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La crise économique provoquée par le Covid 19 retarde sine die plusieurs projets dans les domaines de l’offshore et du GNL. Un coup dur pour les chantiers navals sud-coréens. Les ajournements dans ses deux domaines d’expertise compromettent largement ses objectifs annuels.

Portés par la construction de méthaniers, dont ils détiennent l’expertise technologique, les chantiers sud-coréens s’attendaient à une faste année 2020. Le Covid-19, qui a provoqué l’effondrement des cours du pétrole et de la demande en énergies, a contrarié cette trajectoire. Les entreprises gazières et pétrolières ont soit réduit la voilure, soit temporisé. Ces ajustements pèsent sur l’activité de la construction navale sud-coréenne qui estime désormais les commandes mondiales de méthaniers à 79 unités au lieu des 133 escomptées il y a encore quelques semaines.

Exxon Mobil a ainsi décidé de réduire de 15 % ses dépenses courantes et de 30 % ses investissement, ramenés de 33 à 23 Md$ pour 2020. Le plan d’économie va se traduire par le report à une date indéterminée de sa décision finale d’investissement dans le projet de liquéfaction de gaz naturel mozambicain Rovuma LNG, dont le 4e bloc doit être géré par une coentreprise détenue à 35,7 % par Exxon et Eni et à 28,6 % par China national petroleum corporation (CNPC).

Le calendrier avait déjà glissé une première fois. La décision était attendue en fin d’année dernière. Le report conditionne donc la commande des quatorze méthaniers que la compagnie aurait dû passer cette année en prévision de l’exploitation de ce site, dont la production est estimée à 15,2 Mt/an.

Glissement de la fameuse commande qatarie

Par ailleurs, le Ministre de l’Énergie du Qatar, Saad ben Sharida Al Kaabi, a annoncé que l’augmentation de la production gazière du pays de 77 à 110 Mt/an ne se ferait pas en 2024 mais en 2025. En raison de la pandémie, a-t-il été justifié, de nombreuses entreprises ne peuvent répondre en temps et en heure à l’appel d’offres passé pour la construction des quatre premiers trains de liquéfaction. Par contre, le ministre a confirmé l’extension tout comme la seconde phase du projet, qui prévoit de porter la production à 126 Mt/an en 2027 avec deux trains supplémentaires. Quoi qu’il en soit, l’ajournement de quelques mois fait glisser la mirifique commande qatarie de plusieurs dizaines de méthaniers sur l’année prochaine.

Les annonces tombent très mal pour les chantiers navals coréens qui misaient largement sur les méthaniers pour atteindre leurs objectifs annuels, ayant raflé plus de 80 % des commandes en 2019. L’an dernier, les transporteurs de GNL ont représenté, en valeur, plus de 50 % des contrats engrangés. Inquiet, Byeong-Cheol Lee, le vice-président de la Korea Offshore & Shipbuilding Association, redoute l’annulation ou suspension de contrats déjà signés.

2,5 Md$ de ventes en suspens

La situation est particulièrement préoccupante pour Samsung Heavy Industries, par ailleurs très exposé sur le marché offshore. Le chantier espérait contracter cette année pour 2,5 Md$ de ventes, soit 30 % de ses objectifs. Or plusieurs projets impliquant la construction de production, de stockage et de déchargement (Floating Production Storage and Offloading ou FPSO) et d’unités de regazéification (Floating Storage Regasification Unit, FSRU) sont aujourd’hui reportés à une date ultérieure. De plus, suite à des annulations de contrats intervenues les années précédentes, l’entreprise a en stock cinq navires de forage dont elle n’a désormais aucune chance de se délester en 2020.

Thierry Joly