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L’armateur allemand a décidément l’actionnariat mouvant. À la manoeuvre, les sociétés contrôlées par Klaus-Michael Kühne et la compagnie maritime chilienne CSAV s’échangent les deux premières places dans le pacte d’actionnaires. Les agissements au sein du capital de la compagnie allemande interrogent en ces temps troublés...

La part du flottant se dilue de plus en plus dans le capital d’Hapag-Lloyd. Et l’actionnariat, lui, reste extrêmement mouvant. Il donne le mal de mer à ceux qui observent depuis près de deux ans les mouvements récurrents au sein du capital du n° 5 mondial du transport maritime de conteneurs. Deux ans qu’un semblant de lutte de pouvoir s’exerce entre les deux actionnaires de référence, le milliardaire Klaus-Michael Kühne et la famille Luksic, qui contrôle la compagnie chilienne. Tous deux ont significativement augmenté leur participation. Ou, du moins, Kühne Maritime, la société qui détient les actions de Klaus-Michael Kühne, a procédé à une montée progressive au capital. Cela a engendré mécaniquement une réduction de la part en bourse, si bien qu’en juin 2019, la compagnie devait se retirer de l'indice allemand Dax, qui cote les valeurs de petite capitalisation, le transporteur étant passé sous le seuil des 10 % nécessaires.

Manifestement, la course pour être l’actionnaire majoritaire a retrouvé de la vigueur. Cela se joue à quelques pourcentages de parts. Le 31 mars, Klaus-Michael Kühne a accru sa participation, par le biais de Kühne Maritime, pour la porter à 30 %. Le capital se partage désormais entre Kühne (30 %), la compagnie chilienne CSAV (30 %) la Ville de Hambourg (13,9 %), Qatar Investment Authority, via sa filiale Qartar Holding LLC ainsi que le fonds souverain de l'Arabie Saoudite, ces deux derniers actionnaires détenant conjointement 22,5 % de l’ensemble.

« Notre engagement s’inscrit dans du long terme. Il souligne notre confiance dans Hapag-Lloyd, même en temps de crise » a déclaré Karl Gernandt, directeur de Kühne Holding AG. Au-delà des éléments de langage de la société, les agissements, qui animent en tout cas la place hambourgeoise, interrogent dans un contexte où le transporteur allemand cherche certes à réduire le coût de sa dette financière, qui s'élève à 6,3 Md$, et dans un environnement de marché profondément dégradé même si Hapag-Lloyd contient plutôt mieux que ses homologues ses ratios financiers.

Chemin faisant...

On rembobine. En juin 2019, à l’issue de son assemblée générale, le n° 5 mondial du transport maritime de conteneurs annonçait que ses deux principaux actionnaires, CSAV et Klaus Michael Kühne, allaient augmenter leurs participations respectives dans la société par rachat d’actions. Celle de CSAV est alors passée de 25,8 % à 27,3 %, celle de Kühne de 25 % à 25,5 %, sans que la répartition du capital de la compagnie maritime allemande en soit modifiée, si ce n’est à nouveau dans la réduction de la part flottante.

Fin janvier, nouveau mouvement. La compagnie maritime chilienne CSAV reprend le lead en portant sa participation à 30 % après avoir acquis des actions de Qatar Holdings, cette dernière réduisant sa participation de 14,5 % à 12,3 %. Une opération à 330 M$, financée par un prêt auprès de son actionnaire majoritaire Quiñenco S.A et justifiée auprès des détenteurs de son capital par une stratégie visant à se désengager de certains activités de transport, comme le ro-ro, pour se concentrer sur le conteneur. « C’​est un nouvel exemple de notre engagement à long terme envers Hapag-Lloyd », avait alors commenté le directeur général de CSAV, Oscar Hasbun, réitérant sa confiance dans « la stabilité que la société a donnée à notre pacte d'actionnaires avec Kühne Maritime et la ville de Hambourg ».

Objectif inavoué

Pour mémoire, Hapag-Lloyd avait intégré l’activité conteneurisée de CSAV en 2015, se hissant alors dans le top 4 mondial du transport maritime de conteneurs. Le rapprochement s’était accompagné d’un renforcement du capital d’Hapag-Lloyd et avait fait de la Chilienne l’actionnaire principal avec une part de 34 % à l’époque, aux côtés de HGV (23,2 %), Kühne Maritime (20,8 %), TUI (13,9 %), Signal Iduna (3,3 %), HSH Nordbank (1,8 %), MM Warburg (1,8 %) et Hanse Merkur (1,1 %). CSAV, HGV et Kühne Maritime avaient convenu de rassembler 51 % des parts pour être en mesure de contrôler ensemblela compagnie. Qatar Holdings était devenu, lui, un actionnaire de Hapag-Lloyd, avec le fonds d’investissement public saoudien, lorsqu’il avait vendu UASC à Hapag-Lloyd en 2017.

En août de la même année, une fièvre – inexpliquée et inexplicable – s’empare de l’action du transporteur allemand en pleine torpeur estivale, sa valeur comptable s’envolant bien au-delà de la moyenne des 12 compagnies maritimes cotées.

Ceux qui ont de la mémoire rappellent que Klaus-Michael Kühne a dû déjouer, par le passé, quelques tentatives d'OPA ou assimilées. La structure même de son actionnariat actuel est l’héritage de quelques soubresauts de son histoire et d'une opération de sauvetage de la ville de Hambourg au lendemain de la crise financière de 2008. La compagnie a aussi été considérée, dans une période plus récente, comme un candidat potentiel à une fusion avec ONE, partenaire de THE Alliance. D’autres questionnent les intentions de la chilienne. 

La bourse a réagi favorablement, l’action du transporteur allemand clôturant la journée du 31 mars avec une hausse de 8,5 % avant de perdre plus de 5 % le lendemain. La capitalisation boursière atteint 12,51 Md€. Avec une capacité conteneurisée de 1,76 MEVP et 7,4 % de parts de marché, Hapag-LLoyd est classé par Alphaliner au 5e rang mondial. La compagnie opère 251 porte-conteneurs, dont 112 en propriété.

Adeline DESCAMPS

 

 

 

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