Tête de série du navire hauturier @SNSM

 

La Société nationale des sauveteurs en mer a signé le 17 octobre avec Couach le contrat de conception et de réalisation pour le renouvellement d’une partie de sa flotte. Incarnation d’une nouvelle stratégie d’acquisition.

Depuis la mi-juillet, le chantier naval installé sur le bassin d’Arcachon Couach était en négociation exclusive avec la SNSM. L’offre du chantier girondin avait été alors choisie par la SNSM au détriment de celle du groupe Grand large yachting, dernière encore en lice. En décidant d’avoir recours à un maître d’œuvre d’ensemble unique (MOE), couvrant l’architecture navale, la conception, la réalisation, les essais, le support en vue du maintien en condition opérationnelle, pour tous les navires de la gamme et avec obligation de résultats, l’association de sauvetage modifiait sensiblement sa stratégie d’acquisition.

Nouvelle étape franchie ce 17 octobre. La Société nationale des sauveteurs en mer a signé avec l’entreprise girondine le contrat de conception et de réalisation pour le renouvellement d’une partie de sa flotte, dont le besoin à 10 ans porterait sur près de 140 navires pour un montant avoisinant les 100 M€. Si les sauveteurs disposent de 800 embarcations, dont 450 effectivement utilisables pour les sauvetages, 45 % d’entre elles ont plus de 20 ans d’âge et 15 % plus de 30 ans.

Le contrat, qui vient d’être signé, porte sur une première tranche, ferme, de l'ordre de 25 M€ pour 35 bateaux sur cinq ans. L’accord comprend aussi une option pour  le même nombre de navires, même montant, également sur cinq ans. Dans la mesure des financements de la SNSM, association indépendante essentiellement financée par des legs et basée sur le bénévolat.

Deux catégories et 5 modèles

La nouvelle flotte sera structurée autour de deux catégories et 5 modèles, pensée pour une couverture d’intervention de sauvetage « de la dune au large » : les navires de sauvetage hauturiers (NSH1 et NHS2, de 17,5 et 14 m, respectivement), aux capacités importantes pour intervenir par gros temps, et les navires de sauvetage côtiers (NSC1, NSC2 NSC3 de 11,75, 8,70 et 6,42 m), unités plus légères destinées à intervenir, de façon très réactive et à grande vitesse, de préférence dans la bande des dix nautiques.

Les navires têtes de série seront livrés en début d’année 2021 pour le premier modèle hauturier, un mois plus tard pour le premier modèle côtier et deux mois plus tard le second modèle hauturier. Les navires seront produits sur le même site, à Gujan et devraient mobiliser 25 personnes par mois et par navire. Le cabinet d'architecture navale Barreau-Neuman, la société Z-Nautic et sa marque AKA pour les navires semi-rigides et Numeca et le bureau d'étude CFD (simulation numérique mécanique des fluides) ont été associés au process.

Pour chaque navire tête de série, des essais technico-opérationnels seront menés pendant trois mois par la SNSM afin de qualifier chacun des modèles avant le lancement de la fabrication série des navires.

Process de conception inédit

Le maître d'ouvrage insiste également sur le process de conception, « qui a représenté cinq ans de travail » et a associé, au sein d’un groupe de travail pluridisciplinaire, des sauveteurs issus des stations de sauvetage et des Centres de formation et d’Intervention (CFI). Ils ont planché sur la spécification de la flotte de sauvetage sur la base d’une « analyse fine des interventions réalisées et de l’évolution de l’accidentologie selon les zones géographiques, la diversité des zones et conditions d'intervention… », indique l'association

Il en est ressorti la définition d’une gamme plus cohérente et plus efficiente, ayant en commun un faible tirant d’eau et garantissant une tenue à la mer dans de fortes conditions de mer et vent, manœuvrabilité en approche de faibles fonds ou dans des endroits resserrés.

Technologies innovantes

Matériau de coque en composite ou aluminium, système de propulsion avec ligne d’arbre ou hydrojet, propulsion hybride, caméra infrarouge pour la recherche d’homme à la mer de nuit, réalité augmentée à disposition du barreur (projection de données de pilotage sur le pare-brise de la timonerie), panneaux solaires, maintenance prédictive des moteurs, architecture connectée au service des opérations de sauvetage « effaçant en partie la frontière actuelle entre la terre et la mer »… l’ensemble des navires de la gamme est aussi équipé d’un système de récupération avec une « écope » située à l’arrière du navire permettant d’assurer le transfert horizontal du naufragé. Des cuves antiroulis (Open Frahm Tanks) ont été intégrées pour limiter l’impact du roulis à basse vitesse ou à l’arrêt.

La plateforme des navires hauturiers et du premier navire côtier de la gamme est en outre adaptée pour piloter des drones aériens, qui permettront d’élargir le champ de vision ou pour améliorer l’approche d'une zone de navigation complexe (présence de débris, fond de crique etc...) ou disposer des bouées auto-gonflables auprès d'un naufragé à la mer ….

Adeline Descamps