Le Maritime Information Cooperation & Awareness Center de la Marine nationale a publié le 6 janvier son premier rapport annuel sur piraterie en haute mer et le brigandage dans les eaux territoriales des États. 360 actes recensés en 2019, soit moitié moins que le nombre constaté en 2011​. Un déplacement des zones critiques s’opère.

Les rapports sur les actes de piraterie en mer se suivent. Le Bureau maritime international (BMI) de la Chambre de commerce internationale (ICC) a publié ses statistiques en octobre dernier. Le Maritime Information Cooperation & Awareness Center (MICA Center), créé en 2016 et implanté à la préfecture maritime de l’Atlantique, à Brest, vient de publier, pour sa part, son premier rapport annuel portant sur « deux types de crimes », la piraterie (définie comme des actes de violence commis à des fins privées, en haute mer) et le brigandage (actes illicites, commis à des fins privées contre un navire, ou contre des personnes ou des biens à son bord, dans les eaux intérieures ou territoriales d’un État).

Une somme de 129 pages recensant pour chaque fait constaté l’identité du navire, la date de l’attaque et ses conséquences, en distinguant quatre types d’événements : navire piraté (événement au cours duquel les assaillants ont eu le contrôle du navire ou de son équipage) ; attaques (acte au cours duquel des assaillants ont fait usage de leurs armes ou mené une action contre le navire sans parvenir à en prendre le contrôle) ; approche (événement au cours duquel l’intention de mener une attaque a été clairement établie) ; vol réalisé dans les eaux territoriales. « Quels que soient les lieux où ces crimes sont commis, ceux-ci restent motivés par la recherche d’un profit financier. Leur forme varie selon les régions ou les saisons »indique Gilles Chebah, commandant du MICA Center.

La piraterie et le brigandage sont à un niveau stable depuis quatre ans, avec 360 actes recensés en 2019, soit moitié moins que le nombre constaté en 2011, au plus fort de l’insécurité au large des côtes somaliennes. La corne de l’Afrique a connu l’an dernier un faible niveau de piraterie. Toutefois, une augmentation du nombre d’enlèvements est constaté dans le golfe de Guinée. En revanche, les actes de brigandage sont en recrudescence en mer des Caraïbes. L’Asie du Sud-Est présente une certaine forme de stabilité. 

« Dans le golfe de Guinée, l’insécurité maritime liée à la piraterie et au brigandage reste élevée, et plus particulièrement au fond du golfe où elle est caractérisée par une recrudescence des enlèvements et le maintien d’un niveau de violence élevé, explique le rapport du MICA Center. En océan Indien, après le pic de 2011, elle se maintient à un niveau faible. Au large des côtes somaliennes, le nombre d’événements reste marginal. En 2019, une légère hausse des événements recensés en Asie du Sud-Est a été constatée. On observe en particulier de nouveau des attaques menées lors des transits dans le dispositif de séparation du trafic (DST) à l’ouvert du détroit de Malacca. En Amérique latine, la recrudescence du phénomène constatée depuis trois ans se confirme. En particulier, les larcins augmentent dans les Caraïbes et touchent essentiellement la plaisance. »

111 actes dans le Golfe du Guinée dont 54 au Nigéria

L’Afrique de l’Ouest conserve ainsi sa première place au rang des zones les plus touchées par la piraterie, obtenue depuis qu’elle est passée devant l’Asie en 2016. En matière de brigandage, elle devance pour la première fois l’Asie dans ce triste palmarès, où l’Amérique latine fait la course en tête depuis 2018.

C’est principalement le golfe de Guinée, et plus précisément les eaux situées au large du Nigeria, qui concentrent les attaques. Le Nigeria a en effet connu 54 actes des piraterie et de brigandage en 2019, soit autant qu’en 2018. Dans l’ensemble de l’Afrique de l’Ouest, le nombre d’attaques est dans le même temps passé de 90 à 111, avec leur recrudescence au Togo, au Cameroun et au Ghana. « En 2019, on constate une augmentation du nombre d'événements, principalement en raison des vols commis au mouillage ou dans un port, indique le MICA Center. Ce phénomène peut s’expliquer par le mauvais temps qui a régné sur la majeure partie de la zone entre juin et octobre 2019 et qui a obligé les délinquants et criminels à opérer le long des côtes. Si le nombre de navires piratés reste stable, on relève une augmentation sensible du nombre d’enlèvements. »

Corrélation entre cours du pétrole et vols de caburant à bord

Le MICA Center note par ailleurs la corrélation entre la hausse des cours du pétrole et les tentatives de vol de carburant à bord des navires pétroliers dans le golfe de Guinée. Alors que celles-ci étaient plus rares entre 2015 et 2017, quand que le cours du pétrole était inférieur à 60 dollars par baril, elles sont en augmentation depuis 2018. « Les détournements des pétroliers demandant une logistique importante (matériel, personnel pour se rendre maître d’un navire cible, « affrètement » d’un autre navire...), ces opérations deviennent théoriquement rentables dès lors que le prix du baril dépasse les 60 $. Elles sont cependant principalement observées lorsque les prix avoisinent les 100 $. »

Océan indien, loin du pic de 2011

La piraterie dans l’océan Indien poursuit son déclin, avec seulement 25 évènements constatés en 2019. Sur les deux actes de piraterie, un seul s’est déroulé au large des côtes somaliennes. « La zone du sud de la mer Rouge à l’est du golfe d’Aden concentre encore la majorité des événements, selon le MICA Center. Ces derniers ne sont généralement pas liés à de la piraterie ou du brigandage. En effet, le détroit de Bab-el-Mandeb concentre à la fois des zones de pêche, des routes maritimes liées à l’immigration clandestine ainsi qu’aux différents trafics entre l’Afrique et le Yémen. »

Augmentation régulière en Amériques

Les Antilles et le Nord de l’Amérique latine connaissent depuis cinq ans une augmentation régulière du brigandage, et en particulière de vols, dont le nombre est passé de 75 à 128 entre 2015 et 2019. Sont surtout touchés les navires de plaisance fréquentant les eaux de Saint-Vincent, des Grenadines et de la Grenade. Les cargos au mouillage sont aussi la cible de vols au Pérou, au Venezuela et en Colombie.

Détroits, toujours critiques

Pour l’Asie du Sud-Est, le MICA Center recense 86 évènements de piraterie en 2019, soit cinq de plus que l’année précédente mais largement moins que dans les millésimes antérieurs à 2015, année qui avait vu culminer à 227 le nombre d’actes. Certaines zones concentrent les actions des pirates : les détroits de Malacca et de Singapour, qui n’avaient connu qu’une dizaine d’attaques en 2018, en ont connu 29 en 2019. La Malaisie connaît le même sort alors que les Philippines, le Vietnam et l’Indonésie bénéficient de mers plus calmes.

Étienne Berrier

 

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