,5 milliards de dollars américains de revenus, 226 Md$ d'actifs en 2018), qui détient actuellement 20,45 % de Keppel, a fait une offre partielle, par l'intermédiaire de sa filiale Kyanite Investment Holdings, pour acquérir 30,55 % supplémentaires de Keppel. L'opération se traduirait par une prise de contrôle, à 51 %, moyennant un investissement près de 3 Md$.

« L'offre partielle reflète notre conviction. Il y a une valeur inhérente à long terme dans les activités de Keppel, malgré les défis présentés par les perspectives commerciales et économiques actuelles », a déclaré Tan Chong Lee, président de Temasek International, dans un communiqué.

Une fois l'opération conclue, la société d’investissement de l’État singapourien a l'intention de maintenir Keppel à la Singapour Exchange et prévoit d'auditer le portefeuille du conglomérat singapourien, né en 1968 à partir d'un chantier naval situé à Tanjong Pagar (port de Keppel à Singapour) et qui compte aujourd'hui des entreprises spécialisées dans les activités offshore et maritime (Keppel Offshore & Marine, l'un des leaders mondiaux dans l'installation de plates-formes pétrolières), l'immobilier, les infrastructures, la gestion d'actifs, etc. 

Rapprochement entre deux rivaux historiques 

En difficulté, le groupe est en train de se restructurer et de se désinvestir de certaines activités pour « recycler son capital ». Il a encore enregistré une baisse de 30 % de son bénéfice net à l'issue du 3e trimestre de cette année, à 117 M$. Dernièrement, il a cédé à Sinoway Shipping, une filiale du Chinois Sinotrans la totalité de ses actifs logistiques (en partie portuaires) pour 28 M$. Keppel a annoncé ces derniers jours la nomination de trois administrateurs indépendants à son conseil d'administration, dont SS Teo, le PDG de Pacific International Lines (PIL).

Au regard des participations du fonds d'investissement public, les analystes relèvent notamment que l'opération d'acquisition pourrait accélérer un rapprochement entre Keppel Offshore et son rival historique, Sembcorp Marine, Temasek étant un un actionnaire de ce dernier. L'entreprise, également basée à Singapour, n'est pas épargnée non plus par le ralentissement des projets offshore au niveau mondial. L'an dernier, elle déclarait une perte nette de 74,1 M$. À l'occasion de la présentation de ses résultats annuels en février, elle annonçait qu'elle allait fermer, quatre ans avant la date prévue, la fermeture de son chantier naval de Tanjong Kling, une installation de 49 ha dotée de deux cales sèches, dont l'une fait partie de celles en mesure de traiter des ULCC au niveau mondial. En juin, elle se voyait accorder un prêt de 1,5 Md$ sur cinq ans par son actionnaire majoritaire, Sembcorp Industries, de façon à consolider son assise financière et restaurer sa trésorerie.

Les marchés n'ont pas tardé à réagir. À l'annonce de l'offre par Temasek, le cours de l'action de Sembcorp Marine a grimpé de plus de 11 % et celui de la société mère Sembcorp Industries a également profité en enregistrant un bond de près de 10 %, non sans surprendre les initiés. 

Adeline Descamps