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Pour être en mesure de doubler la part modale du ferroviaire d’ici 2030, la filière française demande un plan de soutien immédiat, mais aussi que soit élaboré un programme massif d’investissement dans le réseau ferré.

Coalition 4F, comme « fret ferroviaire français du futur ». C’est sous cette appellation que les principaux acteurs français du rail se sont présentés le 25 juin 2020. Transporteurs ferroviaires, opérateurs du combiné, prestataires, associations professionnelles et SNCF Réseau, toute la filière ferroviaire s’est rassemblée sous cette bannière avec un objectif commun : doubler la part modale du rail (9 % aujourd’hui) dans le transport de marchandises en dix ans. Il s’agit, explique la coalition 4F, d’un « projet d’avenir au service de l’ensemble des acteurs du transport et d’une logistique verte s’appuyant sur les complémentarités entre les différents modes rail-route-fleuve-mer ». Prendre la logistique de bout en bout comme un ensemble implique en effet de s’intéresser à tous les modes avec, s’agissant du transport combiné ferroviaire, un objectif encore plus ambitieux puisqu’il s’agit de tripler les volumes.

La filière ferroviaire travaille sur ce projet depuis janvier. « Nous avons été aidés par le contexte politique, la loi LOM prévoyant de bâtir un plan fret avant la fin de l’année. Il a été présenté hier au ministre qui a dit vouloir le soutenir », explique Pascal Sainson, président d’Europorte.

Des aides publiques contre un engagement de triplement des trafics

Projet de long terme, le programme présenté par la coalition 4F n’est pas un plan de relance post-confinement. Les entreprises ferroviaires, qui estiment que la filière a perdu 67 M€ lors des grèves de l’hiver et 200 M€ pendant le confinement, demandent pourtant à l’État des aides directes. En particulier pour le combiné ferroviaire, en contrepartie de l’engagement de triplement des trafics en dix ans. « Il faut augmenter l’aide à la pince pour favoriser le report modal et permettre au combiné d’atteindre la compétitivité de la route », plaide Delphine André, présidente du groupe routier Charles André, qui possède Novatrans et Greenmodal. Elle demande aussi « des sillons pour circuler de façon fiable et rapide, alors que les temps de trajet ont augmenté de 20 % ces dernières années, des travaux plus rapides et programmés à l’avance pour pouvoir prévenir les clients, la possibilité d’allonger les trains pour les rendre plus compétitifs et des facilités pour créer de nouvelles plateformes combiné » dont la localisation et le coût feraient l’objet d’une attention particulière.

Un effort annuel de 200 M€

La profession souhaite que soit triplée l’enveloppe annuelle de l’aide à la pince, actuellement de 27 M€ par an. Des aides pour le wagon isolé sont aussi demandées, ainsi que des réductions de péage pour soutenir le rail, à l’exemple de l’Allemagne où les péages ferroviaires ont été divisés par deux en 2018. Ces trois mesures cumulées représentent un effort annuel de 200 M€.

À ces mesures immédiates, 4F en ajoute d’autres, selon deux temporalités, l’une jusqu’en 2024, l’autre à horizon 2025 - 2030. Pour la première échéance, la coalition considère que la régénération du réseau doit se faire selon un rythme et avec un budget supérieur à celui actuellement prévu par SNCF Réseau et insiste sur la rénovation des triages, des voies de service et des capillaires, ainsi que sur le lancement d’études pour anticiper les futurs investissements.

Pour économiser 1,5 Md€ par an

À moyen terme, elle appelle à un programme de grands travaux avec financement européen : adaptation des ouvrages pour obtenir la hauteur nécessaire au passage des remorques routières embarquées sur wagon, adaptation des voies à une plus grande longueur des trains et surtout création de contournements ferroviaires fret pour les grandes métropoles comme Paris, Lyon et Lille. Soit un investissement de 12 Md€ sur dix ans. En regard de ce montant, 4F souligne la contribution du fret ferroviaire à la cause environnementale. « Pour la première fois, on a fait chiffrer par des économistes les externalités négatives qui peuvent être évitées grâce au doublement de la part modale du rail : si l’on tient compte de la pollution, de la congestion et des émissions de CO2, le rail peut faire économiser 1,5 Md€ par an dès 2030 », détaille Frédéric Delorme, président de Fret SNCF.

Étienne Berrier

 

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