C’est sans surprise que le Parlement européen a adopté le 10  janvier le rapport de la députée européenne EELV Karima Delli sur les corridors maritimes entre l’Irlande et l’Europe qui seront mis en place à l’issue du Brexit. Au-delà des subventions européennes auxquelles ces routes commerciales de fret donnent accès, la décision européenne permet en outre d'offrir une plus grande visibilité aux compagnies...

Pour rappel, dans l’éventualité d’une absence d’accord entre l’Union européenne et le Royaume-Uni, le Brexit nécessiterait une réorientation des routes maritimes entre l’Irlande et l’Europe continentale car, aujourd’hui, elles passent majoritairement par les ports britanniques. En cas de Brexit sans accord, le Royaume-Uni ne sera donc plus membre du corridor Mer du Nord-Méditerranée, qui sera de fait coupé en deux. Le 1er août 2018, en pleine trêve estivale, la Commission européenne avait chargé l’atmosphère en proposant arbitrairement la desserte de l’Irlande, à partir des ports de Dublin et Cork vers ceux de Zeebruge, d'Anvers et de Rotterdam, excluant d'emblée les ports français des côtes de la Manche et de la mer du Nord, pourtant aujourd'hui les plus proches de l’Irlande, et actuellement leaders sur le trafic transmanche. A la clé, un million de camions qui transiteraient chaque année entre l’Irlande et le Royaume-Uni selon les estimations.

La décision avait extirpé de la torpeur estivale, ports, parlementaires ainsi que le gouvernement français, Élisabeth Borne, la ministre des Transports, en tête. La France demandait alors l’inscription des ports de Calais, du Havre et de Dunkerque au corridor Mer du Nord-Méditerranée et ceux de Brest, Roscoff, Saint-Nazaire, Saint-Malo, Cherbourg, Caen, Le Havre, Rouen, Paris et Boulogne au corridor Atlantique.

Création d'un fonds d'urgence

Dans son rapport visant à « augmenter l’effort européen de préparation au Brexit », présenté début décembre devant la commission Transport qu’elle préside au Parlement européen, Karima Delli, demandait certes la création d’un fonds d’urgence pour aider les ports qui seraient les plus impactés à se préparer à l’éventualité d’une frontière extérieure sur les côtes de la Manche et de la Mer du Nord. Mais elle proposait aussi une nouvelle cohérence d’ensemble dans une Europe à 27. Un schéma dans lequel les ports du Benelux seront branchés à l’Irlande et les ports français du Havre, Dunkerque, Calais viendraient compléter le corridor Mer du Nord-Méditerranée. Elle suggérait aussi de rattacher l’Irlande au continent par un corridor Atlantique en créant des routes maritimes passant par Brest, Roscoff, Cherbourg, Caen, Le Havre, Rouen et Paris.

Le 10 janvier 2019, le Parlement européen s’est donc finalement prononcé en faveur de la (ré)intégration des ports français. Le rapport doit encore suivre un cheminement parlementaire, être validé en séance plénière au Parlement puis par les États membres au Conseil.

Visibilité commerciale 

Au-delà des aspects politiques, les enjeux sont financiers et commerciaux. Car pour bénéficier de subventions européennes via le Mécanisme pour l’interconnexion en Europe (26 Md€ entre 2014-2020), les ports doivent être intégrés aux réseaux transeuropéens de transport. Ces subventions représentent près de 26 Md€ sur la période 2014-2020. Elles devraient être en outre complétés par un fonds d’urgence destiné à combler d’éventuelles pertes de trafic liées aux nouveaux tarifs douaniers et compenser l’augmentation des contrôles douaniers rendus obligatoires par l’instauration d’une nouvelle frontière avec le Royaume-Uni.

Pour autant, en fin d'année, au Sénat, à l'occasion d'un débat sur la compétitivité des ports maritimes français, certains des interlocuteurs semblaient s'alarmer sur un point des financements alloués. « La France doit financer entre 30 et 50 % des 65 M€ qu’elle a obtenus de la Commission fin septembre (dans le cadre du MIE sur une enveloppe réservée au projet de liaisons transfrontalières, NDLR) pour financer des aménagements à Brest, Roscoff, Saint-Malo, Cherbourg et Dieppe. Or, dans le PLF 2019, il n’y aucune ligne à cet effet, s’étonnait Michel Vaspart, sénateur des Côtes d’Armor et président du groupe d'études « Mer et littoral » au Sénat.

Mais être inscrit sur une route commerciale de fret offre aussi aux ports un autre avantage commercial : donner de la visibilité aux compagnies opérant sur le trafic transmanche et la possibilité de choisir librement entre les ports, tout en ayant l’assurance que les ports seront équipés en conséquence.

En cas d'accord sur le Brexit, l'enjeu ne se poserait qu'à partir de 2021, après une période de transition avec statu quo. Or, il est de plus en plus probable que les députés britanniques rejettent dès cette semaine le projet d'accord, négocié pendant de longs mois entre les équipes de Theresa May et celles de l’UE. Ce qui accélérerait la refonte des corridors.

--- A.D ---