La solution qui embarque sur le MSC Europa réduirait les émissions de gaz à effet de serre d'environ 30 % par rapport à un moteur propulsé au GNL ©MSC

 

La cérémonie des pièces a eu lieu le 29 juin sur les Chantiers de l'Atlantique à Saint-Nazaire lors de la pose de la quille du premier paquebot au GNL de MSC Croisières. Le navire sera équipé d'un démonstrateur de 50 KW intégrant des piles à combustible à oxyde solide alimentées au GNL pour produire de l'électricité et de la chaleur à bord. Une avancée pour la technologie du GNL ?

Une atmosphère particulière pour le moins. La traditionnelle cérémonie, qui vise à aligner les pièces le long de la quille pour éloigner le sort ou bénir le navire selon les versions, s’est déroulée dans un contexte particulier pour la compagnie italo-suisse. Et ce pour des raisons qui tiennent à la fois de l’économique et du politique. Il y a quelques jours, la compagnie de croisière italo-suisse, gravement impactée par la crise du Covid-19, annonçait qu’elle prolongeait encore la suspension de ses opérations jusqu’au 31 juillet. Soit un retour en mer au mieux en août. 

Quant à l’arrière-plan politique, l’événement s’est tenu alors que des bruits médiatiques de plus en plus persistants entourent ce qui est désormais qualifié d’« Affaire Kohler », un présumé conflit d’intérêts en lien avec les relations familiales du secrétaire général de l’Élysée et la famille Aponte, actionnaire unique de MSC. La compagnie italo-suisse aurait conditionné pendant des années ses commandes de paquebots et ses activités portuaires en France aux facilités de crédit et de financement généreusement octroyées par l’État français.

Cela n’a pas dissuadé Zoe Africa Vago, la fille d'Alexa Aponte-Vago et Pierfrancesco Vago, PDG de MSC Croisières, de faire le déplacement dans l’estuaire de la Loire pour vivre l’une des étapes symboliques de la construction du MSC World Europa. La tête de série du type World Class est présentée comme l’un des « navires propulsés au GNL les plus innovants de sa catégorie sur le plan technologique et environnemental ».

Des PAC alimentées en GNL

Long de 333,3 m pour une largeur de 47 m et une hauteur de 68 m, Le MSC Europa (2 632 cabines et suites avec une capacité maximale de 6761 passagers) doit être mis en service en juin 2022. Il sera certes le premier paquebot au GNL construit en France pour MSC mais sa spécificité est ailleurs. Il sera équipé d'un démonstrateur de 50 KW intégrant les piles à combustible à oxyde solide (SOFC) alimentées au GNL pour produire de l'électricité et de la chaleur à bord.

La compagnie de croisière fait valoir que cette solution réduira les émissions de gaz à effet de serre (GES) d'environ 30 % par rapport à un moteur propulsé au GNL. Ce serait alors une avancée car le GNL est considéré comme un carburant de transition précisément pour son faible impact sur le carbone alors qu’il permet d’ « abattre » les oxydes d'azote, de soufre et les particules fines. La solution présente également l'avantage d'être compatible avec d’autres carburants prometteurs, tels que le méthanol, l'ammoniac ou encore l'hydrogène. Le navire sera doté par ailleurs d'un système de traitement des eaux usées de nouvelle génération.

Une histoire de 20 ans 

« Aujourd'hui plus que jamais, ma présence ici, avec mon épouse et mes enfants, témoigne de notre engagement auprès des Chantiers de l'Atlantique. Au cours de ces vingt dernières années, 15 des 17 navires qui composent aujourd'hui la flotte de MSC Croisières y ont été construits. Aujourd'hui, nous sommes fiers de célébrer ensemble une étape supplémentaire de l’engagement de notre entreprise familiale auprès des chantiers, permettant ainsi de contribuer encore davantage au dynamisme du tissu industriel de la région et même, plus globalement, au rayonnement international du savoir-faire français », s’est enflammé Pierfrancesco Vago dans un discours tenu devant les employés du chantier. La construction du navire représente un investissement de plus d’un milliard d’euros et permet de soutenir, a insisté la compagnie italo-suisse, 1 700 emplois à plein temps sur les Chantiers de l’Atlantique. À bon entendeur...

Une commande historique signée en janvier 

L’histoire de MSC et des Chantiers de l’Atlantique est une réalité. Avant que n’émerge l’épidémie en Europe, les deux partenaires avait signé le 20 janvier une méga commande de 10 nouveaux paquebots pour une valeur comprise entre 7 et 8 Md€ et ce, en présence du Premier ministre Édouard Philippe.

Sans doute les termes du contrat ont été ou seront encore revisités. Mais il avait été convenu ce jour historique la conversion en commandes fermes de deux paquebots de la famille World Class, dont le MSC Europa. Il avait également été paraphé un Memorandum of understanding (MoU) pour de nouvelles génération de paquebots, dont un navire plus petit doté d’une propulsion vélique et d’autres technologies vertes. La compagnie le destinait alors à une future compagnie filialisée. Mais c’était avant le Covid.

Après le MSC Grandiosa livré fin 2019, les chantiers de Saint-Nazaire doivent livrer en 2021 le MSC Virtuosa (classe Meraviglia +). Il sera étrenné à l’occasion de la prochaine saison estivale, qui débutera en mars 2021. Les trois navires de classe Seaside (MSC Seaside, MSC Seaview et MSC Seashore) seront également déployés à cette occasion pour la première fois en Méditerranée occidentale.

Dans l’immédiat, MSC envisage donc son retour en mer à partir du mois d’août en Méditerranée avec 13 navires identifiés. En 2021, il devrait opérer avec sa flotte agrandie à 19 unités.  

Adeline Descamps